lundi 20 septembre 2010

patrimoine

utopie et tata

Peut-être avez-vous profité des Journées du Patrimoine, le week-end passé, pour accéder gratuitement à l’un de nos prestigieux musées ? Ou bien avez-vous visité des bâtiments, des jardins ordinairement fermés au public ? Les tentations, les idées, les listes ne manquaient pas ! Pour ma part j’ai parcouru quelques sélections, cherchant des propositions originales qui m'assureraient, en plus, un peu de calme et une foule raisonnable ; j’ai fini par choisir deux destinations, à proximité de Lyon... des endroits où l’on peut, en fait, se rendre à tout moment de l’année !

Utopie…

Samedi, j’ai donc pris l’autoroute du Sud pour, après une vingtaine de kilomètres, m’arrêter à Givors. Il s’agissait de constater sur place à quoi ressemblait, en plein centre, la fameuse Cité des Étoiles bâtie par Jean Renaudie entre 1974 et 1981. Pour la réhabilitation de la vieille ville, l’architecte avait alors repris des formes déjà utilisées pour de précédentes constructions à Ivry-sur-Seine : des compositions en triangles, des appartements imbriqués, tous différents, offrant de nombreuses ouvertures et terrasses en jardins.

Le curieux ensemble givordin constitue une des cinq Utopies Réalisées qui, situées en région lyonnaise, témoignent de programmes architecturaux très particuliers conduits au cours du XXe siècle : ces projets modernes, audacieux, ambitieux, voulaient transformer l’habitat urbain en réel lieu de vie, en favorisant le logement social et les échanges, en incluant les services, les commerces, en y associant aussi parfois la nature.

Ainsi furent conçus :
- le quartier des Etats-Unis, à Lyon, entre 1917 et 1934, par Tony Garnier,
- les Gratte-Ciel, à Villeurbanne, entre 1924 et 1934, par Môrice Leroux,
- le Couvent de La Tourette, entre 1953 et 1960, et le site de Firminy, entre 1954 et 1965, par Le Corbusier.

Parcourant aujourd’hui, à Givors, par ses escaliers et ses coursives, la Cité des Étoiles, observant sous tous leurs angles ces habitations pointues qui épousent le flanc nord de la colline Saint-Gerald, je ressens pourtant des impressions mêlées. L’assemblage est évidemment surprenant mais le béton s’abîme, éclate, noircit, la végétation d’origine a disparu, certains logements paraissent même abandonnés. Le matériau reste froid malgré ses formes géométriques originales, et l’ambiance générale s’avère plutôt triste… Aurais-je constaté plus de vie et d'animation en semaine ?










Tata...

De Lyon, ce dimanche, je suis partie cette fois vers le nord, remontant d’abord la Saône pour gagner ensuite dans les Monts d’Or la commune de Chasselay. Il faut encore croiser la bonne départementale pour arriver au tata sénégalais… Dans cette « enceinte de terre sacrée », unique en France, sont inhumés les corps de 196 soldats d’origine africaine. Ces hommes faisaient partie d’un régiment ayant affronté l’armée allemande les 19 et 20 juin 1940, dans un lieu tout proche dit Vide-Sac, jusqu’à finalement rendre les armes. Parmi les prisonniers, tous les Africains furent immédiatement exécutés. Ce lieu de mémoire, résultant de la volonté de Jean Marchiani, alors secrétaire Général de l’Office Départemental des Anciens Combattants, Mutilés et Victimes de guerre, fut inauguré en novembre 1942 et classé nécropole nationale en 1966.

L’endroit est réellement magnifique, propre, entretenu. Il y règne une grande quiétude. Sous le soleil, les couleurs sont éclatantes : le rouge foncé des hauts murs et des tours hérissées de pieux, le rouge plus pâle  des pierres tombales, la verdure alentour… Des masques décorent le portail d’entrée, figures stylisées et bienveillantes…













Voilà, telles furent donc mes deux escales patrimoniales. Puissent effectivement de telles journées nous permettre de connaître et célébrer de grands hommes, et des moins grands, ces illustres créateurs qui ont dessiné des bâtiments de vie inscrits désormais dans nos paysages, mais aussi ces simples et courageux soldats morts sur les mêmes terres. Ce sont des belles phrases bien sûr, mais l’important c’est qu’elles résonnent en nous comme étant sincères. Moi je voudrais bien participer à préserver un peu de mémoire collective, rien qu'en partageant ces petites découvertes...

2 commentaires:

Pastelle a dit…

Je n'avais pas ça dans mon journal.
Dommage. Ca m'aurait bien plu. Les photos sont superbes.
Merci pour le partage.

Martine a dit…

Deux détours intéressants n'est-ce pas, à tout moment dans l'année, mais quand le soleil est de la partie c'est encore mieux! A Givors depuis les ruines du château de Saint-Gerald, au-dessus de la Cité des Etoiles, il y a aussi une belle vue panoramique sur la vallée du Rhône.

Je suis allée voir vos portraits, vos albums. Magnifiques, bravo!