jeudi 8 juillet 2010

racines

« Mais vous êtes d’où ?… »

Quand on me pose cette question, je me trouve toujours bien embarrassée ; comme je tarde à répondre, la personne ajoute souvent quelque chose comme : « Avec un nom comme le vôtre, laissez-moi deviner… Vous venez sûrement de la région d’Albi ? ou Rodez ? »… Un inspecteur du permis de conduire, il y a très longtemps, m’assura aussi, fièrement, connaître un château Falgayrac dans le Lot… J’ai prétendu l’ignorer, et je fus recalée… Sans relation de cause à effet bien sûr mais échec inoubliable !

En règle générale, je finis par me « justifier », enfin par expliquer mes hésitations ; quelle réponse pourrait être satisfaisante pour mes interlocuteurs, ou pour moi ? Voyons, tout le monde est bien de quelque part… Ce quelque part correspond habituellement, il me semble, à la région où l’on a vu le jour, une terre à laquelle on se sent donc appartenir, où l’on est sûr de pouvoir se ressourcer. Encore faut-il entretenir le lien, arroser les racines… Moi, je suis née en Normandie, mais j’en suis restée éloignée si longtemps que je ne parviens pas à revendiquer le bocage ornais comme étant mon pays. C’est joli pourtant, et j’aime y retourner de temps en temps ! Mes parents se sont hélas beaucoup appliqués à fuir leurs familles respectives et j’ai mis du temps avant de me rendre compte qu’un point d'ancrage pourrait un jour me manquer…

Donc au lieu de boucler le sujet en un mot, je finis par développer, invariablement : "Après mon enfance normande, nous sommes partis en Bretagne où j’ai passé toute mon adolescence, superbe, le bord de la mer, au nord, au sud. Puis ce fut la ville, la grande, Paris, un émerveillement pour moi ; ensuite la banlieue ouest, sympa, des berceaux pour mes petits et l’apogée de ma carrière… Enfin  les circonstances m’ont amenée à Lyon, un peu malgré moi, mais j’ai réussi à m’y bâtir un univers."

J’ai d'ailleurs dans l’idée que le tour de France est terminé, mais qui sait ?

Alors je suis Normande d'origine, ok… Pourtant je me considère aussi un peu Bretonne, Parisienne, et Lyonnaise aussi… Mais pas Languedocienne, je n’ai jamais fait que passer dans le Tarn, le Cantal, le Lot ou l’Aveyron où mon patronyme est effectivement répandu… Georges Falgayrac a seulement reconnu mon père et lui a donné son nom, mais ils n’avaient pas de relation biologique. Dommage, ça m’aurait plu de me découvrir des ancêtres propriétaires d’un "domaine (AC) où règnent les fougères (FALGAY)" et dont j’aurais essayé de me rapprocher…

Disons que je me sens d’un peu tous les endroits où j’ai vécu ; des liens profonds me rattachent à chacun d’eux, des souvenirs délicieux, des êtres disparus, des amitiés, des amours, des paysages, le travail aussi, des émotions, des regrets. Je n’arrive pas à choisir entre toutes ces périodes importantes d’une vie.

J’aime tous ces lieux où j’ai pris racine un moment, qui m’ont adoptée et laissée partir, qui me rendent riche d’un parcours personnel, unique… Je n’ai pas de château dans le Midi mais j’ai plein de maisons dans le cœur, et peut-être y est-il à chaque fois resté un peu de moi ! C’est présomptueux, soit, mais la pensée est agréable...

3 commentaires:

Agnès a dit…

Trop chouette, ce texte! Tu as raison, on vient de l'endroit où notre coeur se sent bien!
Mon nom de jeune fille est Giron et pendant toute mon année de seconde, mon prof d'espagnol m'a reproché de ne pas avoir de famille en Espagne! Tu penses bien qu'avec un tel nom, ce n'était pas envisageable pour lui!

Agnès

Martine a dit…

Ah mais je n'aurais pas pensé à l'Espagne!

Je me demande d'où se sentiront mes enfants, ces globe-trotters, qui portent le nom d'origine bretonne de leur papa, car de côté-là il y a un vrai et immense arbre, avec encore de nombreuses ramifications...

Agnès a dit…

Et oui, Giron c'est d'origine espagnole. Il y a d'ailleurs St Giron dans le Sud Ouest et Gijon en Espagne (le "j" appelé "Jota" (prononcé ("rota") je prononce comme un "r" raclé au fond de la gorge.