lundi 25 avril 2011

entracte

Y'a d'la douceur dans l'air
Alors j'me mets au vert...
Qu'il vente ou bien qu'il pleuve
I'm'faut des idées neuves !
Je refais l'plein,
Tous les niveaux,
Et pis j'reviens...
A très bientôt !


(Que puis-je vous conseiller pour patienter ? Voyons... Choisir un p'tit mot de mon répertoire, ou faire un détour au fil de l'écriture... Mais si vous préférez sortir, aller au cinéma par exemple, je  vous recommanderais bien Tous les soleils, en espérant fort qu'il passe encore en salles, ou alors  Tomboy...)

samedi 23 avril 2011

oeuf


Joyeuses Pâques...

Œuf... Si je n'avais pas séjourné au domicile de ce drôle d'Œuf, eh bien, voyez-vous, je n'aurais jamais connu le grand amour, un immense bonheur dont il n'est pas question que j'étouffe l'origine. Laissez-moi vous raconter...

Œuf... Vous ne trouverez pas beaucoup de familles portant ce patronyme assez particulier ; franchement, il ne faut pas faire tout un plat de ces noms qui paraissent si difficiles à porter. Ainsi j'ai bien connu un couple Œuf, pas gêné du tout, lorsque j'étais étudiant en Alsace ; mes amis Eiermann, de Stuttgart, m'avaient recommandé l'auberge de leurs cousins français, en insistant bien pour que je ne m'attarde pas aux apparences. Je serais logé à peu de frais et nourri grassement grâce à d'intéressantes spécialités... Certes !

Monsieur Œuf, Casimir Œuf, ressemblait en tout point à ce que vous imaginez déjà ; c'était un homme laid à l'allure totalement grotesque. Petit, les jambes arquées aux mollets de cycliste et aux cuisses massives, très ventru, il avançait en se dandinant et vous abordait sans abuser de politesses. Il vous transperçait de ses petits yeux ronds et jaunes qu'il tenait embusqués derrière des lunettes ovales. Et vous ne pouviez qu'être fasciné par son crâne chauve, blanc strié, luisant comme un miroir. La première fois que je le rencontrai, il m'accueillit d'un rire goguenard, m'enveloppa d'un bonjour méprisant et j'eus peur d'être gobé tout cru.

Madame Œuf, Colombe Œuf, se tenait en retrait. Elle aussi devait le craindre ! Elle arborait un petit air timide et paraissait du genre à rentrer dans sa coquille au moindre mot plus haut que l'autre ; et les hurlements semblaient être ici monnaie courante. Cheveux courts et toute menue, elle ne jouait pas la féminité ; mon père l'aurait traité de planche à pain et moi, à ce moment-là je me pris à comparer ses seins à des œufs sur le plat... Un sourire dut se dessiner sur mes lèvres, ce qui détendit l'atmoosphère... Son mari lui beugla pourtant l'ordre de me conduire jusqu'à la mansarde préparée à mon intention, tout en haut de la bâtisse.

Je montai derrière la dame ; sur le dernier palier elle me pria d'être prudent. La baraque était ancienne, les planches du parquet disjointes et ses petits dormaient à l'étage au-dessous, tous ensemble dans la même chambre me précisa-t-elle.
- Normal, vous les mettez tous dans le même panier ! lui rétorquai-je sans malice, ce qu'elle ne releva pas, trop préoccupée sans doute par ses propres pensées.
Ainsi, je marchais sur des œufs... et j'espérais avoir rapidement l'occasion de les connaître. Plus tard je découvris qu'il y avait parmi les six rejetons un p'tit Œuf extra-ordinaire, chocolat, que le couple avait recueilli d'abord et finalement adopté...

Je m'installai et pris mes marques peu à peu. J'étais touchée par Colombe que je jugeai décidément très courageuse, soumise, touchante de candeur, et je ressentis bientôt pour elle plus que de la compassion. Le maître de maison n'était guère facile ; quelques plaintes montaient parfois le soir de divers endroits de la demeure et je me doutais qu'il devait de temps en temps fouetter quelques récalcitrants, mère ou gamins. Je descendis à plusieurs reprises mais ne réussit pas à le prendre sur le fait. La seule fois où j'osai évoquer mes soupçons, il me regarda longuement dans le blanc des yeux avant de me conseiller d'aller voir ailleurs s'il y était et de m'y faire cuire un œuf...

Puisque nous abordons le sujet cuisine, je vous avoue avoir volontairement testé durant cette période toutes les déclinaisons de quiches et d'omelettes qui existent sûrement dans le monde ; je pris quelques kilos dont je mis ensuite des mois à me débarrasser.

Je croisai de temps à autre les enfants ; la mayonnaise prit bien entre nous, je m'attardai à jouer avec eux ou les accompagnai en biblioothèque. J'eus de la peine à les quitter lorsque mon stage à l'Académie locale des Bœux-arts se termina.

Quelques semaines après mon retour à Stuttgart je demandai à mes amis des nouvelles d'eux, et surtout d'elle à vrai dire. Ils me confièrent que le ménage s'était brouillé et que les petits, après le divorce, avaient malheureusement été dispersés... Pourvu qu'aucun n'ait été brisé à la suite de cette épreuve ! Pour en avoir le cœur net, je partis aussitôt à destination de Strasbourg et cherchai à reprendre contact avec Colombe... Après d'émouvantes retrouvailles, figurez-vous que je l'ai vite convaincue de m'épouser, et de devenir ma bien-aimée petite caille... Nous voilà frais mariés, d'aujourd'hui. Dimanche matin, nous récupèrerons chaque petit Œuf égaillé pour les réunir enfin dans la chaleur d'un nouveau foyer, notre nid.



samedi 16 avril 2011

déclaration

Pour déclarer sa flamme, point de recette ! Cependant l'album Paradiso, de Frank Prévot et Carole Chaix, prodigue des conseils qui pourraient bien aider, à l'occasion, les amoureux les plus timides, quel que soit leur âge d'ailleurs... Cet album au grand format trouve sa place en Littérature Jeunesse, il remporte depuis plusieurs mois un franc succès auprès du jeune public, et le voici présenté et mis en valeur à la Fête de Villeurbanne (où l’illustratrice est même invitée d’honneur !). Je le vois néanmoins capable de conquérir sans effort les cœurs de tous les adultes amenés à le découvrir...

Paradiso se dévore comme une grande aventure, un récit de conquête, ancré dans un univers ordinaire, urbain. On le regarde comme un film dessiné, aux mille détails. On le lit comme un hymne au langage, aux lettres, aux mots et à toutes leurs compositions classiques ou très contemporaines, ludiques et décoratives. Mais il s'agit surtout d'une émouvante histoire d'amour dont le scénario infiniment tendre se déploie dans un décor foisonnant, un monde de traits où le lecteur se promène à loisir... Un régal, en somme !

"Maurice M Mona", si vous saviez à quel point !!! Mais bien sûr c'est compliqué pour un garçon, à seulement dix ans, d'exprimer son amour à celle qu'il aime ! Il se trouve bien empoté ! C'est que, de toute façon, les filles ne se satisfont jamais de seuls poèmes "voltigeurs" ou "tricotés" qui suggèrent pudiquement les émotions, elles veulent toujours parler, parler, parler encore et "pour de vrai" (ça, c'est plutôt juste...) !

Paradiso contient de charmantes images, irrésistibles, que les mots intègrent naturellement ; par-ci par-là, quelques touches et motifs rouge pivoine colorent la sincérité du prétendant timide à la recherche de l'inspiration idéale. D'après Pablo, le vieil ami et confident de Maurice, "la poésie est un truc que tu as du plaisir à dire et à redire". Définirait-il une histoire d'amour comme une chose qui se lit et se relit avec bonheur ? Alors Paradiso, délicate déclaration à "Monamour"  en constitue un superbe exemple...

(Entre nous, "Monamour", c'est bien le plus tendre mot-valise que l'on ait jamais imaginé...)

vendredi 15 avril 2011

motifs


Le printemps inciterait plutôt à sortir... Tant pis si le clavier s'ennuie, comment résister aux tentations de saison ? Je m'balade donc, mais j'en profite aussi pour engranger les images et cueillir quelques inspirations ; je vadrouille disons, pour les bons motifs...

Justement des bons motifs, mais là dans le sens esthétique du terme, j'en ai trouvé quelques-uns à l'occasion d'une visite fraîcheur au Musée Gallo-Romain de Lyon, sur les pentes de la colline de Fourvière. Impossible de ne pas être attiré, fasciné, par les superbes mosaïques qui jalonnent le parcours,  tout en descendant et remontant le bâtiment curieusement conçu en spirale... Après avoir noté sur place quelques modèles de rosaces et d'entrelacs, j'ai eu envie de les reprendre, chez moi, tranquillement, de compléter ma petite collection en recherchant d'autres formes possibles, et enfin d'essayer une présentation à mon goût. Comme j'aime ces moments où l'ensemble tend à se mettre en place ! Voilà typiquement le genre de travail qui me repose... J'oublie le temps qui passe et  même le beau temps qu'il fait, je me concentre simplement ; rien n'est plus important que de parvenir à... quelque chose, à un semblant d'organisation... Comme lorsqu'il s'agit de boucler un texte, il faut bien fignoler le dessin...


Par ailleurs les motifs, si l'on considère les différentes définitions de ce nom si commun, se révèlent fort intéressants !  Quel est le lien entre les raisons, prétextes, excuses, et ces figures ornementales qui servent de thèmes décoratifs ? Eh bien c'est qu'ils engendrent tous une sorte de mouvement... Dans un cas on évoque un mobile ou un élan qui conduisent à agir d'une certaine façon ; dans l'autre on prend une forme, une structure esthétique que l'on s'applique à répéter, le plus souvent selon un rythme particulier.  Utilisé aussi dans le vocabulaire musical, le motif consiste en une phrase mélodique que l'on retrouve plus ou moins modifiée tout au long du développement d'une œuvre.

Un p'tit mot banal le motif, et pourtant un vrai moteur d'action, une impulsion pour la plume ou l'instrument, et finalement  l'origine possible de belles émotions.

jeudi 7 avril 2011

parenthèse


"... On étouffe ici ! Permettez que j’ouvre une parenthèse..."
Alphonse Allais, Le bec en l'air, BeQ


Quelques contributions, au choix...

Une parenthèse
entre deux silences -
Quelques mots      

                    Une parenthèse
                    dans le discours
                    arrondit les angles

                                        Une parenthèse
                                        Tu l’ouvres, tu la fermes,
                                        Mais faut pas abuser

                                                            Une parenthèse
                                                            L'accessoire essentiel
                                                            Le détail qui tue

                                                                                Une parenthèse
                                                                                au cœur du présent -
                                                                                Un souvenir

                                                            Une parenthèse
                                                            dans ta vie -
                                                            Moi

                                        Une parenthèse
                                        ou deux, dans la nuit -
                                        Fais de beaux rêves

                    Une parenthèse
                    dans le temps pourri
                    Chic ! Une éclaircie !

Une parenthèse :
l'idéal pour conclure -
Mieux qu'un sourire en coin :-)