mardi 21 décembre 2010

dorica castra

   noël aileron ronfler flemmard marmite mitan tantôt tonneau noël

ou

noël ailette letton tonsure surtout toupie pivert verrat ravir virage agile gilet laitue tuba ballot logo gober bécasse castor torrent rancart carrefour fourneau noël

Vous connaissez tous ce jeu, divertissant en société, parfois générateur de comptines surréalistes, qui consiste à reprendre la fin d'un mot ou d'une expression pour en commencer un ou une autre. Mais saviez-vous que ce procédé s'appelle un dorica castra ?

Joyeuses fêtes ! 

dimanche 19 décembre 2010

notes

Régulièrement les journaux font la une de quelques sujets concernant l'Ecole élémentaire ;  on dirait bien que  l'on ressort les serpents de mer pour boucher les trous entre les actualités politiques ou autres scandales financiers et météorologiques. De toute façon  l'audience est garantie lorsqu'on évoque l'enfance, avec tout ce qu'elle comporte d'espoirs et de nostalgies... Je devrais me sentir moins concernée depuis que je suis à la retraite ; mon oreille est plus distraite, certes, et mon regard plus éparpillé, mais je ne peux rester indifférente...

Il y a toujours eu des querelles, par exemple autour de l’apprentissage de la lecture. J’entends périodiquement flatter les vieilles méthodes de b-a ba, c’était mieux avant n’est-ce pas, tellement plus efficace... J'imagine les lendemains douloureux pour les maîtres de CP assaillis par  les parents inquiets ; les voilà sommés de se justifier, et gare s'ils n'agissent pas comme on le préconise à la radio, car ils risquent de causer l'échec intellectuel de toute une génération ! Laissez-moi douter qu’il suffise de revenir à un procédé exclusivement analytique de l'écrit pour que les élèves lisent mieux, plus, et améliorent leurs performances en orthographe… A moins qu'on restaure pour le coup la b-a baguette dont l'application sur le bout des doigts permettait à la même époque de rendre les leçons plus intéressantes ?

Un matin, récemment, j’apprenais que des personnalités avaient signé une pétition en faveur de la suppression des notes à l’école primaire. J’avoue ne pas avoir vraiment compris, persuadée que celles-ci avaient déjà disparues depuis longtemps : au cours de mes dernières années d'enseignement, je n’utilisais plus que des couleurs, et seulement deux  ! Il est vrai que j’ai surtout travaillé au cycle 2, avec les plus jeunes élèves donc ; peut-être dans les grandes classes la notation chiffrée est-elle encore tolérée… Cependant je pense que la majorité des professeurs parlent et proposent maintenant des "évaluations" pour témoigner de l’acquisition, ou non, de compétences ; et celles-ci sont listées, précises, et régulièrement actualisées.

En considérant toute la durée de ma carrière, sur plus de trente ans, j’ai dû connaître tous les systèmes de notation :

- Lorsqu’il n’y avait qu’un court catalogue de matières (par exemple : grammaire, géométrie, histoire…),  l’instituteur inscrivait pour chacune une note chiffrée, entre 0 et 10 (les moyennes étant encore calculées trois chiffres après la virgule, même pour les enfants de six ans… une aberration…). Ensuite vinrent les lettres : au nombre de cinq, A, B, C, D, E, puis quatre, A, B, C, D, puis trois, A, B, C, avec pour chaque système les déclinaisons possibles en + ou -, voir en ++ et -- (dans le domaine du ridicule...) !

- Avec l’évaluation des compétences apparurent trois expressions éloquentes : "acquis", "en cours d’acquisition", "non acquis", que l’on tenta d’abréger pour finalement adopter un trio de couleurs signifiantes : vert, orange, rouge.

C’est alors, il y a cinq ou six ans, que nos inspecteurs transmirent la consigne d’abandonner le rouge…  Là, personnellement, je trouvai cela plutôt dommage car elle me permettait justement de mettre en évidence avec les enfants les points sur lesquels devaient reposer tous leurs efforts. Sans jamais avoir l’impression d’abuser ni d’enfoncer mes élèves dans l’échec.

Certes il faut considérer la forme de l’échelle, mais la façon dont elle est utilisée (par l’enseignant) ou la façon dont elle est reçue (par le parent) sont aussi importantes…

Encore un sujet prisé par les médias : les rythmes scolaires. On invoque le bien de l’enfant, on redécouvre la semaine de quatre jours et demi, on assure que les périodes de travail devraient alterner plus régulièrement avec les vacances (ou comment prêcher des convaincus !)… Mais cela suffirait-il réellement , comme on le serine, à diminuer la fatigue des enfants ? Ne faut-il pas en même temps réfléchir à la journée de nos élèves : six heures de cours, une durée qui n’a pas changé depuis que nous-mêmes fréquentions la communale. Sans compter les soutiens à l’heure du déjeuner, les études du soir, les activités périscolaires que l’on multiplie pour éviter l’ennui des bambins ; et je passe sur les déplacements entre la maison et l’école. Ne faut-il pas évoquer encore le nombre d’enfants par classe ? Non, décidément, agir sur la seule répartition hebdomadaire ou l'aménagement des périodes ne règlera pas tous les problèmes.

Voilà donc des exemples de débats qui font mouche à chaque fois, qui chatouillent et divisent, quel dommage ! Ces points montés en épingle, ces élans parfois contradictoires, ne devraient-ils pas toujours être replacés dans  un ensemble ? Car ils ne sont que quelques éléments d'un tout qui cherche à se reconstruire. Une Ecole à adapter au présent tout en lui assurant un avenir : la besogne est d'envergure...

jeudi 16 décembre 2010

intime

A la fin de l’année je me prends toujours d'une façon ou d'une autre, comme vous, à repasser le film des mois écoulés. Je revois ce qui s’est passé autour de moi, et dans ma propre vie ; il y a bien sûr des temps plus forts, plus marquants, des événements graves... Mais j’ai choisi de vous raconter ici un moment léger, vécu à l’automne, parmi mes expériences récentes les plus agréables : une occasion de rencontre sympathique, un échange privilégié, dont la pensée me donne encore chaud au cœur…

Un groupe de jeunes étudiants nous avait conviés pour une soirée inédite, parce que nous sommes élèves de la même université, et que fréquentant les ateliers d’écriture nous étions susceptibles d’être intéressés. Il s’agissait de participer au lancement d’un projet en réunissant des textes, les leurs, les nôtres, bâtis autour de l’intime ! Tout un programme ! Ces productions constitueraient les premiers feuillets insérés dans un classeur original, une sorte de livre voyageur, évolutif, mis ensuite en circulation sur le campus. L'ouvrage continuerait à se nourrir et à s’enrichir de nouvelles pages, au gré de ses lecteurs successifs et temporaires…

Pour ma part j’avais accepté l’invitation assez rapidement, heureuse d’avoir été contactée ; j’étais flattée, et aussi fort curieuse.

Mais ensuite il m’a bien fallu réfléchir un peu plus sérieusement : quels écrits pourrais-je proposer ? Lesquels allais-je considérer comme relevant du sujet ? Je regardai dans le dictionnaire la définition du mot intime : "ce qui est contenu dans le plus profond d’un être"…  Bon ! Il me fallait trouver des textes où l'on entrait dans les pensées du personnage, où l'on analysait ses émotions : élans d'amour,  troubles intérieurs,  questionnements, désordres privés, chagrins lancinants, deuils insurmontables, sentiments plus ou moins secrets, idées interdites, réprimées, voilées, déguisées…

Certes, j’ai souvent abordé les relations familiales ou amoureuses dans certaines histoires. J’y ai mêlé des vibrations plus que personnelles. Cela conviendrait-il ? Ces récits ne se composent-ils pas de scènes "intimistes" plutôt que d’allusions proprement "intimes"?

Pendant plusieurs jours j’ai cherché comment m’en sortir… Décidément je me faisais bien du souci… Je résolus d’emporter plusieurs nouvelles ou poésies, et de choisir sur place en tenant compte du ton des autres contributions. Je mis dans mon petit bagage ces quelques maux, surtout parce qu’ils traduisaient des préoccupations familières ou graves, mais aussi parce qu’en les relisant plusieurs mois après les avoir écrits ils m’amenaient encore des frissons : amour, bleu, hiver (de dame), que t’arrive-t-il papa, rencontre et solitude

Et la soirée s’est déroulée, naturelle et conviviale… J’en garde une impression merveilleuse de partage, le doux bonheur de me sentir bien parmi de jeunes adultes accueillants et chaleureux, l’agréable illusion que nous avions tous à ce moment le même âge. J’ai compris dans leurs écritures tendres, pudiques et passionnées, la plupart sous la forme de poésies, que l’amour concentrait leurs espérances. Et c’est rencontre que j’ai finalement placé au creux du recueil tout neuf, rencontre que j’ai lu tout haut avec la voix qui tremblait ; ils m’ont fait cadeau de leur attention. Et voilà, j’ai réussi à offrir mon poème, simplement, comme tous ont fait don de leurs mots.

Nous avons tous mis du cœur dans le livre ouvert…
Un livre multiple, précieux, unique et vivant !
Où est-il en ce moment, qui donc le feuillette,
Qui le confie, qui le partage, qui le complète ?
Qui lit aujourd’hui nos visions particulières ?
A ces écrits de l’intime je pense souvent !

mercredi 8 décembre 2010

lumignons


Chaque 8 décembre, c’est une tradition,
Les Lyonnais ornent leurs immeubles et leurs maisons.
Sur le bord des fenêtres et le long des balcons,
La nuit venue, ils disposent des lumignons.

Dans les verres épais, transparents et colorés,
Les flammes dansent, vacillent, et de tous les côtés
La ville s’embrase, toute entière emportée
Par un appétit de fête et de joies partagées.

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De quand datent les premières illuminations ?
De 1852, quand la population,
Impatiente de célébrer une inauguration,
Décida elle-même de l’animation.

Des réjouissances avaient été pressenties
Autour d’une statue de la Vierge Marie.
Mais de violents orages et d'importantes pluies
Risquaient de compromettre les cérémonies.

Fort heureusement, au tout début de la soirée
Ce fut l'éclaircie, le ciel s'était dégagé,
Et les habitants, dans un élan spontané,
Allumèrent des bougies, dans chaque foyer !

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Depuis que je suis à Lyon, chaque année
Mon nombre de lumignons a augmenté.
Je les prépare et les installe, la nuit tombée,
Puis contemple ma rue en train de s'éclairer.

C’est seulement quand mes chandelles sont en bonne place
Que je sors me promener, faire le tour des places,
Même s'il s'agit de fendre la foule, à la brasse,
Espérant que le ciel ravale ses menaces.

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Mais à tous les débordements d'illusions,
Feux d'artifice et tableaux en trois dimensions,
Je préfère ces p'tits bonheurs simples, les lumignons.
Chaque 8 décembre, c'est une tradition !

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Pour en savoir plus sur La Fête des Lumières à Lyon : historique audio, historique texte, programme 2010, itinéraires 2010
Pour relire les p'tits mots sur la fête parus en 2008 et 2009: lumière, quais(1), quais(2), lumières

jeudi 2 décembre 2010

ciel

(200e !!)

Par un temps comme aujourd’hui, rideaux de flocons serrés, horizon bouché, plafond tout bas tout gris, Timothée, posté derrière la vitre, donne l'impression de s'ennuyer… Certes, ce n'est pas la meilleure météo pour son occupation favorite, mais il est patient...

Connaissez-vous ce court récit d’Arnold Lobel dans lequel un souriceau et sa maman s’attardent, lors d’une promenade, à regarder le ciel, s'amusant ensemble à retrouver toutes sortes d’images dans les nuages ? Eh bien Timothée, lorsqu’il était petit, réclamait chaque soir qu’on lui lise cette histoire. Depuis, à l’instar du jeune animal, l’enfant ne se lasse pas de contempler la voûte céleste et de suivre la course, parfois tranquille, souvent pressée, des formes éphémères qui se tissent et se décomposent. Il invente des rencontres fantastiques ou incongrues, des aventures extraordinaires, des batailles violentes et muettes. Diables cornus à l’assaut de somptueux châteaux, moutons géants et frisés terrassés par des serpents de plumes, vaisseaux uniques à l'escorte galopante et cotonneuse…


Défilé en plein ciel
Formes mouvantes
Magasin de rêves



Quand il a découvert, une nuit, la multitude de scintillements éparpillés sur son domaine enchanté, il a aussitôt entrepris la conquête des étoiles pour en  faire de nouveaux terrains de jeu, territoires merveilleux, mondes jusque là inexplorés, certainement peuplés d’êtres fabuleux et bienveillants !... 

Timothée rêve ainsi, des heures durant, le menton levé, le regard dépassant toujours la lucarne de sa chambre, la fenêtre de la cuisine ou celle de la classe. Ses parents parlent de leur petit bonhomme étrange en l’appelant "Tête en l’air" ; d’ailleurs tous ses proches, les voisins, les copains, le village entier, ne le saluent plus qu’en utilisant ce tendre sobriquet. On lui offre toutes sortes de manuels, qu’il dévore, traitant de la physique des nuages ou d’astronomie. Mais il lit aussi quantité d’épopées romanesques : elles lui suggèrent des scénarios précis qu’il met en réserve pour toutes les fois où le ciel s’habille de son uniforme bleu azur. Il projette alors ses images enregistrées sur l'écran lisse et gigantesque. 

Aux derniers jours délicieusement ensoleillés de l’automne, alors qu’aucun nuage ne songeait à rompre le charme, il avait repéré au fond du jardin un endroit magique. Au bord du cours d'eau  le séparant du parc, en plein après-midi, inutile de lever la tête : le ciel se reflétait dans l’onde claire et calme, au point que la nature et quelques enracinés s'étaient eux aussi laissés envoûter, et tromper.

 



Ciel et eau
tous ces arbres partagés
Où suis-je ?








Timothée trouve donc, d'habitude, largement de quoi nourrir son appétit de songes. Il puise sa force dans le rêve et navigue dans l’enfance en solitaire, au rythme de son imagination et dans une marge sage. Ce matin donc, il patiente, à l'affût du premier bout de ciel qui parviendra à se libérer des cohortes de chevaliers blancs, maîtres du paysage depuis la veille. Laissons-le profiter de ce prochain bonheur...

(Sur le même thème, il existe un précédent message, souvenir d'école celui-là : nuages)