jeudi 2 décembre 2010

ciel

(200e !!)

Par un temps comme aujourd’hui, rideaux de flocons serrés, horizon bouché, plafond tout bas tout gris, Timothée, posté derrière la vitre, donne l'impression de s'ennuyer… Certes, ce n'est pas la meilleure météo pour son occupation favorite, mais il est patient...

Connaissez-vous ce court récit d’Arnold Lobel dans lequel un souriceau et sa maman s’attardent, lors d’une promenade, à regarder le ciel, s'amusant ensemble à retrouver toutes sortes d’images dans les nuages ? Eh bien Timothée, lorsqu’il était petit, réclamait chaque soir qu’on lui lise cette histoire. Depuis, à l’instar du jeune animal, l’enfant ne se lasse pas de contempler la voûte céleste et de suivre la course, parfois tranquille, souvent pressée, des formes éphémères qui se tissent et se décomposent. Il invente des rencontres fantastiques ou incongrues, des aventures extraordinaires, des batailles violentes et muettes. Diables cornus à l’assaut de somptueux châteaux, moutons géants et frisés terrassés par des serpents de plumes, vaisseaux uniques à l'escorte galopante et cotonneuse…


Défilé en plein ciel
Formes mouvantes
Magasin de rêves



Quand il a découvert, une nuit, la multitude de scintillements éparpillés sur son domaine enchanté, il a aussitôt entrepris la conquête des étoiles pour en  faire de nouveaux terrains de jeu, territoires merveilleux, mondes jusque là inexplorés, certainement peuplés d’êtres fabuleux et bienveillants !... 

Timothée rêve ainsi, des heures durant, le menton levé, le regard dépassant toujours la lucarne de sa chambre, la fenêtre de la cuisine ou celle de la classe. Ses parents parlent de leur petit bonhomme étrange en l’appelant "Tête en l’air" ; d’ailleurs tous ses proches, les voisins, les copains, le village entier, ne le saluent plus qu’en utilisant ce tendre sobriquet. On lui offre toutes sortes de manuels, qu’il dévore, traitant de la physique des nuages ou d’astronomie. Mais il lit aussi quantité d’épopées romanesques : elles lui suggèrent des scénarios précis qu’il met en réserve pour toutes les fois où le ciel s’habille de son uniforme bleu azur. Il projette alors ses images enregistrées sur l'écran lisse et gigantesque. 

Aux derniers jours délicieusement ensoleillés de l’automne, alors qu’aucun nuage ne songeait à rompre le charme, il avait repéré au fond du jardin un endroit magique. Au bord du cours d'eau  le séparant du parc, en plein après-midi, inutile de lever la tête : le ciel se reflétait dans l’onde claire et calme, au point que la nature et quelques enracinés s'étaient eux aussi laissés envoûter, et tromper.

 



Ciel et eau
tous ces arbres partagés
Où suis-je ?








Timothée trouve donc, d'habitude, largement de quoi nourrir son appétit de songes. Il puise sa force dans le rêve et navigue dans l’enfance en solitaire, au rythme de son imagination et dans une marge sage. Ce matin donc, il patiente, à l'affût du premier bout de ciel qui parviendra à se libérer des cohortes de chevaliers blancs, maîtres du paysage depuis la veille. Laissons-le profiter de ce prochain bonheur...

(Sur le même thème, il existe un précédent message, souvenir d'école celui-là : nuages)

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