mardi 20 juillet 2010

passeur

Un homme disparaît ; mais quel homme ! Et quel parcours, quelle classe ! Tout est déjà écrit, partout, sur lui, sur sa vie ; je n’apprendrai rien à personne et ne désire que partager une émotion commune. Dit-on jamais assez ce que les autres nous apportent ? Lui me donnait toujours envie de le regarder, de le lire ou de l’écouter. Je le trouvais beau et j’étais sensible à sa voix, j’avais l’impression qu’il était quelqu’un de bien. Un charmeur discret qui savait choisir les mots et le ton autant pour jouer, faire sourire ou grincer, que pour transmettre ses plaisirs de rencontres et de voyages. Voici l’expression, relevée dans un article de presse de 2004, qui me semble traduire au mieux ce qu’était Bernard Giraudeau : un "passeur de rêves"…

Les définitions ordinaires pour tout passeur nous offrent facilement le décor qui refléterait  nos vies. Ne sommes-nous pas tous à un moment dans la même embarcation ?  Prenez cet être particulier qui conduit le bateau afin de le guider à travers des flots mal connus de la plupart  d'entre nous ; il montre le  meilleur chemin,  négocie les mauvaises passes. Il sait. Tenant compte de son expérience, il explique aux passagers les éléments, le gros temps, leur laisse toujours deviner l’horizon. Un "passeur de rêves" nous accompagne de cette façon, quotidiennement, nous insufflant sa confiance ; il nous aide à discerner de belles choses au-delà des soucis, alimente nos imaginations, notre vision de l’avenir.

Quel rôle magnifique tenait donc cet acteur, réalisateur, marin et écrivain de surcroît, inscrit mine de rien dans notre paysage familier, son discours s’enrichissant sans cesse de nouveaux départs et de nécessaires retours !

Parallèlement, l’homme exprime, humblement, qu'il se sent ici-bas "de passage", nous incitant à considérer que nous aussi, comme lui, sommes investis du rôle de passeur....  Chacun reçoit en effet des autres et de ce qu'il observe, profite des informations extérieures, les intègre et  les complète éventuellement selon ses moyens : impensable vraiment, ensuite, de les garder pour soi ! Il s'agit de les "faire passer", forces remodelées, comme neuves, pour qu’elles évoluent et grandissent encore. Ce serait le sens de nos existences.

C’était en tout cas le sens de Sa vie, ce qui le gardait assoiffé de connaissances et rendait son regard si pétillant, accrocheur. Cher Giraudeau, à revoir, à relire ; de quoi méditer ! Nos objectifs, nos rêves : devenir passeurs à son image, à notre mesure, et qu'il soit fier de nous…

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