lundi 26 juillet 2010

dégustation

( à Pommard : rencontre avec le vin, Dali, Picasso... )

En sortant de la galerie du Château de Pommard, je sens des larmes me monter aux yeux ; d’avoir contemplé toute cette beauté me donne envie de pleurer… Est-ce bien raisonnable d’être émue à ce point ? Mais je ne m’attendais pas à ce choc, au cœur de la région bourguignonne, alors que ce domaine a plutôt construit sa réputation autour de la production viticole, une autre forme d’art sans doute…

Depuis notre arrivée en ce lieu, que d’agréables surprises décidément. D’abord, nos hôtes sont souriants, aimables ; une projection sobre, économe en paroles et gouleyante en images, présente la propriété et survole le parcours exceptionnel de son vin, vantant les ceps profondément ancrés dans une terre riche jusqu’au breuvage servi et apprécié sur les tables les plus prestigieuses. Puis la visite guidée concrétise la leçon : on contemple l’horizon des vignes, on descend dans les caves, on avance sous les voûtes entre les tonneaux de chêne, on longe les murs de bouteilles empilées dans lesquelles reposent et se concentrent les récoltes des années passées… Enfin, notre accompagnateur propose une dégustation comparative, initiation sommaire certes mais efficace et qui permet à la novice que je suis de saisir quelques différences d’aspect, d’odeur, d’attachement au palais... Cette halte prépare-t-elle le terrain aux larmes évoquées et qui, à ce moment-là, sont encore à venir ?... Peut-être ! Cependant, les découvertes ne font que commencer...

Ainsi, après cet "apéritif", nous dirigeons-nous vers  une salle transformée en Musée de la Vigne et abritant un vieux pressoir ; bon, classique ! Mais voilà qu’en traversant la cour, bordée de gigantesques fûts décorés, nous croisons en son centre deux sculptures de Salvador Dali ! Acquises par le propriétaire, La Licorne ainsi que Saint-Georges Terrassant Le Dragon trônent ici,  pour le moins inattendus ; on discerne même un troisième bronze, hébergé pour quelques mois en terrasse, et qui représente un énorme escargot ailé et surmonté d’un ange. Symbole du "temps paresseux", curieux escargot de Bourgogne !

Enfin, nous abordons la galerie d’exposition, la vraie raison pour laquelle j’ai choisi de venir ici alors que d’autres exploitations aux noms tout aussi prestigieux auraient bien pu faire l’affaire ! Mais, n’est-ce pas, l’affiche proposant cette rencontre avec Picasso, au Château de Pommard, représentait une trop grande tentation !

Ah ça je ne suis pas déçue ! Incroyable ! Dans cette pièce, en rez-de-cour, les dessins, lithographies, sérigraphies, bénéficient d’une juste lumière, d’un encadrement soigné, d’une élégante mise en valeur sur fond de belles pierres. Les larges pièces de soie attirent l'œil  grâce à leurs coloris éclatants. Je suis moins sensible d’habitude aux céramiques, mais, ici, leurs abris et supports en colonnes transparentes délimitent un parcours à l’effet magique. Je retrouve les thèmes chers au peintre, chevaux et jeux de cape, mouvements des corps, visages décalés et bustes de femmes ; je remarque particulièrement le regard tendre et rêveur d’une "Maternité au rideau rouge" et surtout, surtout, la mise en scène d’un repas d’enfants ; c’est justement cette œuvre qu’un couple de touristes est en train d’acquérir… Car tous ces trésors, mais oui, sont à vendre ! ! ! Impossible de photographier quoi que ce soit dans cette caverne d’essentiels,  pas moyen de sauver des images de cette réunion unique ; de toute façon je n’aurais sans doute pas su dompter les reflets, alors sans regret ! Pour en conserver quelque trace, je peux néanmoins croquer mon dessin préféré dont ni le catalogue ni la vidéo ne font hélas mention. Voici donc ce crayonnage, qui me fera office de souvenir :


(Lors de l'exposition des Traits Modernes, à la Bibliothèque de la Part-Dieu au printemps 2010, c’est un élément d'une linogravure signée Picasso et intitulée "Après la pique" qui avait retenu mon attention : j'avais  repris à la craie les têtes choisies, et le moment s’était avéré délicieux, comme aujourd’hui.)

Je n’en reviens pas de la quantité des œuvres attribuées à Picasso, de la diversité des outils et des techniques qu’il expérimentait jusqu'à les maîtriser parfaitement ; autrefois je n’avais pas conscience de cette richesse et de l’évolution de sa peinture. Petit à petit, à force d’observer ses multiples productions, j’en perçois de plus en plus toute la tendresse et la précision ; à force de crayonner, comme sous son contrôle, et de m’attacher à plus de détails, je goûte vraiment ces occasions qui se transforment en réels bonheurs. Je progresse quand il s’agit de le comprendre et, parallèlement, ce que je vois me touche de plus en plus profondément… Il ne faut juger d’aucun artiste sur quelques exemples, les plus diffusés, les plus sensationnels ! Il s’agit de chercher à en connaître le parcours et toutes les facettes pour l’apprécier à sa juste mesure ; ainsi, sans aller jusqu’à aimer, on peut au moins s’accorder à reconnaître un talent, voire un génie…

Superbe étape de vacances, si belles heures pour moi, petits plaisirs en tous sens, accumulés en si peu de temps et qui montent à la tête. Dégustation par les papilles, par les yeux, par le cœur, soleil à l’intérieur. Saveurs inoubliables... et liens à conserver !

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