vendredi 27 mai 2011

crapaud

Il était une fois une espèce d'amphibien de petite taille, un type de batracien en voie de disparition répondant au nom de Pélodyte Ponctué... A la découverte de cet animal, impossible d'associer toutes les visions, rumeurs et expressions triviales, conjugaisons de laideur et de bave, qui accompagnent habituellement l'énoncé du seul mot CRAPAUD, un mot qu'on lance comme un crachat...

Car la bestiole en question, figurez-vous, particulièrement vulnérable et dont la longueur ne dépasse jamais 5 cm, est loin d'avoir une trop grosse tête et des yeux globuleux. Quant à son corps, on ne saurait le qualifier de trapu ! Sa peau de couleur variable, du vert olive clair au brunâtre, présente bien sûr quelques boursouflures caractéristiques mais, discrètes, ces verrues font plutôt l'effet de taches lui mouchetant le dos et les pattes. Ces ponctuations foncées valent par ailleurs au Pélodyte le surnom de "crapaud persillé"... On dirait presque le titre goûtu d'une nouvelle recette savamment aromatisée, à la tendresse garantie...

Il n'est évidemment pas question ici de goût, mais, d'une certaine façon, de coût... Car voyez-vous l'espèce qui nous occupe est protégée ; il en existe une centaine d'individus dans le département du Rhône, dont certains affectionnent, entre autres lieux propices et en période de reproduction, deux mares situées dans le parc de Parilly. C'est ainsi que les responsables de RTE, en charge de l'installation d'une nouvelle ligne électrique souterraine pour de nouveaux besoins de l'agglomération lyonnaise, ont dû prendre en compte dans leur projet, et donc dans le financement des travaux, la présence possible et la protection des petits persillés.


Vous avez certainement en mémoire quelques trames de contes traditionnels mettant en scène des caricatures de crapauds, qu'ils voisinent avec les serpents au milieu d'expectorations nauséabondes engendrées par un mauvais sort, ou qu'ils coiffent fièrement le bonnet d'une sorcière cordon bleu pour baver dans la soupe... Mais aujourd'hui je pense plutôt à ce récit dans lequel le crapaud finit par se transformer en prince habillé de velours et d'or grâce au geste de pitié, au regard ému ou au baiser d'une belle et jeune fille... Imaginons que l'apparence attendrissante de notre crapaud persillé ait été délibérément choisie par un Petit Prince local fatigué d'être cuisiné depuis des décennies à toutes les sauces. Notre gentil héros rêveur aurait grandi et intégré, à l'adolescence, la famille des crapoussins domiciliés à Parilly, recherchant le calme et l'anonymat, attendant patiemment d'attirer l'attention et de conquérir le cœur d'une passante idéale... Entre Grimm et Saint-Exupéry, un nouveau Petit Prince charmant et amoureux !

Dites les filles, que diriez-vous de ce nouveau mot original et doux dont vous pourriez lancer la mode : "Mon petit crapaud persillé..." ? Ne serait-ce pas là une tournure originale pour murmurer à votre amant que vous le considérez comme un être rare et précieux ? A tester ! On verra bien ce qu'ils en pensent !

samedi 21 mai 2011

autodestruction

Ce n'est pas mon habitude de commenter l'information mais là, impossible d'échapper au feuilleton DSK.... Un tourbillon. Tout le monde en parle, répète ce qu'il a entendu, ce qu'il veut retenir, croit savoir, place une allusion ou essaye un point de vue. On en est comme imprégné. Quand même, notre attirance vers cette actualité-là, ces questions et ces doutes exprimés, quelle passion unanime impressionnante ! J'écoute bien sûr moi aussi, je regarde, j'attends la suite...

Toute cette histoire dont l'étalage paraît à certains moments indécent, nous bouleverse tant, chacun : je n'arrivais pas bien à comprendre... Jusqu'à ce que je sois aidée un peu par l'analyse de Serge Hefez (à lire, à écouter)...

Si cette histoire nous touche tous profondément, voire intimement, n'est-ce pas parce qu'elle nous renvoie à la figure nos propres contradictions, nos faiblesses, une condition humaine toute en ambivalence ? Si les faits sont avérés, qu'est-ce qui aura poussé un homme riche, aux multiples pouvoirs, à commettre un acte insensé, un crime ? Ce ne peut être qu'un pétage de plombs, une sorte de vertige, d'élan de mort, qui revient à une autodestruction, un suicide évident. Ce genre de pulsion n'est pas réservé aux désespérés... C'est sans doute là ce qui émeut et fascine, ce qui révolte et fait si peur ; je voudrais bien ne pas y croire.

mardi 17 mai 2011

saisir


Fin de journée chez Monsieur L'HUISSIER
ou Saisir à gogo

«  Enfin ma chère, lance Monsieur (imaginez-le du genre pète-sec) en pénétrant d'un pas vif à l'intérieur de l'office, avez-vous perçu la gravité de la situation ?

- Certes, rétorque Madame, style reine du fourneau, la voix pointue et sur fond de crépitement culinaire, je l'ai vivement exposée, de chaque côté, et prestement retournée sur le gril pour qu'elle n'ait pas vraiment le temps de cuire et qu'elle reste saignante...

- Allons, cessez de plaisanter. Vous profitez toujours du moindre prétexte pour rire de mes affaires. Je vous assure que cette fois, lorsque ce voyou, dont je devais réquisitionner les meubles, m'a empoigné brutalement par le bras et propulsé vers la porte, j'ai été envahi d'une peur indescriptible. J'avais déjà exprimé plusieurs fois le désir de ne plus être en charge de ce dossier.

- Vous avez eu du courage mon ami, c'est indéniable, et vos supérieurs vous sauront gré d'avoir pris le taureau par les cornes en vous déplaçant pour régler le problème au lieu de simplement attraper votre téléphone et demander à un collègue de vous remplacer.

- Du courage, oui ! J'en ai fait preuve ! Et je ne suis pas prêt d'oublier ma visite précédente au domicile de ce malotru : quand je m'étais présenté la première fois, c'est sa femme qui m'avait reçu. Plutôt insolente la garce ! Je n'avais pas mesuré le danger. C'est qu'elle ne manquait pas d'air, ni de muscles, je vous jure. Après m'avoir laissé gentiment entrer, voilà qu'elle m'avait ensuite sauté au cou, puis retenu fermement la tête entre ses mains et embrassé à pleine bouche. Avec quelle fougue ! Sans doute espérait-elle me corrompre... J'ai battu en retraite vite fait et ajouté ma propre plainte à leur compte déjà bien fourni !

- C'est vrai ! Je me souviens avoir été gagnée par un sacré fou rire lorsque vous m'avez raconté l'histoire. Mais cette fois-ci dites-moi, avec le mari, comment vous en êtes-vous sorti ?

- Au moment où j'agrippais la poignée de la porte, j'ai senti sa poigne faiblir et j'ai vu ses yeux se révulser. Il a été terrassé par un malaise, figurez-vous. Heureusement que j'étais là finalement... Faiblesse cardiaque, ont dit les médecins du Samu. Ensuite, eh bien, ils l'ont emmené, et moi j'ai sauté sur l'occasion pour effectuer mon travail sans être importuné. J'ai appelé mes assistants gros bras et nous avons pu emporter tout le mobilier.

- J'espère qu'on ne vous reprochera pas d'avoir profité d'une bien triste opportunité. En attendant, passons à table ! Je vous trouve bien nerveux ! Posez-vous donc un peu, mangez, prenez de quoi vous requinquer. Ne faut-il pas vous ressaisir ? »

(petite scène inspirée de différents sens du verbe saisir ainsi que d'un fait divers insolite...)

    mercredi 11 mai 2011

    compote


    (à propos du roman : Le goût des pépins de pomme de Katharina Hagena, traduit de l'allemand par Bernard Kreiss, éditions Anne Carrière)

    Parlons essentiellement d'Iris, si vous voulez bien, qui dans ce roman vient tout juste d'hériter de la maison de sa grand-mère. C'est Iris qui raconte, qui se confie, c'est elle que l'on suit... Elle ne sait pas encore ce qu'elle va faire de cette bâtisse odorante aux soupirs faciles, aux pierres "rêches", qui lui rappelle son enfance et lui murmure aussi de vieilles blessures lointaines, enfouies...

    Indécise, déconcertée, troublée, elle prend néanmoins le temps d'écouter les murs, les objets, le jardin, le potager, toute la nature alentour ; ce retour vers le passé lui pose problème, mais n'a-t-elle pas toujours eu plaisir à apprivoiser les secrets ? Jusqu'à en faire son métier ! En effet, devenue bibliothécaire, non par amour de la lecture, mais dans le but essentiel de rechercher des ouvrages portés disparus que personne ne consulte plus, elle passe aujourd'hui des heures à dénicher ces livres oubliés, et cela malgré le curieux rapport qu'elle entretient avec l'écrit. 

    Quelle étrange personnalité ! Lorsqu'elle était petite, amoureuse du vocabulaire, Iris s'évertuait à classer les mots. Elle les trouvait "beaux", "laids", jugeait certains "trompeurs" et d'autres "magiques", jouait avec eux, se délectait de leurs sonorités. Elle les a trop malaxés ou peut-être a-t-elle eu soif d'élucider de plus profonds mystères, de s'y réfugier, toujours est-il qu'elle ne lit plus désormais, depuis des années, comme méfiante, sans cesse à se demander s'il faut vraiment "croire tout ce qui est écrit", tout ce qui est ainsi mis en conserve, "tout ce qui peut être lu".

    Et là, en ce moment présent, ne vaut-il pas mieux affronter directement l'oubli, tous ces souvenirs tombés plus ou moins volontairement dans les trous de mémoire de trois générations ?

    Il faut agir, oser se remémorer, comprendre. "Les pommes ne tombent jamais loin de l'arbre », affirmait Bertha, sa grand-mère, et les fruits ne demandent plus alors qu'à être ramassés. Ce qu'Iris entreprend, encouragée, il faut bien le dire, par le regard et l'humour d'un ami d'autrefois, un timide, comme elle. Et voilà qu'elle cuisine peu à peu le roman de sa famille : recomposer cette histoire, qui concerne tant de personnes qu'elle aime profondément, s'apparente à une quête de vérité, et celle-ci s'élabore au fur et à mesure de la récolte de tous les souvenirs épars. A moins qu'Iris ne fasse qu'inventer cette vérité, au fur et à mesure... en l'arrangeant de petites touches sensibles, et d'une pincée de larmes aussi, mais des larmes hachées menu, comme deux ou trois pépins réduits en poudre qu'on ajoute en mixant la compote, juste pour le goût.

    Après avoir hésité sur les premières marches du livre, c'est certainement une lectrice plus qu'un lecteur qui se laissera finalement conduire à l'intérieur de la maison, attirée par le parfum nostalgique, "chaud et suave", laissé par la cuisson des pommes... Ce sera une bonne décision car la compote est "absolument délicieuse"...

    vendredi 6 mai 2011

    colza


                                   Sur la palette d'un printemps
                                   entre bleu ciel et jaune champ
                                   une forêt de verts tendres

    (Hélas je ne me suis pas arrêtée pour prendre une photo de ce paysage, la même vision répétée de nombreuses fois le long de ma route en traversée de France. Les couleurs me sont restées dans la tête, imprimées... Et j'ai cherché quelques mots pour vous décrire l'image, après tout plutôt banale en cette saison : il en existe sinon, ici sur la toile, un grand choix de représentations possibles !)

    mercredi 4 mai 2011

    enseignes

    Prenez un routard français moyen... Imaginez-le, ce touriste : il s'applique bien sûr à suivre les conseils  avisés de son guide papier choisi parmi les plus célèbres. Alors quand celui-ci  recommande de lever la tête au passage dans les rues d'un centre ville historique, le promeneur, bon élève, remarque forcément,  tout en gérant quand même prudemment le pavé, tous les détails des façades : fresques, sculptures et colombages, rebords, balcons et gouttières, teintes des pierres et débordements fleuris. Et voilà son regard attiré par de jolis panonceaux ouvragés, colorés, porteurs de symboles évidents, qui signalent la présence d'une échoppe, d'un commerce, voire d'une petite entreprise...  Charmé par certains modèles particulièrement réussis, il se surprend à rechercher partout ces coquettes enseignes, dont il photographie les plus originales. Superbes souvenirs : de quoi garnir, à son retour au bercail, un bel album, qui sera facile à compléter au gré des futures sorties...

    ... Le touriste en question évidemment, c'est moi, guide du routard à la main  et visitant quelques bourgs alsaciens incontournables, puis à la maison récupérant des clichés archivés, rappels de petits voyages précédents, pour les ajouter aux plus récents, et regroupant enfin le tout en en une galerie sympathique qui ne pourra que s'enrichir encore...

    Oui, je vais vous les montrer mais attendez un peu... Car les photos sont une chose mais, au fait, le mot enseigne, d'où sort-il ?

    Eh bien son ancêtre le plus lointain est latin : signum, "marque" ou image distinctive. Dans la famille, on trouve sans surprise le sceau, le seing, et aussi de nombreux autres mots, plus fréquents, contenant les bases suivantes :

    -sign-, comme dans le signal, l'insigne, la signature ou encore le verbe désigner,

    -sin-, l'exemple correspondant le plus étrange étant le tocsin,

    et enfin -seign-. avec l'enseignement, le renseignement et donc l'enseigne.

    La vieille enseigne fut d'abord définie, à l'instar de son ancêtre, comme une "marque", mais surtout comme une "preuve". Il en subsiste l'expression à telle enseigne, autrement dit "pour preuve", ou celle-ci : à bonne enseigne, "avec de solides garanties"... Puis, au Moyen Âge une enseigne fut un symbole de ralliement pour les troupes, une bannière ou une oriflamme. Au masculin, le nom désigna l'officier exhibant ce signe de reconnaissance, le "porte-drapeau" en somme. Enfin le mot s'employa pour les panneaux à l'inscription ou au dessin représentant la fonction des établissements commerciaux, dont beaucoup d'auberges... bien qu'à bon vin, il ne faille point d'enseigne et quitte à se trouver tous logés parfois à la même enseigne et dans les pires conditions....

    Tous renseignements ayant été pris maintenant sur leur compte, il ne reste plus qu'à passer en revue les bijoux que j'ai glanés : souvent humoristiques, au ton rétro, voilà de belles enseignes, à l'ancienne, et  pour certaines  de réelles pièces de musée...