mardi 17 mai 2011

saisir


Fin de journée chez Monsieur L'HUISSIER
ou Saisir à gogo

«  Enfin ma chère, lance Monsieur (imaginez-le du genre pète-sec) en pénétrant d'un pas vif à l'intérieur de l'office, avez-vous perçu la gravité de la situation ?

- Certes, rétorque Madame, style reine du fourneau, la voix pointue et sur fond de crépitement culinaire, je l'ai vivement exposée, de chaque côté, et prestement retournée sur le gril pour qu'elle n'ait pas vraiment le temps de cuire et qu'elle reste saignante...

- Allons, cessez de plaisanter. Vous profitez toujours du moindre prétexte pour rire de mes affaires. Je vous assure que cette fois, lorsque ce voyou, dont je devais réquisitionner les meubles, m'a empoigné brutalement par le bras et propulsé vers la porte, j'ai été envahi d'une peur indescriptible. J'avais déjà exprimé plusieurs fois le désir de ne plus être en charge de ce dossier.

- Vous avez eu du courage mon ami, c'est indéniable, et vos supérieurs vous sauront gré d'avoir pris le taureau par les cornes en vous déplaçant pour régler le problème au lieu de simplement attraper votre téléphone et demander à un collègue de vous remplacer.

- Du courage, oui ! J'en ai fait preuve ! Et je ne suis pas prêt d'oublier ma visite précédente au domicile de ce malotru : quand je m'étais présenté la première fois, c'est sa femme qui m'avait reçu. Plutôt insolente la garce ! Je n'avais pas mesuré le danger. C'est qu'elle ne manquait pas d'air, ni de muscles, je vous jure. Après m'avoir laissé gentiment entrer, voilà qu'elle m'avait ensuite sauté au cou, puis retenu fermement la tête entre ses mains et embrassé à pleine bouche. Avec quelle fougue ! Sans doute espérait-elle me corrompre... J'ai battu en retraite vite fait et ajouté ma propre plainte à leur compte déjà bien fourni !

- C'est vrai ! Je me souviens avoir été gagnée par un sacré fou rire lorsque vous m'avez raconté l'histoire. Mais cette fois-ci dites-moi, avec le mari, comment vous en êtes-vous sorti ?

- Au moment où j'agrippais la poignée de la porte, j'ai senti sa poigne faiblir et j'ai vu ses yeux se révulser. Il a été terrassé par un malaise, figurez-vous. Heureusement que j'étais là finalement... Faiblesse cardiaque, ont dit les médecins du Samu. Ensuite, eh bien, ils l'ont emmené, et moi j'ai sauté sur l'occasion pour effectuer mon travail sans être importuné. J'ai appelé mes assistants gros bras et nous avons pu emporter tout le mobilier.

- J'espère qu'on ne vous reprochera pas d'avoir profité d'une bien triste opportunité. En attendant, passons à table ! Je vous trouve bien nerveux ! Posez-vous donc un peu, mangez, prenez de quoi vous requinquer. Ne faut-il pas vous ressaisir ? »

(petite scène inspirée de différents sens du verbe saisir ainsi que d'un fait divers insolite...)

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