samedi 5 mars 2011

ficelle

récréation...

Sur l'affiche des dix mots 2011 annonçant la prochaine Semaine de la Langue française et de la Francophonie (elle aura lieu du 13 au 20 mars), les fils déployés entre des mains ouvertes suggèrent bien sûr une invitation au partage et à la communication, mais l'illustration ranime en moi un souvenir bien précis, celui d’une  approximative Tour Eiffel de ficelle tiraillée entre dents et doigts…

Allons, lorsque vous étiez plus jeune, vous avez forcément joué avec une cordelette, une boucle fermée, que l'on commençait par tendre entre les paumes en la faisant passer derrière les pouces et les petits doigts.  Il fallait ensuite savamment soulever un bout de fil avec l’index droit, puis avec le gauche, et tenter des renversements, des sauts entre les longueurs croisées… Vous ne suivez déjà plus ? Je vous rassure, ce n’est pas simple de s’y remettre, mais c’est possible !

Dans un épais livre consacré à ces jeux de ficelle, un manuel que j’avais dû me procurer lorsque je travaillais comme éducatrice, au cours des années 1980, je viens de retrouver des tas de modèles aux noms curieux et évocateurs : la tasse et la soucoupe, la corde au cou, les petites lunettes, le panier du chat, la carapace de tortue, le cul de poule ou celui du singe... Il y avait bien sûr ma fameuse Tour Eiffel que je me suis appliquée à réaliser... Sur la lancée, j'ai même tenté le diabolique piège à pouces !

Saviez-vous qu'il existe une Association Internationale du Jeu de Ficelle et que ce type d'activité fait partie de l'héritage culturel de nombreux peuples ? Les motifs se sont transmis de génération en génération chez les Indiens, les Esquimaux, les habitants des îles du Pacifique ou en Australie.
 - Chez certains, on leur a attribué des pouvoirs magiques : telle figure constituait ici un sortilège afin d'assurer une récolte, ailleurs il fallait se montrer capable de composer une forme particulière pour gagner le bonheur dans l'au-delà...
 - Souvent, le conteur "rendait l'invisible palpable" en illustrant chaque étape de son histoire ; il représentait à l'aide de sa ficelle tantôt son héros, tantôt le décor : un bonhomme dans un hamac, une tête de bœuf, le trône du roi, ou encore le ciel étoilé...
  - Le jeu permettait aussi, tout bonnement, de passer le temps ; c'était un loisir simple qui ne coûtait pas grand chose, un exercice d'adresse frisant parfois le casse-tête et pouvant être le sujet de compétitions...
 
Quelques constructions nécessitent l'utilisation des orteils, ou de la bouche (comme on l'a vu pour la Tour Eiffel) ; d'autres sont imaginées pour deux ficelles, quatre mains, ou plusieurs joueurs. Une compagnie new-yorkaise d'expression corporelle créa même un spectacle où les danseurs, représentant chacun le doigt d'une main, faisaient se croiser de longues cordes en figures géantes ; cela impliquait évidemment une grande attention, une complicité entre les acteurs, une harmonie dans leurs gestes.

" Fil", "main", "complice", "harmonieusement" : ces mots appartiennent à la liste adoptée cette année pour célébrer le français en tant que lien de solidarité. Le réseau qui illustre ces mots, accompagné des mains offertes, symbolise évidemment les relations qui se créent au sein des pays francophones grâce à leur langue commune, mais le jeu de fils lui-même, universel, ne permet-il pas d'inviter tous les hommes, de toutes les cultures, à partager ce moment de fête, et à le prolonger... "Si tous les gens du monde voulaient bien..."


(à lire aussi... à propos des jeux : osselets, vinaigre,
et cette contribution personnelle aux dix mots 2011 : Entre mots)

2 commentaires:

Zoreilles a dit…

Ah que j'aime l'esprit et la couleur qui ont donné naissance à ce billet riche de fantaisie. Dix mots avec lesquels jouer pour faire rayonner la langue française...

Ficelle... Ça me rappelle des souvenirs. Mon père m'avait appris à faire « le pont de Québec » (notre interprétation des jeux de ficelle avait une saveur locale, évidemment). Je me demande si je saurais le refaire!

Martine a dit…

J'ai retrouvé dans mon livre une figure correspondant me semble-t-il au "pont du Québec"; c'est une figure que l'on retrouve sous le nom de "diadème" ou "échelle céleste", "petite cloison", "quatre yeux", "petit serre-tête".

En ligne la voilà expliquée hélas sans images, ici:
http://pages.usherbrooke.ca/resscout/carnets.htm#Quebec

et illustrée, ici:
http://www.k4.dion.ne.jp/~topotopo/stringfigs/ladders/fourladder/index_e.html

Eh bien, voilà de quoi s'occuper !

Je me souviens Zoreilles qu'en réponse à un commentaire sur ton blog tu avais joliment contribué aux dix mots. Tu vois, nous y arrivons enfin à cette Semaine...