jeudi 31 mars 2011

cadenas

Chaque cadenas accroché aux rambardes de la passerelle Leopold-Sedar-Senghor à Paris, représente l'espoir d'un couple, une promesse: au lieu de confier à la tendresse d'un arbre leurs prénoms gravés à l'intérieur d'un cœur lui-même percé d'une flèche, deux tourtereaux ont chaque fois symboliquement bouclé l'antivol de leur amour au nœud d'une grille, avant de jeter la clé dans les flots de la Seine. Histoire de s'assurer que rien ni personne ne pourra jamais défaire le lien solide qui les unit...


La photo est banale… Ces cadenas d'amour sont apparus dans la capitale il y a quelques années déjà, d’abord sur le Pont des Arts, où de mystérieux nettoyeurs sévissent maintenant pour limiter l'invasion, puis sur le pont au Double et celui de l'Archevêché...  Pas de problème pour les futurs amants tentés par ce serment original, il faudra sans doute du temps avant d'épuiser tous les garde-corps sur les ponts de Paris...

Les love padlocks ne sont pas une coutume locale, loin de là ! Il s’agit en fait d’un phénomène international ! Sur le net, on trouve de nombreuses images montrant les  mêmes agglomérations métalliques dans quelques sites prestigieux et grandes villes, sur tous les continents. Certains avancent que la tradition viendrait de Chine et font référence aux cadenas d'amour jalonnant la Grande Muraille. D’autres pensent que le geste serait l’héritage d’une coutume slave, curieusement relancée dans les années 1980. Des parapets sont carrément envahis à Kaliningrad, à Saint-Pétersbourg. Il a fallu  installer de faux arbres sur le Pont Luzkhov à Moscou, pour offrir des supports supplémentaires et accueillir toutes les serrures. Les balustrades disparaissent sous les fouillis colorés à Vilnius, à Kiev, à Odessa, à Prague… Vers l'ouest de l'Europe, de nombreux ponts menacent de déborder : à Cologne, à Bruxelles, à Glasgow,  à Séville... à Paris.

Le rite s'est en fait largement répandu depuis 2007 avec la sortie en Italie du film Ho Voglia di Te ("J'ai envie de toi") de Luis Prieto, tiré d'un roman de Federico Moccia : les deux héros scellent leur sort au lampadaire central du  Pont Milvio à Rome à l’aide d’un cadenas rouge portant leurs prénoms, puis le garçon lance résolument la clé dans les eaux du Tibre. Ainsi, transmise d'abord par les spectateurs attendris, la bonne idée a fait son chemin... Les couples ont ensuite investi le Ponte Vecchio à Florence, la mode a atteint Venise,  puis Vérone, dépassant bientôt les frontières… Mais quelle pratique encombrante ! Ce qu’ont bien compris quelques ingénieux blogueurs à l’origine de  sites à l'eau de rose proposant désormais aux amoureux du monde entier de fixer un cadenas virtuel sur le fameux lampadaire du Pont Milvio...

Non, décidément, je préfère le romantisme du vœu, personnel et secret, accompagnant le jet d’une pièce, dans la fontaine de Trévi par exemple puisqu'on évoque l'Italie...

Mais la vision des passerelles parisiennes m’a surtout fait penser à cet ensemble de sobres plaques que l'on peut observer  à Lyon, le long des berges de mon Rhône plus familier. Sont en effet scellées sur le garde-corps de l'estacade, au niveau de la piscine, des lames métalliques, et sur certaines sont aussi gravés, comme sur les cadenas d'amour, deux prénoms : peut-être des fiancés ont-ils voulu laisser là une trace de leur passage, sans suggérer pour autant l'idée d'un enchaînement ou quoi que ce soit de définitif. En fait la majorité de ces plaques font plutôt référence à des lieux réels ou imaginaires issus de la littérature internationale, tous choisis par un artiste, Philippe Favier, à l'occasion d'une collaboration avec le Musée d'Art Contemporain en 2004 ; liberté fut donnée au public de compléter la table d'orientation. L'installation lyonnaise au bord de l'eau me semble bien plus poétique que les accumulations froides des serrures sur les ponts de France et d'ailleurs. J'aime l'idée que le fleuve soit le véhicule de nos rêves et de nos pensées, accueillant et porteur, plutôt que de lui faire jouer le rôle d'un gardien, détenteur d'une clé à jamais perdue et d'un sort englouti...

3 commentaires:

Accent Grave a dit…

Moi j'aime bien cette coutume du cadenas. J'aime aussi ces plaques vissées le long de votre fleuve.

Faites-nous visiter Lyon!

Accent Grave

Martine a dit…

Pas de problème ! J'ai quelques photos à vous montrer ici :

https://picasaweb.google.com/martine.falgayrac/Lyon?fgl=true&pli=1#

Ce n'est pas grand chose mais c'est un bon début...

Accent Grave a dit…

Wow, ces photos sont magnifiques. Lyon est une belle ville.

J'ai noté plusieurs lieux
à voir.

Accent Grave