dimanche 19 décembre 2010

notes

Régulièrement les journaux font la une de quelques sujets concernant l'Ecole élémentaire ;  on dirait bien que  l'on ressort les serpents de mer pour boucher les trous entre les actualités politiques ou autres scandales financiers et météorologiques. De toute façon  l'audience est garantie lorsqu'on évoque l'enfance, avec tout ce qu'elle comporte d'espoirs et de nostalgies... Je devrais me sentir moins concernée depuis que je suis à la retraite ; mon oreille est plus distraite, certes, et mon regard plus éparpillé, mais je ne peux rester indifférente...

Il y a toujours eu des querelles, par exemple autour de l’apprentissage de la lecture. J’entends périodiquement flatter les vieilles méthodes de b-a ba, c’était mieux avant n’est-ce pas, tellement plus efficace... J'imagine les lendemains douloureux pour les maîtres de CP assaillis par  les parents inquiets ; les voilà sommés de se justifier, et gare s'ils n'agissent pas comme on le préconise à la radio, car ils risquent de causer l'échec intellectuel de toute une génération ! Laissez-moi douter qu’il suffise de revenir à un procédé exclusivement analytique de l'écrit pour que les élèves lisent mieux, plus, et améliorent leurs performances en orthographe… A moins qu'on restaure pour le coup la b-a baguette dont l'application sur le bout des doigts permettait à la même époque de rendre les leçons plus intéressantes ?

Un matin, récemment, j’apprenais que des personnalités avaient signé une pétition en faveur de la suppression des notes à l’école primaire. J’avoue ne pas avoir vraiment compris, persuadée que celles-ci avaient déjà disparues depuis longtemps : au cours de mes dernières années d'enseignement, je n’utilisais plus que des couleurs, et seulement deux  ! Il est vrai que j’ai surtout travaillé au cycle 2, avec les plus jeunes élèves donc ; peut-être dans les grandes classes la notation chiffrée est-elle encore tolérée… Cependant je pense que la majorité des professeurs parlent et proposent maintenant des "évaluations" pour témoigner de l’acquisition, ou non, de compétences ; et celles-ci sont listées, précises, et régulièrement actualisées.

En considérant toute la durée de ma carrière, sur plus de trente ans, j’ai dû connaître tous les systèmes de notation :

- Lorsqu’il n’y avait qu’un court catalogue de matières (par exemple : grammaire, géométrie, histoire…),  l’instituteur inscrivait pour chacune une note chiffrée, entre 0 et 10 (les moyennes étant encore calculées trois chiffres après la virgule, même pour les enfants de six ans… une aberration…). Ensuite vinrent les lettres : au nombre de cinq, A, B, C, D, E, puis quatre, A, B, C, D, puis trois, A, B, C, avec pour chaque système les déclinaisons possibles en + ou -, voir en ++ et -- (dans le domaine du ridicule...) !

- Avec l’évaluation des compétences apparurent trois expressions éloquentes : "acquis", "en cours d’acquisition", "non acquis", que l’on tenta d’abréger pour finalement adopter un trio de couleurs signifiantes : vert, orange, rouge.

C’est alors, il y a cinq ou six ans, que nos inspecteurs transmirent la consigne d’abandonner le rouge…  Là, personnellement, je trouvai cela plutôt dommage car elle me permettait justement de mettre en évidence avec les enfants les points sur lesquels devaient reposer tous leurs efforts. Sans jamais avoir l’impression d’abuser ni d’enfoncer mes élèves dans l’échec.

Certes il faut considérer la forme de l’échelle, mais la façon dont elle est utilisée (par l’enseignant) ou la façon dont elle est reçue (par le parent) sont aussi importantes…

Encore un sujet prisé par les médias : les rythmes scolaires. On invoque le bien de l’enfant, on redécouvre la semaine de quatre jours et demi, on assure que les périodes de travail devraient alterner plus régulièrement avec les vacances (ou comment prêcher des convaincus !)… Mais cela suffirait-il réellement , comme on le serine, à diminuer la fatigue des enfants ? Ne faut-il pas en même temps réfléchir à la journée de nos élèves : six heures de cours, une durée qui n’a pas changé depuis que nous-mêmes fréquentions la communale. Sans compter les soutiens à l’heure du déjeuner, les études du soir, les activités périscolaires que l’on multiplie pour éviter l’ennui des bambins ; et je passe sur les déplacements entre la maison et l’école. Ne faut-il pas évoquer encore le nombre d’enfants par classe ? Non, décidément, agir sur la seule répartition hebdomadaire ou l'aménagement des périodes ne règlera pas tous les problèmes.

Voilà donc des exemples de débats qui font mouche à chaque fois, qui chatouillent et divisent, quel dommage ! Ces points montés en épingle, ces élans parfois contradictoires, ne devraient-ils pas toujours être replacés dans  un ensemble ? Car ils ne sont que quelques éléments d'un tout qui cherche à se reconstruire. Une Ecole à adapter au présent tout en lui assurant un avenir : la besogne est d'envergure...

2 commentaires:

Accent Grave a dit…

Nous avons aussi été témoins de ces discussions concernant les compétences transversales, l'abandon des notes, les nouvelles méthodes permettant d'apprendre sans efforts, etc...

Face à l'échec, devant tous ces jeunes gens qui ne savent plus lire ou écrire, nous revenons aux méthodes anciennes.

Les neuronnes doivent suer pour apprendre. Pour ce faire, la motivation est nécessaire. Je me pose d'autres questions.

Autrefois, tout le monde n'allait pas à l'école. Ceux qui étudiaient, apprenaient bien. Peut-être étaient-ils prédisposés aux études?

Depuis les années '60, tout le monde doit étudier mais les requis, le système d'évaluation, les matières enseignées, les contraintes sociales (religions, us et coutumes, horaires de travail), les heures d'apprentissage, les devoirs et les leçons n'ont rien à voir avec ce qui se faisait à l'époque. Les proffesseurs jouissaient de l'appui des parents, ce qui n'est plus le cas.

Nous vivons dans un autre monde. Bien des gens ne s'y retrouvent pas.

ACcent Grave

Martine a dit…

Accepter le changement et rechercher la motivation, c'est cela...

Ma mère enseignait à la campagne, dans une école publique de filles. Jusque dans les années 50/60, beaucoup n'allaient pas au-delà du certificat d'études primaires car il y avait du travail dans les exploitations familiales. Ma mère devait convaincre encore les parents de laisser partir à la ville celles qui avaient des capacités.

Aujourd'hui tous les enfants doivent continuer au collège, au lycée ; pour certains le parcours du combattant, la galère. L'accès à la vie dite active est tardif ou ce que l'on en perçoit peu réjouissant. Les parents sont dans une spirale, absents ou exigeants, les professeurs n'ont plus leur confiance et eux aussi sont las.

Je repense à mes quelques années d'enseignement en école de perfectionnement, une sorte de collège technique qui recevait des élèves ayant eu des difficultés toutes leurs années d'élémentaire. Beaucoup rattrapaient leurs fondamentaux dès qu'ils avaient une vision pratique des apprentissages, leur application possible dans leur futur métier.

C'est une des raisons qui m'ont fait peu à peu venir au Cours Préparatoire, je voulais comprendre ce qui pouvait bloquer à ce moment. J'ai essayé de miser sur la curiosité des plus petits, pas encore trop émoussée par toutes les sollicitations extérieures, mais cela nécessitait beaucoup d'énergie, et de zapper... Je ne crois pas aux méthodes anciennes, le public a changé, comme vous le dites, il n'accepte plus si sagement d'être gavé, il bouge, il faut le rattraper sans cesse, accepter l'interaction, gérer le groupe. Et que tout le monde s'en sorte.