vendredi 24 juin 2011

reproduction


éloge de la copie...


L'exposition intitulée D'après Michel-Ange, en cours à la Bibliothèque Municipale de La Part-Dieu à Lyon, met en valeur de nombreuses copies et reproductions - études fidèles, variantes inspirées, et même parfois dérives - qui, toutes, célèbrent en les interprétant les œuvres du "divin" peintre-sculpteur.

L'ensemble de la présentation glorifie tous les artistes de talent, et notamment les graveurs, contemporains de Michelangelo Buonarroti (1475-1564), qui ont su multiplier les images des créations du maître en n'omettant jamais de noter l'origine des répliques. Leur travail a permis le rayonnement du talent de Michel-Ange, la diffusion de son style à une époque où l'on ne pouvait évidemment pas compter sur les procédés photographiques. Tous les dessins, estampes, moulages, conservent la mémoire d'originaux ultérieurement arrangés, de pièces disparues, de compositions perdues ; ils autorisent la restitution au public, au monde, du génie de certaines fresques inaccessibles. Ils constituent des modèles à suivre, essentiels, et de nos jours encore largement utilisés.

Le visiteur prend aisément conscience de ces fonctions trop méconnues des reproductions : communication et pédagogie...

Il ne faut donc pas manquer cette accueillante galerie (vous avez jusqu'au 9 juillet) pour son montage soigné, pour son intéressant parcours, pour ses images encadrées sobrement, si belles et fortes dans la célébration des corps et des mouvements, pour retrouver les impressions d'un univers pictural presque familier, et pour réentendre au passage Michel-Ange encourager l'un de ses élèves : "Dessine..., dessine..., dessine et ne perds pas de temps"...

Et si vous faites partie des retardataires ou si vous naviguez trop loin, la documentation se trouve et restera en ligne parmi les expositions virtuelles sur le site de la BML
 

jeudi 23 juin 2011

coordonnés

anecdote...

En cette veille de vacances, alors que je feuillette quelques vieux albums d'école (ça m'arrive de temps en temps...), je repense à tous ces petits cadeaux reçus des élèves tout au long de ma carrière. C'est toujours une tradition d'offrir quelque chose, au moment de les quitter, au maître ou à la maîtresse. Dans les classes élémentaires, ça date de loin ; j'ai le souvenir que ma mère, dans notre village normand, se montrait plutôt fière en rapportant chez nous ses présents de fin d'année... Il s'agissait et il s'agit encore de chocolats à Noël, de fleurs en juin... Maintenant, les familles se regroupent souvent et cotisent pour une carte d'achat ou un objet personnalisé. Je porte d'ailleurs aujourd'hui la montre qu'une équipe de parents m'a offerte il y a juste dix ans...

Je me souviens que les enfants m'apportaient de nombreuses lettres, abondamment coloriées et signées, des bricolages faits maison, et plein de petits paquets particuliers, soigneusement emballés, parfois fragiles, des vases, des bibelots, des gourmandises... Ces cadeaux-là arrivaient le dernier matin de classe, serrés entre deux jeux de société puisque cela aussi était de mise...

Lorsque mes élèves me tendaient les précieux petits paquets, et ils le faisaient en général timidement, je les embrassais, puis je collectais l'ensemble, afin de ne pas gêner ceux qui n'avaient rien amené de spécial. Ensuite je faisais très attention en défaisant les papiers et les emballages et j'en sortais le contenu avec cérémonie. Il me semblait voir dans les yeux des enfants un certain contentement ; j'avais le bonheur de recevoir et, par ce petit rituel, ils partageaient tous celui de me faire plaisir.

Quand on évoque ces cadeaux, je dois avouer que je me rappelle plus particulièrement l'un d'eux... très original, et pour le moins inattendu... Je peux bien raconter l'anecdote, il y a prescription...

Cette année-là j'avais eu le cours préparatoire ; j'avais galéré avec Erwann, pendant des mois, non pas pour des problèmes d'apprentissage mais parce que c'était un enfant dit "précoce" et son comportement difficile à gérer, son mal-être évident, engendraient quelques turbulences entre nous... C'est une nounou qui accompagnait le garçon à l'école chaque jour ; elle le reprenait pour le déjeuner et il me semble bien aussi le soir. En effet je ne me rappelle pas avoir souvent rencontré les parents à la sortie de l'école. Ils travaillaient tous deux beaucoup. La maman devait occuper un poste assez élevé dans une entreprise, et son mari était "chef de projet" ; il avait indiqué cette fonction sur la fiche de renseignements complétée en septembre. Je crois qu'ils bossaient au même endroit, mais je n'avais pas retenu le nom de leur boîte. Nous nous étions vus eux et moi à trois ou quatre reprises, pour des discussions éprouvantes. Avec le recul et l'expérience, je pense avoir à l'époque manqué de souplesse, et nos entêtements étaient mutuels ; mais c'est une autre histoire... Tout cela pour dire que nous n'étions pas en très bons termes...

Ce dernier matin avait eu lieu en classe le rituel d'ouverture des cadeaux : aucun ne m'avait été apporté par Erwann mais je n'y avais pas attaché d'importance particulière. De toute façon, ses parents ne devaient pas avoir envie de me gratifier pour quoi que ce soit ! Cependant, à 11h30, alors que j'étais moi-même assez pressée de rentrer manger chez moi, Erwan et sa nourrice m'avaient rattrapée ; la jeune employée m'avait tendu vite fait un sac fnac en me précisant que c'était de la part de ses patrons. J'avais balbutié quelque remerciement, ils étaient repartis aussi sec, et moi j'avais continué ma route sans regarder à l'intérieur du plastique très léger et mou : j'étais juste sûre qu'il ne s'y trouvait ni livre ni disque.

C'est seulement en arrivant à la maison que j'avais pris connaissance du contenu... Eh bien, effectivement, il valait mieux que je sois seule pour le découvrir, en tout cas sans mon petit public d'élèves ! Tassés au fond du pochon, sans emballage ni papier, il y avait, pliés roulés, deux ensembles soutien-gorge et culotte, des sous-vêtements d'une marque célèbre qui existe encore, et dont les étiquettes portaient la mention "prototype" !... Le "chef de projet" qui œuvrait donc dans la fameuse entreprise de lingerie fine (info vérifiée l'après-midi suivant dans mes fiches) m'avait fait passer des modèles sans doute à l'étude : je les ai recherchés plus tard en magasin sans jamais retrouver les mêmes. Dommage, car franchement j'ai adoré ce cadeau plus qu'utile et choisi exactement à la bonne taille... Ils ne m'en voulaient peut-être pas trop finalement... Sans blague, je les ai portés longtemps mes jolis coordonnés !

dimanche 19 juin 2011

ivraison

Non, cette promesse n'est pas affichée sur la vitrine d'un marchand de vins local ni sur celle d'un négociant en cidre breton de marque notoire, mais elle s'étale en bien gros caractères sur la baie vitrée du supermarché très généraliste de mon coin de rue...

Le passant ressent un manque...

On croirait presque à un oubli volontaire ! L'ivraison aurait-elle ses raisons ? En tout cas le problème saute aux yeux, et ce serait peut-être un bon filon à exploiter pour un responsable de com.

J'en ai profité pour faire un détour par mon répertoire de terminaisons (!) et plus particulièrement chez les suffixes... Les noms en -aison, souvent dérivés d'un verbe reconnaissable, expriment une action ou son résultat, parfois les deux. Ainsi la livraison peut désigner le geste de remise comme l'objet finalement délivré. Il me semble cependant que notre charmante ivraison se définirait mieux comme une sorte d'enivrement (le processus disons) conduisant à l'ivresse, et correspondrait moins à l'ivresse elle-même... Ceci dit, je propose encore de varier les annonces : "ivraison offerte", "ivraison immédiate", "ivraison rapide", "ivraison record"... 

Ce serait peut-être instructif d'aller tester le service en magasin ? Allez, rendez-vous au rayon apéro...

jeudi 16 juin 2011

chiner


Chiner... Un bien joli p'tit mot, coloré, taquin, attentif et curieux...

Tout en dessinant à la manière de Frederick Tristan, j'ai plaisir à me répéter la définition que donne du verbe chiner un de ses héros - disons qu'il se nomme Lucien - dans le roman intitulé Tarabisco. Pas simple le récit, ni le Personnage. Pour ce bonhomme étrange, doublement solitaire, chiner c'est d'abord brocanter, fureter "parmi l'hétéroclite étalage d'un marché aux puces", comme le lui a enseigné son père. Mais Lucien va plus loin : il continue de chiner chez lui, il "écoute battre le cœur du monde" jusque dans sa cuisine, au milieu de ses vieux objets. Et il se prend à le refaire, ce monde, à imaginer des histoires fabuleuses qu'il écrit ensuite, pour les sauvegarder et qu'elles s'épanouissent. Mais il aime aussi les dessiner, ses rêves, à l'encre... de Chine.



          La plume crisse -
          Dans les tracés de Chine
          s'ancrent les rêves
                                                                   Courbes
                                                            du Hasard
                                                                     Illusions
                                                               en Nombre
                                                                  Encres
                                                         du Rêve
                                                                   

dimanche 12 juin 2011

mognonymes

Nous avons déjà, ensemble, partagé quelques bulles. J'avais profité d'une opportunité, un anniversaire... Mais franchement là, aujourd'hui, je n'ai rien de spécial à fêter et vous propose de trinquer simplement - en fait, vous verrez que la situation me permet des exemples faciles - à la santé de mots récemment croisés dans la sphère du vocabulaire.

Il est très tentant de les mognoter ces individus-là au long suffixe commun et qui courent toujours le risque d'être confondus ; j'ose les désigner, et c'est une audace très personnelle, par le terme "mognonymes". Certains sont célèbres et usités, voire prisés en société, et d'autres plus rares et discrets. Allons, vous connaissez bien sûr les synonymes, si conviviaux et qui abondent toujours dans le même sens, les antonymes dont on se régale par avance des oppositions, les homonymes aux évidentes ressemblances sonores et parfois graphiques, les paronymes qui jouent de leurs silhouettes trompeuses, sans oublier les acronymes, ces sigles hautains qui cultivent leurs mystères !

Laissez-moi vous présenter deux autres couples de mognonymes : ils valent le détour et méritent, à mon sens, qu'on les éclaire... Puis vous les jugerez par vous-mêmes... Voici donc l'hyponyme, à l'allure faussement cavalière, accompagné de l'hyperonyme à l'envergure de mammouth, tous deux suivis du méronyme, qui veut absolument être de la partie, entraînant avec lui un holonyme au caractère très entier...

Vous allez comprendre... Prenez ce verre, cette flûte plus précisément : je vais me faire un plaisir d'y verser quelques mesures d'un breuvage de circonstance : vous constatez qu'il ne s'agit pas de n'importe quelle boisson, je vous ai choisi un champagne, présenté dans une bouteille de belle contenance, un magnum !

Ainsi:

- « flûte » est un hyponyme de « verre », « champagne » un hyponyme de boisson », « magnum » un hyponyme de « bouteille »,
- « verre » est un hyperonyme de « flûte », « boisson » un hyperonyme de « champagne », « bouteille » un hyperonyme de « magnum » !

Lorsqu'on catégorise les noms selon leur sens et que l'on considère une collection particulière, l'hyperonyme est en quelque sorte le mot en-tête de cette collection, et l'hyponyme un élément de cette collection. L'hyponyme est plus précis que l'hyperonyme.

S'agissant de verbes, on parle parfois de troponyme et d'hyperverbe, : disons que « siroter » est un troponyme de « boire », en en réduisant le sens, et que « boire » est un hyperverbe pour « siroter ».

On continue ?

Tenez, je vous prête ma bouteille, faites donc le service... Saisissez-la par le goulot ou exhibez-la par le culot, comme il vous plaira... Eh bien « goulot » et « culot », en tant que parties de la bouteille, sont des méronymes de « bouteille », celle-ci étant pour eux un holonyme...
Lorsqu'il est question d'un objet, d'une entité, d'un tout, l'holonyme correspond à ce tout et le méronyme en est un morceau, une part.


Bon, d'accord, tout cela vous saoule ! J'espère au moins que vous n'abuserez pas de commentaires anonymes...

jeudi 9 juin 2011

atelier

Mon p'tit hommage pour une dernière séance...

Au fil de l'écriture,
aujourd'hui der des ders !
C'est fini, ça c'est sûr !
Il va falloir s'y faire.

A chaqu' fois impatients
de gratter le papier,
on était bien contents,
toujours, de s'retrouver.

Certains venaient de loin,
fidèles au rendez-vous,
levés tôt le matin
Pour êtr' présents surtout !

Y'en a bien qui râlaient
quand notre professeur
cherchait dans son carnet
matière à enclencheur...

Mais tout l'mond' s'y mettait !
A l'heure c'était fini !
Ensuite beaucoup lisaient,
à voix haut', leur récit.

Tant d'idées, si variées,
tant de riches trouvailles !
Je suis époustouflée
par tout notre travail.

J'ai aimé nos partages,
vous écouter, vous lire,
mettre nos textes en pages :
y' avait l' site à nourrir !

Mon blog, lui, doit beaucoup
à cet atelier du jeudi.
Mon élan vient de vous,
de la confiance ressentie.

Bernard, tu as permis
tous ces p'tits bonheurs...
de plume, alors merci !
Chapeau ! Du fond du cœur !


________


L'atelier intitulé  "Au fil de l'écriture" et animé par Bernard Cadoux n'est donc pas reconduit l'an prochain, mais l'Université Tous Âges à Lyon2 propose en 2011/2012 quatre cours dans le champ de l'écriture, de la poésie, du roman... Vous pouvez en consulter les descriptifs à la page 25 du pré-programme ici en pdf.

Les textes publiés au fil de l'écriture , et des années, restent en ligne...

jeudi 2 juin 2011

sigles

Les sigles, ces suites d'initiales utilisées comme abréviations, et qui permettent d'identifier rapidement une personne, une entreprise, un parti, une donnée, sont omniprésents dans notre vie quotidienne. Il faut bien avouer, cependant, que leur signification exacte n'est pas toujours évidente, ou dépend du contexte ; on les multiplie, on les confond, on aurait tendance à en abuser. Ils constituent un univers très mouvant, ouvert à tous les possibles, à toutes les créations, à toutes les transformations, bref il s'agit d'un répertoire idéal où piocher l'inspiration pour quelques gammes.

On s'amuse...

De nombreux ateliers d'écriture proposent ainsi de créer des sigles ou encore de choisir parmi ceux qui existent pour en tenter des interprétations personnelles. Par exemple :

- SNCF : Super Nuit Complètement Folle
- RTT : Répit du Travailleur Terrassé
- TVA : Trop vite acquis
- VIP : Valoriser l'Intérêt Particulier
- FDSEA : Fan De Séries Exclusivement Américaines...

Vous trouverez certainement sur internet des décryptages et trouvailles fantaisistes aux goûts très divers, du plus drôle au très vulgaire. L'exercice se nomme rétro-acronymie... En réalité les acronymes désignent seulement les sigles qui se laissent prononcer comme des mots ordinaires (PACS, UNESCO...), mais on pratique l'opération même sur ceux qui ne peuvent que s'épeler (PDG, HLM...).

Ces abréviations figurent également parmi les contraintes oulipiennes (aux côtés du dorica castra ou du perverbe) mais il s'agit alors de prendre un mot, un vrai, et de le traiter "comme" s'il était un acronyme... MARTINE se déclinerait ainsi en Muse de l'Âme Ravie, du Temps Interdit et de la Nuit Ensorcelée (!)... D'ailleurs, ce jeu-là me rappelle que dans mon enfance, à la campagne, je donnais souvent mes initiales en précisant : "MF comme Manufrance, ou Massey-Ferguson !"... Sacrées références ! Mais on peut inventer dans mon cas tant d'autres équivalences, des tonnes, plus ou moins glorieuses, comme citer Mylène Farmer, ou donner dans les Moules Frites...

    et on abuse...

    En fait, cet intérêt subit pour les sigles fait suite à la réception cette semaine d'un courrier assez déroutant, que vient de m'adresser la MRE (Mutuelle Retraite Européenne) pour me souhaiter la bienvenue parmi ses adhérents... Un courrier fort indigeste ! Vous pourrez le constater si vous tenez le coup et ne sautez pas directement, par lassitude, à la conclusion de ce billet. La lettre évoquée se rapporte à mon contrat complémentaire retraite appelé COREM et géré par l'UMR, Union Mutualiste Retraite appartenant à la Mutualité Française (tiens, MF!).

    Pour le plaisir, et par amour de la poésie des sigles, autant vous dire que l'UMR était née, il y a quelque temps déjà, d'une volonté d'entente entre les MGEN, MAIF, MG, MFP, FNMF, MATMUT, AMF, CASDEN et BFM. Sachez aussi que l'UMR avait récupéré les engagements de la MFRP, anciennement UNMRIFEN-FP, organisme auprès duquel j'avais initialement signé, en 1981, pour une solution CREF...

    Bref, aujourd'hui, on a l'obligeance de m'annoncer ceci : pour pouvoir être représentée à l'AG et au CA de l'UMR, je viens d'être automatiquement rattachée à la MRE car... Avant je dépendais de l'UMER (ah bon ?), dont faisait partie la MEPR ou la MAIF, mais depuis septembre 2010 la MEPR a fusionné avec la MRE, ce qui a entraîné la dissolution de l'UMER. On me prévient donc simplement que l'UMR me ponctionnera bientôt une cotisation pour le compte de la MRE…

    J'ai à peine agrémenté la teneur originale... En conclusion, et du fond du cœur :
    PPLV : Pitié Pour Les Vieux
    MVER : Mieux Vaut En Rire