mercredi 11 mai 2011

compote


(à propos du roman : Le goût des pépins de pomme de Katharina Hagena, traduit de l'allemand par Bernard Kreiss, éditions Anne Carrière)

Parlons essentiellement d'Iris, si vous voulez bien, qui dans ce roman vient tout juste d'hériter de la maison de sa grand-mère. C'est Iris qui raconte, qui se confie, c'est elle que l'on suit... Elle ne sait pas encore ce qu'elle va faire de cette bâtisse odorante aux soupirs faciles, aux pierres "rêches", qui lui rappelle son enfance et lui murmure aussi de vieilles blessures lointaines, enfouies...

Indécise, déconcertée, troublée, elle prend néanmoins le temps d'écouter les murs, les objets, le jardin, le potager, toute la nature alentour ; ce retour vers le passé lui pose problème, mais n'a-t-elle pas toujours eu plaisir à apprivoiser les secrets ? Jusqu'à en faire son métier ! En effet, devenue bibliothécaire, non par amour de la lecture, mais dans le but essentiel de rechercher des ouvrages portés disparus que personne ne consulte plus, elle passe aujourd'hui des heures à dénicher ces livres oubliés, et cela malgré le curieux rapport qu'elle entretient avec l'écrit. 

Quelle étrange personnalité ! Lorsqu'elle était petite, amoureuse du vocabulaire, Iris s'évertuait à classer les mots. Elle les trouvait "beaux", "laids", jugeait certains "trompeurs" et d'autres "magiques", jouait avec eux, se délectait de leurs sonorités. Elle les a trop malaxés ou peut-être a-t-elle eu soif d'élucider de plus profonds mystères, de s'y réfugier, toujours est-il qu'elle ne lit plus désormais, depuis des années, comme méfiante, sans cesse à se demander s'il faut vraiment "croire tout ce qui est écrit", tout ce qui est ainsi mis en conserve, "tout ce qui peut être lu".

Et là, en ce moment présent, ne vaut-il pas mieux affronter directement l'oubli, tous ces souvenirs tombés plus ou moins volontairement dans les trous de mémoire de trois générations ?

Il faut agir, oser se remémorer, comprendre. "Les pommes ne tombent jamais loin de l'arbre », affirmait Bertha, sa grand-mère, et les fruits ne demandent plus alors qu'à être ramassés. Ce qu'Iris entreprend, encouragée, il faut bien le dire, par le regard et l'humour d'un ami d'autrefois, un timide, comme elle. Et voilà qu'elle cuisine peu à peu le roman de sa famille : recomposer cette histoire, qui concerne tant de personnes qu'elle aime profondément, s'apparente à une quête de vérité, et celle-ci s'élabore au fur et à mesure de la récolte de tous les souvenirs épars. A moins qu'Iris ne fasse qu'inventer cette vérité, au fur et à mesure... en l'arrangeant de petites touches sensibles, et d'une pincée de larmes aussi, mais des larmes hachées menu, comme deux ou trois pépins réduits en poudre qu'on ajoute en mixant la compote, juste pour le goût.

Après avoir hésité sur les premières marches du livre, c'est certainement une lectrice plus qu'un lecteur qui se laissera finalement conduire à l'intérieur de la maison, attirée par le parfum nostalgique, "chaud et suave", laissé par la cuisson des pommes... Ce sera une bonne décision car la compote est "absolument délicieuse"...

2 commentaires:

Accent Grave a dit…

Nul doute que je me mettrrai à la recherche de ce livre chez mes bouquinistes.

Merci!

Accent Grave

Martine a dit…

Je serais effectivement assez intéressée d'avoir l'avis d'un homme sur cette histoire; je ne suis pas sûre que vous soyez accroché.

Merci de votre passage Accent Grave !