mercredi 13 octobre 2010

fulgurance

A Philippe... 

En pensant à toi nous avons ressorti aujourd’hui de vieux albums photos… Je les ai feuilletés jusqu’à trouver la seule image que je possède de nos enfants réunis. Il y a déjà si longtemps, et ils ont tant grandi ! Tu t'amuses sûrement, comme nous, à reconnaître tout le monde... Je sens presque ton regard au-dessus de mon épaule. J’ai le sentiment que tu es vraiment là, avec moi, avec nous, pour les contempler, nos gamins,  en train de jouer ensemble sur ce sable doux d'une plage bretonne. C'était une belle après-midi d’été, en 1991… Deux couples heureux, pareillement fiers de leurs petits, profitant des vacances et de bonheurs simples.

Les années ont passé, si vite. Je ne sais plus si nous nous sommes revus après cette saison-là en Finistère. Chacune de nos deux familles s’est inscrite ensuite dans un tourbillon de quotidien, de travail, une tourmente ordinaire. Sans se perdre complètement... mais sans occasions particulières de rencontres. Nous demandions de vos nouvelles, et vous faisiez sûrement de même ; je crois que nous avons eu envers nos gars et nos filles les mêmes exigences et nous voulions nous tenir au courant de leurs parcours.

Jusqu’à ce que cette annonce nous frappe… Tu as échappé à la vie, Philippe, si soudainement, si jeune ! En l’apprenant, comment décrire ce que nous avons ressenti ? Quelque chose d’étrange et de violent qui serre le cœur ; et c’est le mot « fulgurance » qui me vient. "Du temps nous est donné… On meurt un jour bien entendu, mais la plupart semblent mourir soit trop tôt, soit trop tard, jamais au bon moment." Maintenant il y a la douleur des tiens, l’émotion des amis, toute notre immense peine ! Ce n’est pas ce que tu voulais, et je veux te dire que nous essaierons d’être forts. J’ai de toi le souvenir d’un homme attentif et discret, d’un ami souriant, et je compte encore sur ta présence, et sur ton regard là par-dessus nos épaules, pas seulement pour retrouver le passé mais surtout pour nous accompagner le long de nos chemins à venir…

(La citation appartient au joli roman que je suis en train de lire en ce moment : Rosa candida, de l’islandaise Audur Ava Ólafsdóttir, aux éditions Zulma ).

2 commentaires:

Zoreilles a dit…

Sobre, authentique et touchant, ce mot d'amitié à l'ami parti trop tôt.

Je vous découvre grâce à ce récent billet et à votre visite chez moi qui a attiré mon attention. Je reviendrai.

Martine a dit…

Merci Zoreilles de votre réaction à ce message. Vous me rassurez en fait car j'hésite toujours un peu à publier ces p'tits mots-là ; écrits dans une certaine émotion je ne sais pas toujours comment ils sont perçus. En même temps le fait de les partager m'apaise.

Mais vous verrez, il y a beaucoup de billets moins personnels et très très légers !

A bientôt, chez vous (ça me fait voyager!), ou ici...