mercredi 3 novembre 2010

novembre

Vous me reconnaissez bien sûr, je suis Novembre, et à l'aube de mon édition 2010, je ne vois rien de  vraiment neuf à vous dire ! J'ai seulement envie de vous parler un peu de moi...

Vous me retrouvez ces jours-ci, comme chaque année à la même époque, dans le même état, la mine triste et les yeux humides, souffreteux et déprimé. Certains me jugent malsain, je le sais bien, sous prétexte que j’apparais à la Toussaint ; est-ce ma faute si l’humidité ambiante me porte à graillonner ? J'essaie seulement de me délivrer d'humeurs irritantes... Pourtant, dans l’idée de plaire, j’avais prévu dans mes bagages quelques légers habits de fête, assortis aux mille teintes d’automne. J’oublie toujours que je dois assurer, à peine arrivé, les traditionnelles visites à vos chers disparus ! Bien obligé, par respect, de ressortir le costume sombre et la cravate à dominante grise qui me donnent une apparence plus sérieuse, mais qui accentuent ma pâleur ordinaire ! Le problème c'est qu'une fois ces cérémonies passées, alors que je pourrais exposer mes effets multicolores, voilà que se profilent et parlent les gelées !

Les plus désagréables parmi vous prétendent souvent que je porte la poisse et que j’annonce une froidure dont on se passerait volontiers ! Ils me snobent ; pour échapper à ma compagnie, ils invoquent les obligations du foyer, en l’occurrence ils prétendent qu’il leur faut se mettre en quête urgente de bois de chauffage. Quels ingrats ! C'est bien moi qui leur rappelle ! Ils partent en jurant, ils me maudissent, ils m’insultent exprès pour me mettre en colère. Que je pleure : ça m’apprendra ! Que je peste et que je tonne : tant mieux, ainsi l’herbe sera plus tendre au printemps prochain et ils s’y rouleront à souhait, en trinquant à ma santé ! Ils me harcèlent tant que mes protestations en tempête finissent par emporter mes dernières parures de feuilles…

Pauvre de moi ! Malheureux mois ! Dans quelques semaines je ne pourrai plus lutter ! La nature reste maîtresse du monde n’est-ce pas ? Je n’aurai plus qu’à me faire tout petit devant elle et raccourcirai encore mes jours ; je ferai traîner les nuits. Je voilerai définitivement la terre d’une enveloppe brumeuse, voire de brouillasse. J’essaierai de temps à autre, profitant d'une meilleure forme, quelques sourires timides ; ils seront mes hommages à de rares amies esseulées.

Une météorologie variable vous marque rapidement. De plus, avec l’âge, apparaîtront les premiers flocons qui, hélas, neutraliseront mes efforts. La chevelure devenant bien trop blanche et fragile, je sais que je devrai me retirer ; sur le cortège de l’année je laisserai la place. La bataille est perdue d'avance, c’est écrit. Vous tous les humains, petits et grands, applaudirez comme toujours l'arrivée de mon talentueux collègue : ce décembre séducteur brandissant fièrement son impressionnant catalogue de fêtes. Un imposteur oui, un profiteur, un mois excessif, à l'ego démesuré !

Non, goûtez-moi un peu mieux cette année, je vous en prie ! Je promets d'y mettre sincèrement du mien.  De toutes les manières, les rigueurs du prochain hiver s'imposeront et me chasseront sans discussion . Les saisons auront toujours raison des mois.

(Le texte s'inspire beaucoup de dictons, proverbes ou citations du mois de novembre.)

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