mardi 15 mars 2011

mot-valise

Invitation à animognoter... et plus si affinités ! 

Disons que l'animognotage aurait pour but de créer des noms d'animaux en faisant se télescoper deux désignations réelles : la proposition n'est pas originale, c'est vrai, car elle revient à concevoir de nouvelles créatures qui intégreraient bêtement (!) la compagnie déjà bien fournie des sardinosaures. Ce dernier terme, inventé par Jacques Roubaud, qui réunit dans la même famille toutes les bestioles improbables nées d'accouplements verbaux du même type, a d'ailleurs rejoint la liste des contraintes oulipiennes (rappelez-vous les perverbes…).

Bienvenue donc aux "matoucans", "ouisti-T.Rex" et autres "okapigeons".... Mais élargissons l'exercice...

Les sardinosaures ne sont en fait qu'un sous-ensemble de combinaisons possibles dans la catégorie des "mots-gigognes". Car on peut bien amalgamer deux mots sans tenir compte de leur nature ou de ce qu'ils désignent, pour peu que leurs syllabes coïncident : "floupe", "nymphormatique" sont des exemples glanés dans le curieux répertoire d'Alain Créhange....

Ces formes appartiennent elles-mêmes à l'univers du mot-valise (ou "portmanteau word") qui regroupe tous les mots originaux issus de la fusion de deux ou plusieurs termes existants. L'expression, suggérée par Lewis Carroll, fait référence au porte-manteau désignant autrefois une malle de voyage à deux compartiments solidarisés par des charnières. On rencontre aussi parfois l'appellation "mot-centaure".

Les mot-valises ne satisfont pas seulement les délires oulipiens ou les seuls amateurs d'imaginaire. Ils sont très présents dans le langage quotidien et cela ne date pas d'aujourd'hui : calfeutrer réunit calfater et feutre, informatique associe information et automatique. Certaines constructions permettent d’éviter un emprunt à l'anglais comme le courriel, de courrier et électronique... Peu à peu ils entrent dans les dictionnaires, tel l'alicament...

Les possibilités paraissent illimitées lorsqu'il s'agit de simplement s'amuser avec le vocabulaire, réservoir inépuisable. L'un des deux mots choisis peut englober l'autre, et il est aussi autorisé de gommer une syllabe ou quelques lettres : "motel", "rhinoféros". Lorsque la contraction s'opère sur trois mots, ou  plus, le résultat constitue un "mot-pantalon". Tiens, pour ce dernier cas de figure, je vous propose un "rêvordilutionnateur" qui serait une machine révolutionnaire ayant le pouvoir de diluer le rêve dans l'ordre du monde...

Car le jeu devient réellement intéressant lorsqu'on cherche une illustration ou une définition pouvant convenir aux néologismes obtenus. J'aime assez ces exemples rencontrés sur wikipedia : le "chérisson", présenté comme un être au charme piquant, ou encore les "testicubes" dont je vous épargne la description.

Un réel plaisir de lire ces mots-valises, de les imaginer ! 

Mais revenons à nos moutons ; puisqu'il s'agit d'animognoter, un des mots utilisés dans l'exercice devra forcément faire référence à un animal, mais à part cela, liberté totale.  Je suggère de piocher quelque inspiration du côté des opossums célèbres d'Hervé Le Tellier. Il suffit d'allier  une bestiole au personnage connu susceptible de lui emboîter le pas... Alors pourquoi ne pas enrichir cet univers viril de quelques "hippopodames" illustres ? On ne sait jamais, le "cobraspoutine" aurait l'opportunité de fréquenter une "lamatahari"... On peut aussi visiter les animaux d'amour de Paul Fournel : près de son "cerf-les-fesses", accepterait-il les "gorillettes-du-Mans" ou bien un "redresseur-de-tortue" ?...

Amusaraignez-vous bien !

2 commentaires:

Accent Grave a dit…

Hummm, je manque d'imagination, on dirait que ces mots doivent venir naturellement, spontanément!

Accent Grave

Martine a dit…

Alors voici une recette possible, celle que donne Alain Finkielkraut au début de son "petit fictionnaire illustré":

"Prenez un mot de la langue. Choisissez-le de préférence assez long. Oubliez le sens pour ne vous attacher qu'à sa physionomie. Lentement, patiemment (ceci est un jeu dominical), dévisagez votre vocable. Si la chance vous sourit, un mot surgira dans votre esprit qui présente avec le premier quelque trait de ressemblance. Alors commence l'opération délicate: il faut que les deux termes fusionnent."

Avec "commentaire", c'est possible... Et même avec un "accent", si si !