jeudi 23 septembre 2010

flaque

Je devais me convaincre que le type était mort. J'allais attendre un peu avant de me relever, malgré ma position très inconfortable. Il me fallait tout observer, et faire attention aux moindres détails ! Le sang avait trempé sa chemise et commençait à s’épandre sur le carrelage : "Bientôt la flaque !" me répétais-je en boucle. C'est alors que le mot flaque s'est mis à rebondir dans ma tête, à m’obséder...

Flaque flaque flic… Bien sûr, les flics ! Ils allaient se pointer ! Les voisins avaient dû les alerter, inquiets d’avoir perçu des hurlements, des échos de notre lutte. Il était temps de réagir, et de réfléchir : comment les persuader, ces flics, que j’avais agi en légitime défense alors que j’avais manifestement flanqué l’individu par terre, et que je le maintenais encore plaqué au sol ?…Toujours à cheval sur les reins de cette ordure,  et notant de la main droite quelques pensées sur mon calepin, je décollai la gauche du manche corné de mon coupe-papier, une arme banale saisie évidemment dans le feu de l’action. Ça se voyait que je n’avais rien prémédité, non ? Quand même, quel talent ! J’avais impeccablement planté la lame où il convenait de le faire, visant  le bourrelet qui soulevait le tissu entre les omoplates de ma victime. Je glissai les doigts au ralenti le long du bras gauche de mon bonhomme, puis sous le coude que je soulevai… et relâchai soudain.

Je commençai à ricaner : "Tu es tout mou, tout flasque !"… Flasque frasque… "Tu n’es plus rien, finies tes frasques Frank… Ah ! Voulais-tu me soutirer du fric, par exemple, en me faisant gober quelque fable, et t’embarquer ensuite pour Flic en Flac ?"… Flaque… Ce n’était plus dans une flaque, mais dans une mare de sang que baignaient à présent les flancs de Frankie, et mes genoux ! … Pire, une marée rouge vermillon, un désastre... "Ah ! C'est sûr, y a de quoi se marrer hein ?", explosai-je en riant franchement cette fois et en tressautant nerveusement…

"Bon ça suffit là, tu m’écrases et puis t’as un peu forcé sur la poche de gouache non ?", gémit mon cobaye en s’efforçant de tourner son visage vers moi. "Je veux bien que tu nous mettes en situation pour ta prose, mais là, je craque !"... Craque... claque... flaque !

3 commentaires:

Accent Grave a dit…

Ha! C'est bon ça. J'espérais tout de même que le mec soit mort!

Accent Grave

Pastelle a dit…

J'ai commencé la découverte de votre blog par là. Je me suis demandé où j'étais tombée. Et puis j'ai eu un grand sourire.
Que du plaisir à lire !
Merci. :)

Martine a dit…

Accent Grave,

Moi aussi, je voulais vraiment la même chose que vous. La contrainte était de commencer le texte par : « Le type était mort… », et mon intention était bien qu’il le reste. Je rêve de pouvoir imaginer et écrire un scénario bien sanglant, de l’horrible ! Mais ce n’est pas si évident, le crime ! Je dérive régulièrement vers le burlesque et là j’ai carrément dérapé.

Pastelle,

Je me suis bien amusée finalement en bouclant la petite scène alors je suis contente qu’elle vous ait fait sourire. Merci à vous d’avoir poursuivi la visite après la surprise !