mardi 30 novembre 2010

flocons

(quelques p'tits essais d'actualité, car les flocons perturbent beaucoup, en ce moment, le Grand Lyon...)

                                                                    Danse dense et valse vive
                                                                    les flocons font la fête -
                                                                    Promesse d'hiver

Poudre de ciel
flocons sur la langue -       
Dessert pour tout le monde  


                                                  Le ciel floconne
                                                  le moineau frissonne -
                                                  Est-ce bientôt Noël ?


Tombée par terre        
les quatre fers en l'air -
Ça  glisse                      


                                                                            De là-haut quelqu'un jette
                                                                            les miettes d’une lettre -
                                                                            Flocons du désamour

mardi 23 novembre 2010

bulles




Mon p’tit mot fête son deuxième anniversaire ! Vous partagerez bien quelques bulles… inoffensives ??

 







Voyons, à part la fraîcheur de quelques boissons conviviales, que vous évoque donc le mot bulle(s) ? Les phylactères des bandes dessinées, un document pontifical, une sorte de tente assurant un milieu stérile, ce papier protecteur dont on s'amuse souvent à crever les cloques emplies d'air, ou encore un jeu enfantin à partir d'eau savonneuse ?

Les Bulles sont aussi le titre du dernier recueil de nouvelles de Claire Castillon :  elles y désignent comme des sphères imaginaires, transparentes, à travers lesquelles chaque personnage, un par récit, observerait crûment les êtres qui lui sont proches. Tel est le prétexte pour trente-huit monologues caustiques, parsemés de réflexions assez  pétillantes, et qui livrent des fragments de vie très intimes...

 

Pour illustrer cette même idée de bulle, étrange création de l’esprit, isolante, séparatrice, voici la relation d’une scène particulière ; le texte s'inspire d' un événement vécu dans les années 80.

Les passants qui la croisent doivent juste s’amuser de cette jeune femme pressée. C’est  vrai, elle se dépêche, parce qu’elle n'est pas sûre d'être dans les temps pour reprendre Tom avant qu’on l’installe avec les autres pour le goûter. Elle préfère qu’il passe ce moment avec elle, ce sont des minutes précieuses, intimes, rien qu’à eux. Pourtant, il vaut mieux passer à la banque maintenant, c’est mieux sans le petit. Elle filera ensuite à la crèche, dare-dare. Dommage qu’elle se soit attardée au Casino où elle a croisé une collègue, et bavardé, c’est malin ! Après il a fallu monter à l’appartement poser les sacs de courses, puis redescendre, et ça a pris une éternité, l’ascenseur étant à cette heure-ci un véritable omnibus ! Bon, si elle voit qu’il y a trop d’attente à l’agence, elle reviendra plus tard, mais ce sera avec Tom, tant pis.

Elle traverse la place. Il y a deux hommes assis sur l’unique banc du terre-plein, ou peut-être un homme et une femme, habillés de cuir noir, elle discerne juste leurs profils. Elle comprend que ce sont des motards en apercevant les casques sur leurs genoux, mais elle ne voit pas leur bécane. Ils lui tournent le dos, l’un a passé son bras autour des épaules de l’autre, drôle de couple d’amoureux pense-t-elle … Elle longe la devanture de la BCL, opaque, mais à travers la porte vitrée, elle distingue un seul client au guichet. Super ! Elle appuie sur le bouton d’appel pour obtenir l’ouverture. Le voyant s’allume, accompagné d’un long bip…

Tout se précipite ; ils la bousculent, la projettent violemment à l’intérieur. Un casque apparaît à hauteur de son visage. Une voix étrange, rauque, forcée, lui parvient, lui crie de reculer, plus vite, vers cette chaise, asseyez-vous, tenez-vous tranquille. L'autre, derrière, semble brandir une arme sous une veste sombre posée sur son bras ; il tient en respect le client et aussi l’employée qui debout, le visage décomposé, lève les bras. Le premier  homme déplie un sac de sport. Celui qui est armé hurle, réclame de l’argent, les billets, le tiroir, magne-toi.

A partir de ce moment, elle n’entend plus rien, ne se rend plus compte de rien. Elle dira plus tard qu’elle se sent comme isolée dans une bulle ; elle s’abrite, se réfugie à l’intérieur d’elle-même. Elle se répète : je dois aller chercher Tom, il m’attend, je vais bientôt retrouver Tom, il m’attend… Il y a des mouvements ouatés, des glissements, tout autour, des ombres… Et puis plus rien, un trou de silence avant que l’alarme se déclenche enfin, stridente ;  des faisceaux de lumière violente balayent le sol, le mur et ses jambes. Elle arrive à redresser la tête, si lourde. Parvenant à plaquer les mains sur ses oreilles, elle reprend conscience de son corps, et récupère presque une vision normale.

Les motards sont partis, la caissière pleure, en spasmes incontrôlables, hachant péniblement quelques paroles : encore une fois, encore une fois, gémit-elle, la prochaine je ne tiendrai pas. La porte s’ouvre maintenant à la volée, trois flics, des brassards. La maman de Tom se précipite, je dois aller chercher mon  petit, il m’attend ; bien sûr madame bien sûr. Il y en a un, le plus jeune, qui lui prend les coudes et lui demande de se calmer puis si elle a une carte d’identité, quelque chose ; oui mais, s’il vous plaît, je veux partir. Elle lui tend son portefeuille ouvert et s’écoute encore dire : Tom c’est mon bébé, à la crèche, il faut que j’y aille, il m’attend. Elle se présentera au commissariat, oui oui, demain matin sans faute. Les policiers se regardent, le plus vieux  soupire et hoche la tête, c’est bon.

Alors elle s’en va, traverse la place et se dirige vers la crèche, encore dans un état second, agitée et soulagée à la fois. Elle se chuchote des paroles apaisantes : quelle chance, non mais, même pas peur, tout va bien, Tom et moi on va se faire un goûter monstrueux !... Elle accélère son allure. Les passants qui la croisent doivent juste s’amuser de cette jeune femme pressée.

samedi 13 novembre 2010

perverbe


Petite récréation… 

En voilà un mot étrange, qui roule difficilement hors de la bouche, de façon  plutôt abrupte, et presque indécente, vous ne trouvez pas ? On douterait même de son existence... Absent des dictionnaires usuels, le perverbe, contrainte oulipienne, recouvre, de fait, une sorte d'imposture puisqu'il se définit comme un détournement, une invitation à pervertir des formules existantes…

La perspective est alléchante, non ? Si ça vous tente...

Pour composer - ou faut-il dire commettre ? - un perverbe, il suffit de choisir deux proverbes, puis d’associer le début du premier et la fin du second. Les combinaisons obtenues, citations simples ou couplées, suggèrent de nouvelles images, incongrues, absurdes, parfois coquines ou simplement amusantes…

Ainsi, par exemple :

La plus belle fille du monde n’en vaut pas la chandelle… ( La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a / Le jeu n’en vaut pas la chandelle )

ou : La plus belle fille du monde n’arrête pas le pèlerin… ( La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a / Pluie du matin n’arrête pas le pèlerin )

Qui vole un œuf dîne... ( Qui vole un œuf vole un bœuf /  Qui dort dîne )

Après la pluie, on mettrait Paris en bouteille… (Après la pluie, le beau temps / Avec des « si », on mettrait Paris en bouteille )

A vieille mule, rien d’impossible… (A vieille mule, frein doré / A cœur vaillant, rien d’impossible )

Bien mal acquis ne fait pas le bonheur
L’argent ne profite jamais

Qui veut aller loin se mouche
Qui se sent morveux ménage sa monture

L’oisiveté porte conseil
La nuit est mère de tous les vices

L’appétit justifie les moyens
La fin vient en mangeant

Essayez, en piochant parmi quelques proverbes gardés en mémoire ou dans cette sélection ! Il y a de nombreux croisements possibles…

Les résultats s’avérant souvent surréalistes, je soumettrais bien une expression plus croustillante qui désignerait autrement  ces perverbes en les débarrassant de leur relent de perfidie : que diriez-vous de cuisiner plutôt quelques proverbes exquis ?

L’exercice me fait penser à ces jeux d’assemblage tant prisés par les jeunes enfants quand, en manipulant leurs images, ils placent la tête d’un animal sur le corps d’un autre. Jusqu’à obtenir des zèbrafes, des pélic-épics, des canours, de drôles de créatures, innombrables, épatantes, formidables supports d'un imaginaire qui ne demande qu'à se laisser faire ! Une activité dans mon souvenir inépuisable, ou épuisante, selon, autour d'animaux exquis !

mercredi 10 novembre 2010

jeter

Il se peut que je sois complètement à côté de la plaque et que je n’ai pas choisi la meilleure façon d’apprendre à écrire…

Une femme de lettres avertie, Danièle Sallenave, donne en effet, dans de récents entretiens, ce conseil aux "jeunes" écrivains : "Jetez ! Jetez tout ce qui ne vous paraît pas parfait !… Car jeter, c’est écrire !" . J’écoute cela, en éternelle débutante n’ayant jamais pu trouver de recette, toujours à grappiller des impulsions et des idées, et je me désole car je fais tout le contraire de ce que préconise l’experte : je conserve et je compile, trop "vieille" apprentie sans doute pour me résoudre à perdre quoi que ce soit…

Il est donc si peu recommandable de garder tous ses projets ? Je croyais qu’il était  plus important de finaliser, de s'accrocher, de tenir le coup, de traquer ce qui peut enrichir un récit, de composer avec patience.  Je n’ai jamais détruit les fichiers qui ne me paraissaient pas aboutis ; j’ai toujours eu confiance, persuadée qu’ils étaient encore utilisables et qu’il suffisait d’attendre un déclic, de profiter de circonstances différentes. Et puis, grâce à la grande capacité de nos ordinateurs, on peut si facilement « réserver » sans s’encombrer…

En écriture, comme en dessin d'ailleurs, j’ai repris souvent et avec plaisir des travaux laissés quelque temps au repos. Plusieurs fois j’ai mis de côté des mots ou des textes, comme des croquis ; j’en ai même oublié pendant des mois. Récupérer ces folies passagères provoque en moi de réelles émotions : quel bonheur de les retrouver, de les reconnaître. Je renoue avec elles. Je suis capable d’envisager une autre approche, une version plus adaptée, d’entrevoir une suite ou une chute… Et je devrais me priver de ces moments magiques ?  Impensable…

Au lieu de me trouver persévérante, ce que l'on peut considérer comme une qualité, devrai-je désormais avouer un excès de témérité, avec ce que cela implique d'imprudence... C'est que j’ai dû prêter l'oreille jadis à d’autres voix, celles-là m'encourageaient à oser, elles m'enseignaient la prise de risques. Et puis, sincèrement, si j’attendais pour mettre en ligne d’être totalement satisfaite de ce que j'écris, alors mon p'tit mot serait bien mince, et inutile.

Arrive-ton jamais à un texte "parfait" ? Et selon quels critères objectifs l'estimer ainsi, de manière définitive ? C'est trop d'ambition pour moi qui publie lorsque je crois être arrivée à exprimer ce que je voulais dire au départ, et c’est déjà pas mal. Je reviens sans cesse sur mon brouillon : je le corrige, je le modifie, tout en n’étant jamais persuadée que ces transformations l’améliorent vraiment. Cela dure des heures… Pour pouvoir passer à autre chose, je décide, après tout ce temps, d'en finir et, quand il semble acceptable, de me débarrasser de l’ouvrage, mais je refuse de le "bazarder" : non, je préfère le partager. Ce sont quelques lecteurs qui m’aident ensuite à estimer ce que j’ai écrit : bon ou mauvais, banal ou plaisant, intéressant ou rasoir, convenable ou juste passable. Telle scène résonne en eux d’un manière inattendue. Telle interprétation correspond ou non à mon attente. Je suis sensible et attentive à ces réactions, elles orientent les exercices suivants et j'ai l'impression qu'elles me sont capitales pour progresser.

Finalement je jette moi aussi, mais en pâture ; je "me" jette toujours à l’eau : la meilleure façon d’écrire pour moi ! Et si je confonds avec la meilleure façon de me noyer, tant pis…

mercredi 3 novembre 2010

novembre

Vous me reconnaissez bien sûr, je suis Novembre, et à l'aube de mon édition 2010, je ne vois rien de  vraiment neuf à vous dire ! J'ai seulement envie de vous parler un peu de moi...

Vous me retrouvez ces jours-ci, comme chaque année à la même époque, dans le même état, la mine triste et les yeux humides, souffreteux et déprimé. Certains me jugent malsain, je le sais bien, sous prétexte que j’apparais à la Toussaint ; est-ce ma faute si l’humidité ambiante me porte à graillonner ? J'essaie seulement de me délivrer d'humeurs irritantes... Pourtant, dans l’idée de plaire, j’avais prévu dans mes bagages quelques légers habits de fête, assortis aux mille teintes d’automne. J’oublie toujours que je dois assurer, à peine arrivé, les traditionnelles visites à vos chers disparus ! Bien obligé, par respect, de ressortir le costume sombre et la cravate à dominante grise qui me donnent une apparence plus sérieuse, mais qui accentuent ma pâleur ordinaire ! Le problème c'est qu'une fois ces cérémonies passées, alors que je pourrais exposer mes effets multicolores, voilà que se profilent et parlent les gelées !

Les plus désagréables parmi vous prétendent souvent que je porte la poisse et que j’annonce une froidure dont on se passerait volontiers ! Ils me snobent ; pour échapper à ma compagnie, ils invoquent les obligations du foyer, en l’occurrence ils prétendent qu’il leur faut se mettre en quête urgente de bois de chauffage. Quels ingrats ! C'est bien moi qui leur rappelle ! Ils partent en jurant, ils me maudissent, ils m’insultent exprès pour me mettre en colère. Que je pleure : ça m’apprendra ! Que je peste et que je tonne : tant mieux, ainsi l’herbe sera plus tendre au printemps prochain et ils s’y rouleront à souhait, en trinquant à ma santé ! Ils me harcèlent tant que mes protestations en tempête finissent par emporter mes dernières parures de feuilles…

Pauvre de moi ! Malheureux mois ! Dans quelques semaines je ne pourrai plus lutter ! La nature reste maîtresse du monde n’est-ce pas ? Je n’aurai plus qu’à me faire tout petit devant elle et raccourcirai encore mes jours ; je ferai traîner les nuits. Je voilerai définitivement la terre d’une enveloppe brumeuse, voire de brouillasse. J’essaierai de temps à autre, profitant d'une meilleure forme, quelques sourires timides ; ils seront mes hommages à de rares amies esseulées.

Une météorologie variable vous marque rapidement. De plus, avec l’âge, apparaîtront les premiers flocons qui, hélas, neutraliseront mes efforts. La chevelure devenant bien trop blanche et fragile, je sais que je devrai me retirer ; sur le cortège de l’année je laisserai la place. La bataille est perdue d'avance, c’est écrit. Vous tous les humains, petits et grands, applaudirez comme toujours l'arrivée de mon talentueux collègue : ce décembre séducteur brandissant fièrement son impressionnant catalogue de fêtes. Un imposteur oui, un profiteur, un mois excessif, à l'ego démesuré !

Non, goûtez-moi un peu mieux cette année, je vous en prie ! Je promets d'y mettre sincèrement du mien.  De toutes les manières, les rigueurs du prochain hiver s'imposeront et me chasseront sans discussion . Les saisons auront toujours raison des mois.

(Le texte s'inspire beaucoup de dictons, proverbes ou citations du mois de novembre.)