dimanche 30 janvier 2011

martine

En ce jour de fête, coupée en deux, réduite à laisser s'encanailler chacune de mes syllabes séparément,  mar et tine, tine et mar, quel tintamarre, voici le pire du pire, en brève...

Tandis que tintinnabulent quelques clochettes agitées par une marmaille en maraude, Marcel piétine sur les marches de la Chapelle Sixtine. Il marmonne tout en rêvant à sa Clémentine, rencontrée en mars dernier à Paris, au Musée Marmottan ; il songe à l'allure enfantine et fragile de sa belle, se remémore la lueur mutine et enchanteresse perçue alors dans son regard. 

Il est pourtant encore marié, avec une Marseillaise prénommée Marie, une crétine, actuellement en Argentine, qu'elle s'évertue à parcourir en trottinette à la poursuite de tinamous. Il l'avait connue en bordure d'un marigot, au Maroc, alors qu'elle accompagnait une autre mariole, Albertine, encore plus marteau celle-là ! Sur le campement, ils avaient tous trois mangé à la même cantine, plongé leurs louches dans  la marmite commune et partagé les mêmes tinettes. Marie l'aventureuse avait remarqué ce Marcel au pied marin qui l'avait bien fait marrer pendant un moment. Jusqu'à ce mardi funeste en pleine mer de Marmara, où elle l'avait largué. 

Le voilà réduit à marchander maintenant en haut lieu l'annulation de son mariage...

samedi 22 janvier 2011

destin


(fantaisie, ou faut-il dire élucubration, autour du mot destin…) 

J’avais pourtant envisagé, le mois dernier, par simple lassitude du corps, de ne plus retarder l’échéance. Et puis j’ai beau avoir à cœur de rendre service, les conditions d'existence, la surpopulation et les relations de plus en plus virtuelles entre les habitants de notre planète me pèsent chaque jour davantage, et je ne me sens plus suffisamment dans le coup. 

Malgré ces réflexions et raisonnables pensées, j’ai passé ma commande de temps aux premières heures du 11 novembre dernier, le 11/11/2222, date à laquelle tout projet a bien sûr été accepté d'office par les autorités. Trois années supplémentaires m'ont ainsi été accordées, énième sursis qui me permettra d’accompagner une dizaine d'arrière arrière-petits-enfants au cours d'un long séjour scolaire, pendant les mois d’hiver, en Mer de Tranquillité. Leur maman m’avait annoncé, la veille de ce jour historique, son intention de profiter de l'absence des petits pour accoucher du onzième : elle allait commencer dès la fin du mois un régime d’accélération de grossesse dont elle avait fixé le terme à fin janvier 2223, soit dans une huitaine de semaines, à peine.

Que voulez-vous essayer de répliquer ? A notre époque, les personnes de mon âge sont déjà reconnaissantes d’avoir été conservées…  Pure gentillesse : mes descendants auraient eu l’autorisation de me faire disparaître dès mon cinquantième anniversaire, en 2140, il y a donc plus de quatre-vingts ans. Heureusement, j’ai toujours su me montrer utile, notamment dans la garde des plus jeunes, ce qui me garantit le renouvellement régulier de mon contrat de vie ; la location d’un ou plusieurs robots baby sitters coûterait bien plus cher. Mes ressources personnelles étant épuisées depuis belle lurette, c’est donc la famille qui se cotise pour me prolonger.

Je me perds dans quelques émotions. Je rêve, en cette fin de journée, les yeux balayant distraitement l'horizon, postée là derrière mon hublot, à l'abri dans mon appartement douillet du 111e étage, tout en haut de la tour OxyD qui domine la cité végétale protégée ; je patiente et guette le livreur de temps. Je l’aperçois d’ailleurs, encore assez loin, à cheval sur son vecteur solaire... "A cheval !"... Comme j’aime cette expression désuète… Mais le ciel se colore soudain : un tourbillon bariolé témoigne de la subite désintégration de mon messager et de son véhicule. Sans doute une basse attaque terroriste, une turbulence lancée au hasard par des fanatiques, comme cela arrive régulièrement depuis plusieurs siècles…

Sur l’écran intégré au creux de ma paume droite, un code fatal apparaît que j’effleure de l’index gauche pour prendre connaissance du message vocal : je perçois les intonations envoûtantes d'un George de légende cloné et immortel : "Prolongation annulée ! Le ministre de l'avenir vous présente ses excuses : un accident s'est produit, totalement indépendant de sa volonté, et toute récupération s'avère hélas impossible à envisager. La décomposition de votre corps est donc prévue de manière inéluctable le 22 janvier prochain, veuillez indiquer rapidement l'heure qui vous conviendra le mieux. Pour accuser réception de votre destin, merci de répondre distinctement OK..."

Ce que, obéissante ou subjuguée, je prononce aussitôt !... Aurez-vous une petite pensée pour moi lorsque  mon jour sera venu ?

dimanche 16 janvier 2011

miséricorde

Toute l'année dernière, nous avons travaillé, au sein d'une commission de quartier, pour un projet d'aménagement urbain visant à améliorer les déplacements quotidiens des piétons les plus âgés. Sur un parcours type, en l'occurrence une rue reliant deux places de marché, après en avoir étudié les points stratégiques et pièges éventuels, nous avons par exemple préconisé la modification ou l'installation d'un mobilier adapté. En particulier, pour permettre aux personnes de se reposer en chemin sans avoir l'appréhension de devoir ensuite péniblement se relever, nous avons pensé aux assis-debout.  Le Sytral, qui organise les transports en commun dans notre agglomération lyonnaise, propose déjà ce style de banquettes ; on les trouve en station, sur les quais du tram, et de plus en plus à l'intérieur même des bus ou dans le métro...

En région parisienne, le réseau Transilien utilise également ce matériel  qui tend à remplacer depuis quelque temps, dans les trains de banlieue, les strapontins si familiers... Ceux-ci, devenus trop gênants aux heures de pointe, posent un réel problème aux responsables du trafic. C'est en tout cas l'objet d'un article publié dans Direct Matin le 12 janvier :  "La SNCF a trouvé une solution et expérimente dans certains RER les appuis ischiatiques, aussi appelés repose-fesses ou miséricordes."

Miséricorde ! Je n'aurais pas imaginé un tel synonyme ! Et pourtant, le mot convient parfaitement ; car à l'origine, et cela remonte au Moyen Age, il désignait, dans les églises, une sellette étroite et ouvragée souvent fixée, à hauteur des hanches, au fond d'une stalle de chœur. Appelée aussi patience, elle permettait notamment aux moines parfois âgés qui participaient aux offices de trouver un appui tout en ayant l'air d'être debout. En voici quelques magnifiques exemples photographiés au Monastère royal de Brou, dans l'église édifiée entre 1513  et 1532 à Bourg-en Bresse sous l'impulsion de Marguerite d'Autriche. Les stalles de chêne ont été fabriquées par des artisans flamands mais on doit sans doute la réalisation des sièges, et  celle des miséricordes, à un atelier local dirigé par le bressan Pierre Berchod, dit Terrasson...








  
Comme quoi, la préoccupation de vouloir soulager nos seniors est de tous les temps...


Monastère Royal de Brou - photos

jeudi 13 janvier 2011

instantanés


Quelques instantanés, pris au cours des semaines passées, dans le tourbillon des vacances ou le tumulte de la reprise, témoins de tendresses essentielles ou de l'ivresse du temps...


Boules de neige et rues miroirs
Chamboule tout et toboggan -
Noël ou fête foraine ?

                                                                             Flaques de glace
                                                                             Pavés givrés -
                                                                             Gare en sortant !


                            Palpite au creux du bras
                            La vie au goût de Clémentine -
                            Échange de douceurs

                            Cœur amoureux
                            façonné dans la mie tendre -
                            Cadeau gourmand

                            Yeux rivés à l'écran du monde
                            toutes fenêtres ouvertes -
                            1,2,3, coca

                             
                                                                             Parapluie retourné
                                                                             Gouttes dans le col -
                                                                             Jour de Sainte Grenouille

Carcasses abandonnées
Aiguilles éparpillées -
La fête est finie...

mercredi 5 janvier 2011

précaire

(texte construit autour de mots contenant toutes ou plusieurs lettres de précaire, anagrammes exactes et incluses)

Bonjour Internaute, je me présente, je m’appelle Pierre Apere ; je suis né et je vis à Piacé, en France profonde. J’ai peu voyagé et me rappelle tout au plus trois escapades dont deux, il y a bien longtemps, en compagnie de mon premier amour, une ravissante hôtesse de l’air prénommée Erica, que j’ai accompagnée une fois au Caire puis à Capri (après Capri, ce fut fini, bien entendu !). La troisième expédition m’a  plus récemment conduit en Belgique, à Ypres - Ieper en flamand – pour l’anniversaire de mon meilleur ami exilé (le pauvre déprime et regrette son Languedoc natal, ça se comprend, pécaïre !)

C'est la nourriture qui m'intéresse dans l'évocation des pays plus ou moins lointains. J’apprécie la cuisine exotique, tout mets épicé me comble… Mais je peux me contenter d'une spécialité française, régionale : une crêpe salée à la bretonne par exemple, bien garnie, une galette donc, constitue pour moi un mets somptueux.  

J'occupe actuellement un emploi très précaire, ayant accepté un remplacement dans un entrepôt voisin appartenant à Dealer Price, mais je ne vais pas me plaindre. Personne ne me crie dessus à longueur de journée comme cela se produisait dans mon boulot précédent, ma pire expérience, au Pierce Import de Pré-en-Pail ; j'ai été prié de quitter cette dernière entreprise après avoir osé intervenir alors que ma patronne et sa secrétaire menaçaient de se crêper le chignon. J'avais pris le parti de l'employée, n'ayant pas l'habitude de cirer les pompes des autorités.  Mais bon, ça m'arrangeait presque d'être foutu à la porte parce que ce magasin-là était vraiment trop loin de chez moi.

Avec un peu de chance, et grâce aux revenus de mon présent job, je vais gagner suffisamment pour me payer une petite visite chez le dentiste afin qu'il soigne une carie douloureuse négligée depuis des mois.

Je peux mettre de côté, car je ne suis pas dépensier, à part peut-être lorsque je m’approvisionne au marché. Pas de débauche vestimentaire : mon seul pantalon de ville est rapiécé aux entournures, une paire de chaussures me dure des années... Cela me donne un air bohème. Avec, en plus, sur le haut du crâne, un éternel épi qui me rajeunit, je fais de l’effet ! Cependant je trouble surtout les dames âgées qui cherchent à rompre leur isolement, des bavardes peu farouches que je croise dans le Parc.  J’avoue les trouver souvent intéressantes, bien que fanées, sauf lorsqu'elles me détaillent leurs goûts musicaux, du genre radio nostalgie. Moi ce que je préfère c'est le rap...

Le week-end je me balade donc, pour le plaisir de quelque vieille pie, mais s'il fait trop froid, pluvieux, ou lors d'un pic de canicule, je me consacre à la réhabilitation de mon modeste mais tempéré studio. Je termine ces jours-ci le mur en crépi de mon unique pièce à vivre. Le locataire précédent y avait percé de multiples trous, sans compter les graffitis enfantins à la craie qui décoraient abondamment l'ensemble...

Pendant les pauses que je m'accorde, je pianote sur mon PC, un Acer. J’aime beaucoup naviguer sur Internet, à la recherche de nouvelles idées culinaires. A ma prochaine conquête je compte bien faire découvrir cette recette que j’ai enregistrée tout à l'heure : des filets de carpe à l'orientale, mmm... Mais je passe aussi du temps à écrire et communique assidûment, grâce à l'ordinateur, avec tous mes correspondants : ainsi,  si  vous le souhaitez, vous pourrez faire partie désormais de mon réseau d'amis.... En outre, je me tiens au courant des actualités mondiales ; je raffole de politique et parie souvent sur les résultats d'élections ici où là. Je me passe un DVD de temps en temps, emprunté à un collègue cinéphile ; d'ailleurs là si vous le voulez bien je vais vous laisser, j'ai un film sur le feu, vu et revu mais que j'adore : I comme Icare...

A plus tard peut-être, sur ce site honnête où des personnes comme moi, des solitaires, peuvent se laisser aller à quelques confidences sur leur vie, même si, en ce qui me concerne, je n’ai quand même pas trop de tribulations à raconter. Echangeons, voulez-vous ; décrivez-moi votre existence, parlez-moi, je vous en prie...

samedi 1 janvier 2011

écrire

Le 29 décembre dernier, le Jour du Bon Débarras, les New-yorkais étaient invités à écrire sur des petits papiers leurs plus mauvais souvenirs des mois écoulés pour qu'ils soient ensuite symboliquement détruits dans une broyeuse géante ; c'était la mise à disposition, en passe de devenir traditionnelle, de la grande "déchiqueteuse". Le passant pouvait ainsi se soulager des soucis qui lui avaient pourri la vie en 2010, faire sauter les "chicots", jeter l'aveu de ses pires "échecs", abandonner ses chagrins ou de malheureuses décisions, tout ça dans l'espoir d'aborder l'année suivante avec un moral tout neuf... Tentant, et plutôt "chic", de se désinvestir de tristes surcharges ! Comme on aimerait que cela soit si simple...

Curieusement, cet évènement m'a rappelé un autre travail d'écriture, conservateur celui-là, et mystérieux, un "collier de souhaits secrets" photographié à l'occasion d'une exposition au Fort de Vaise, à Lyon en mai 2010. Des œuvres étaient réunies,  de splendides objets accompagnés de textes, réalisés par l'Atelier d'Art Thérapie du Centre Hospitalier de Saint-Cyr au Mont d'Or. En l'occurrence, le bijou constituait une pièce unique composée de messages enfermés dans de petits flacons de verre ; et ces tubes scellés avaient été reliés par des cordons colorés... 

Que d'écritures qui cherchent à soulager nos âmes...

Moi je noterais bien aussi du passé les bonnes choses, pour me rendre mieux compte de la somme de mes petits bonheurs ; je suis certaine qu'en lire la liste de temps à autre, à l'avenir, me réchaufferait le cœur, tout en me redonnant régulièrement conscience d'avoir de la chance.

A l'aube du nouvel an, je trouve agréable de formuler des vœux, sur une carte, dans un mail, de choisir des mots, de les envoyer, de répondre à tous ceux qui ont eu une pensée pour moi...

Écrire décidément est essentiel, écrire pour nous-mêmes ou à destination des autres, écrire de quoi soulager, encourager, de quoi aider à rêver et à vivre, écrire pour communiquer et dire que l'on aime quand il est encore temps... Écrire ses projets en espérant qu'au bout du chemin il n'y aura pas trop besoin de déchirer, détricoter, déchiqueter...

A nos plumes ! Et bonne année !