dimanche 8 août 2010

réveil

samedi matin… 

L’objet gisait au milieu du sentier, parfaitement insolite dans ce cadre bucolique… Le joggeur ne pouvait pas ne pas le remarquer : il pila, prit le temps de mettre en pause sa montre chronomètre avant de se pencher. Mais ses mains restèrent comme suspendues au-dessus de la chose abandonnée à terre :  car il pouvait à présent parfaitement distinguer qu'elle était recouverte de taches sombres dont l'origine était évidente... 

L'homme frissonna ; en se redressant, il promena d'abord les yeux tout autour de lui, puis examina le sol ; il aperçut alors d'autres traces, rouges et sales, qui disparaissaient au niveau d’un passage creusé dans la haie, en bordure du chemin. Il ne ressentait pas vraiment de peur, plutôt une crainte diffuse, et la curiosité l’emporta… Il avança et se glissa derrière les arbustes… Hélas, il découvrit ce qu’il redoutait malgré tout depuis quelques secondes : un corps, en effet, face contre terre, dont il fixa avec horreur les cheveux, mêlés d’herbe et de sang !

nuit de vendredi à samedi…

Clap, clop, clap, clop… C’est énervant, à la fin ! Mais pourquoi a-t-elle suivi ce mec ? Trop clean, du genre qui en jette, plutôt rétro, un peu enveloppé en plus, pas son type, mais voilà ! Elle n’a pas réfléchi. Il lui a sorti un petit poème à la noix et elle s’est attendrie… Décidément, elle vieillit… Elle tourne tout doucement la tête : difficile, car il l’écrase... Waouh ! Quel drôle d’engin sur la table de chevet, un réveil au cadre métallique, rétro lui aussi, alarmes en oreilles de Mickey : pas vraiment discret ! Et bonjour le bruit ! Infernal ! Chaque seconde pèse son poids ici… 

Clap, clop, clap, clop… Ouais, tiens, elle en fumerait bien une, de clope. Parce qu’elle s’ennuie plutôt, là ! Après l’agonie de son plaisir à elle, ses efforts prolongés à lui et son ultime soubresaut, il s’est littéralement affalé sur sa poitrine. L’espérant endormi, repu, elle pose ses doigts sur les bourrelets moites de l’autre et tente de le faire glisser sur un côté. Avec un peu de chance, elle pourra s’éclipser peinardement. Hélas, il refait surface et la retient, lui chuchotant à l’oreille une nouvelle litanie de platitudes, comme au cours de ses préliminaires oratoires et… rasoirs. Non, elle a décidé d’en finir, et tandis qu’il s’écoute discourir, elle parvient à se dégager, l'air de rien, à se lever même, et récupère  rapidos robe, dessous, sac et sandales. Il continue : "Reste, je t’en prie…" Elle pousse un long soupir… 

Clap, clop, clap, clop… Mais ferme ton clapet, voudrait-elle lui lancer, à ce bavard ! Enfin, elle est prête. Il continue :  "J’ai beaucoup de chance de t’avoir rencontrée, avec toi on dirait que le temps s’arrête…" Vraiment, il devient pitoyable. Elle hausse les épaules, tend la main vers la poignée de la porte et de l’autre désigne l’horrible réveil, se libérant enfin de son dégoût par ces mots : "Eh bien, elle tourne, ta chance ; comme qui dirait, n’est-ce pas, avec le temps va tout s’en va… Allez, je vous ai assez entendu tous les deux, ton horloge du diable et toi !…"

dimanche matin... 

Arrestation ce matin de bonne heure d’un riverain du Jardin des Délices, cet endroit habituellement paradisiaque, en plein cœur de la ville… En effet, suite à la découverte, hier, également à l’aube, d’un corps de femme dissimulé dans un bosquet, les indices prélevés sur la scène de crime ont  conduit les enquêteurs à suspecter un jeune et riche individu oisif habitant une rue voisine, le dernier amant de la victime, qui selon toute vraisemblance n’aurait pas supporté d’être évincé par sa conquête… 

Ne pouvant admettre qu’il la quitte après leur unique nuit d’amour, atteint d’une rage folle, il l’aurait alors frappée sauvagement et à plusieurs reprises à l’aide du premier objet venu, en l’occurrence un lourd réveil mécanique, puis se serait  maladroitement débarrassé du corps et de l’arme en les transportant dans le square au milieu de la nuit… C’est donc ce triste sire qui a été appréhendé ce matin, cueilli à domicile par les gendarmes qui ont du même coup réveillé en fanfare tout un quartier d’ordinaire bien paisible…

(récit sous contrainte, 1ère phrase imposée)

Aucun commentaire: