vendredi 6 août 2010

trésor

anecdote...

Je reviens de quelques courses et choisis pour rentrer le plus large trottoir, celui qui me promet une ombre agréable. En face de moi, assez loin encore, arrivent deux jeunes femmes, très jolies ; elles sont vêtues de robes légères, simples, noire pour l’une, très colorée pour l’autre, qui font ressortir leur joli teint, hâlé tout comme il faut. Cependant, celle qui attire le plus les regards ne le doit pas seulement à sa fraîcheur et à sa beauté, mais aussi et surtout à ce qu’elle porte dans les bras, tout contre elle, en ce moment, fièrement : un bébé, si mignon, avec une peau encore un peu rouge, toute neuve. Il prend à peine la largeur de sa poitrine et elle le maintient précautionneusement, maman forcément toute attentionnée, et concentrée. Consciente de présenter à tous un trésor, son trésor, si fragile…

Bien sûr, moi, je le dévore des yeux, le trésor, peut-être lui, peut-être elle, qu’importe, avec ses mini-poings nus qui dépassent de la grenouillère. Je pense à ses petits touts, aux orteils minuscules, aux habits de poupée, aux couches de la taille d’un mouchoir de poche, aux muscles qui se crisperont au réveil, aux cuisses qui n’en pourront plus alors de s’agiter, aux grimaces et aux miaulements de chaton apeuré, ou affamé, à la tête qui se tournera tout à l’heure vers le sein, à la bouche avide qui suçotera d’avance…

Je me fais un film et mon cœur fond ; je me surprends en mode d’attendrissement automatique et naturel. Je n’éprouve pas de nostalgie ni le désir de revivre de tels moments, je savoure seulement la sensation cotonneuse d’un tableau magnifique. Elles sont loin les nuits difficiles et toutes les fatigues mais les souvenirs de "mes" bébés, et de leurs naissances, remontent toujours aisément à la surface, forts, vivants.

Le  précieux amour dort, si sage dans les bras rassurants ; j’ai envie de m’arrêter, de "les" arrêter, je ne poserai pas de questions, non, mais peut-être aurai-je le privilège de contempler le bout de chou  pendant quelques minutes supplémentaires !

Les jeunes femmes avancent d'un bon pas ; on sent leurs pensées dévouées à l'enfant, mais elles se savent remarquées... Voilà, je les croise… Je ne fais que sourire ; je me trouve intimidée finalement… Et puis sa compagne se tourne alors vers la maman et lui lance haut, clair, et, j'en suis certaine, sans malice : "Dis donc, elles doivent être toutes gagas, les vieilles, quand elles voient ton petit !"

Ben… oui…
C’est le bon mot... qui ne peut ga… gâcher  le plaisir que j'ai eu, mais quand même, je crois que je me mets à marcher un peu plus vite !

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