mercredi 6 octobre 2010

fait divers (2)

(Vous pouvez retrouver ici la première partie de ce fait divers ! Pour information, ce délire est né sous la contrainte puisque devaient être insérés dans l’histoire tous les éléments écrits en italique : la portion d’une phrase de Max Genève pour ambiance de départ, et dix mots imposés.)

… Mes livres étaient reconnus, certes, cependant les revenus qu’ils me procuraient ne suffisaient pas totalement à mes besoins ; car j’aimais le luxe !

Depuis quelques mois je m’affichais de plus en plus avec Jeanne Des Émois, noble conquête, plus que mûre, je veux dire d’un âge certain. Nos chemins s’étaient croisés en quelques salons littéraires où l’on échange facilement des mots et plus si affinités… Seulement voilà, je la trompais déraisonnablement. En fait, vous le pensez bien, j’étais tombé essentiellement amoureux de sa fortune !

Quand même, j’éprouvais parfois une certaine gêne de la voir tant éprise de son côté. Tant et si bien qu’un jour je commis l’erreur de lui avouer la vérité, toutes mes infidélités… J’étais arrivé dans sa somptueuse demeure à la lisière du Parc, un bouquet de jonquilles à la main, pour l’amadouer, et je m’étais jeté à ses pieds, l’air honteux et terrassé par les remords. Je lui promis qu’elle n’aurait plus jamais rien à me reprocher ! Elle fut sensible à ces démonstrations. Quand j’y pense maintenant, je me dis qu’elle ne pouvait pas faire la difficile, car j’étais un spécimen intéressant à afficher, n’est-ce pas, jeune et plutôt beau gosse de surcroît… Croyant sans doute qu’elle me tiendrait plus solidement en laisse à l’avenir, elle décréta que nous allions convoler. D’abord étourdi par ce qui était décision plus que demande, je résolus de me laisser faire, espérant bien profiter de la situation aussi vite que possible après la noce ; j'élaborai déjà un plan qui me débarrasserait de l'encombrante dame tout en me favorisant financièrement.

La noce donc, quelques semaines plus tard, fut somptueuse ; elle se déroula dans le jardin de ma belle, d’où l’on apercevait la Pelouse de la Coupole… Au cours du dîner pris en plein air, alors que nous digérions le  saumon pour faire place au magret, un vieil homme se présenta derrière la clôture : loqueteux, le visage ravagé, une barbichette hirsute. Il tenait dans ses bras un chat noir et proposa de lire l’avenir dans nos mains. Quand mon regard rencontra le sien, je sus qu’il n’était pas dupe des sentiments que j’éprouvais pour ma toute récente épouse. J’eus peur qu’il révèle mes projets indélicats et poussai la chansonnette pour détourner l’attention des convives ; il resta donc accroché aux grilles. Mais je décidai de me servir de cette apparition. Je ferais plus tard planer les soupçons sur sa personne... A la nuit tombée, je proposai à Jeanne une promenade dans le Parc, la basculai derrière un bosquet, l’embrassai fougueusement avant de lui planter dans le dos un couteau à huîtres habilement dérobé en cuisine pour l’occasion. Elle parut assez surprise et j’insistai en pratiquant plusieurs entailles, bien profondes, pour plus de sûreté.

Hélas pour moi ce sont les policiers locaux qui furent dépêchés sur les lieux. Un jogger avait découvert le corps tandis que nous nous inquiétions de la disparition de ma femme… Ils relevèrent nos identités et me firent maintes courbettes et félicitations pour mes ouvrages, en plus des condoléances de circonstance. Puis tous les invités se souvinrent de cet homme dépenaillé, vaguement entrevu entre deux plats et accompagné d’un minou de mauvais augure. Il fut vite débusqué d’un abri voisin et l’individu, à mon grand dam, soumit aux enquêteurs une énigme qu’ils jugèrent d’abord incongrue. Ils y prêtèrent malgré tout attention car elle leur faisait penser à une définition familière : 

"Le coupable", affirmait le vieux pompeusement, "est celui qui aime nous contempler accrochés aux grilles, quelles qu'elles soient ; et nous y séchons plus ou moins longtemps, alors que lui, il en possède les clés, donc les moyens de nous en délivrer".

Hélas pour moi donc, ces simples flics, habitués à ce genre d'expressions mystérieuses, devinèrent aussitôt le sous-entendu. Mis sur la piste, ils comparèrent promptement les empreintes,  puis croisèrent indices et témoignages divers, pour enfin venir m’exposer leurs conclusions, avec les preuves de ma culpabilité…

Ah ils étaient fiers, mais je leur fendais le cœur à ces cruciverbistes car ils devaient cette nuit-là arrêter leur idole vénérée… Ils n’oseraient plus s’adonner à leur loisir favori, ils n’oseraient plus se référer à cette bible dont l’auteur était un criminel ! Les délits avaient intérêt à se multiplier…

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