mercredi 4 août 2010

comparer

Voici, aujourd’hui, le verbe comparer, dont le préfixe incite à rapprocher des éléments, souvent bien plus que n'en comporte une "paire", afin de les examiner attentivement côte à côte, jusqu’à saisir ce qui les rend semblables ou ce qui les sépare, ce qui est "pareil" et ce qui ne l’est pas. Capter leurs différences essentielles conduit évidemment à définir chacun par rapport à l’autre, à appréhender et préciser leurs caractéristiques individuelles.

Comparer, comprendre...

Au cours d’un récent "grand direct des médias" sur Europe 1, Jean-François Zygel était interrogé sur les objectifs de son émission, cette "boîte à musique" reconduite cet été par France 2. L’animateur confirmait son intention de proposer au public une approche pédagogique et ludique des musiques et particulièrement de sensibiliser les auditeurs et téléspectateurs à ce genre que l’on qualifie de "classique". En comparant les interprétations, en mettant en parallèle les manières dont chaque univers musical parvient à s’approprier un thème, en montrant comment des artistes cousins peuvent orchestrer chacun à sa manière les mêmes instruments, il compte bien élargir notre culture, affiner notre écoute, nous donner les moyens d’exprimer et de justifier nos goûts.

Comparer, préparer...

Depuis cette interview, le verbe me trotte dans la tête. Un agréable souvenir d'école m’est alors revenu, un exemple précis s'appuyant sur l'observation des composantes d'une "paire" de mots, pour mieux saisir, à l'intérieur du couple, les différences significatives. J'adorais préparer pour la classe les séances de phonologie et je crois que les enfants les appréciaient aussi, tout simplement parce qu’à cette occasion ils avaient le droit de parler beaucoup ! Il s'agissait d'exercices primordiaux, en amont de l’apprentissage de la lecture et n’apparaissant pas dans les manuels ; ils permettaient, avant d’aborder toute correspondance phonie-graphie, de vérifier, préciser, corriger le langage oral dont nos petits élèves, en grande section ou au cours préparatoire, usaient depuis déjà un moment. On consolidait en quelque sorte les fondations existantes.

Les "leçons" auxquelles je fais référence portaient sur l’étude d’oppositions phonologiques particulières, par exemple [t]/[d]. On proposait un certain nombre de paires minimales, c’est-à-dire des mots à comparer, deux par deux, et ne se distinguant que par un de ces phonèmes (touche/douche, râteau/radeau…). Il fallait expérimenter par le discours, convaincre de la nécessité et de l’importance de bien choisir  l’un ou l’autre mot, et de le prononcer juste, pour être compris dans une éventuelle conversation… Les échanges supposaient un certaine qualité d'écoute, une grande attention, la participation de tous, et se révélaient toujours dynamiques et plutôt amusants !

Cela se passait toujours selon le même schéma, rassurant, car les enfants aiment savoir à quelle sauce ils vont être mangés. Tout d’abord, une comptine sensibilisait le groupe à la répétition des deux sons. Puis, par un jeu de devinettes, les élèves étaient amenés à émettre à leur tour des mots contenant les phonèmes choisis. Des paires étaient reprises, répétées, clairement énoncées, les sons isolés ; certains trouvaient déjà ce qui se passait dans la bouche, dans la gorge. On exprimait les raisons pour lesquelles il ne fallait pas confondre "thé" et "dé", "tortue" et "tordue"… Ensuite on s’amusait avec quelques phrases absurdes corrigées non sans plaisir : "Félix a mal aux dents" au lieu de "Félix a mal aux temps", "qui a mangé tous les bonbons ?" et non "qui a mangé doux les bonbons ?"...

Enfin, en guise de contrôle individuel et pour qu’il subsiste une trace écrite, les apprentis, munis de deux feuilles, de ciseaux et de colle, classaient des images selon ce qu’elles désignaient : le nom correspondant  au dessin contenait l’un ou l’autre son du jour, c'était un "râteau" ou un "radeau", un "doigt" ou un "toit"... Chacun venait faire corriger son travail et la maîtresse, ou le maître, pouvaient alors saisir les soucis particuliers, improviser une répétition personnalisée. Coloriage et parfois bricolage en rapport avec les mots rencontrés permettaient à chaque élève de conserver le souvenir concret de l’activité.


Comparer, comprendre ou préparer, apprendre et progresser ! 

Quel beau programme, n’est-ce pas, de s’attacher à comparer les musiques, les mots, pour saisir comment s’articule le monde, mieux le connaître et en profiter. Mais attention, comparer oppose les choses ici pour la bonne cause, les confrontant sans pour autant qu’elles se mesurent, juste pour apprécier leurs différences et en recueillir les enseignements et les richesses...

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