jeudi 23 juin 2011

coordonnés

anecdote...

En cette veille de vacances, alors que je feuillette quelques vieux albums d'école (ça m'arrive de temps en temps...), je repense à tous ces petits cadeaux reçus des élèves tout au long de ma carrière. C'est toujours une tradition d'offrir quelque chose, au moment de les quitter, au maître ou à la maîtresse. Dans les classes élémentaires, ça date de loin ; j'ai le souvenir que ma mère, dans notre village normand, se montrait plutôt fière en rapportant chez nous ses présents de fin d'année... Il s'agissait et il s'agit encore de chocolats à Noël, de fleurs en juin... Maintenant, les familles se regroupent souvent et cotisent pour une carte d'achat ou un objet personnalisé. Je porte d'ailleurs aujourd'hui la montre qu'une équipe de parents m'a offerte il y a juste dix ans...

Je me souviens que les enfants m'apportaient de nombreuses lettres, abondamment coloriées et signées, des bricolages faits maison, et plein de petits paquets particuliers, soigneusement emballés, parfois fragiles, des vases, des bibelots, des gourmandises... Ces cadeaux-là arrivaient le dernier matin de classe, serrés entre deux jeux de société puisque cela aussi était de mise...

Lorsque mes élèves me tendaient les précieux petits paquets, et ils le faisaient en général timidement, je les embrassais, puis je collectais l'ensemble, afin de ne pas gêner ceux qui n'avaient rien amené de spécial. Ensuite je faisais très attention en défaisant les papiers et les emballages et j'en sortais le contenu avec cérémonie. Il me semblait voir dans les yeux des enfants un certain contentement ; j'avais le bonheur de recevoir et, par ce petit rituel, ils partageaient tous celui de me faire plaisir.

Quand on évoque ces cadeaux, je dois avouer que je me rappelle plus particulièrement l'un d'eux... très original, et pour le moins inattendu... Je peux bien raconter l'anecdote, il y a prescription...

Cette année-là j'avais eu le cours préparatoire ; j'avais galéré avec Erwann, pendant des mois, non pas pour des problèmes d'apprentissage mais parce que c'était un enfant dit "précoce" et son comportement difficile à gérer, son mal-être évident, engendraient quelques turbulences entre nous... C'est une nounou qui accompagnait le garçon à l'école chaque jour ; elle le reprenait pour le déjeuner et il me semble bien aussi le soir. En effet je ne me rappelle pas avoir souvent rencontré les parents à la sortie de l'école. Ils travaillaient tous deux beaucoup. La maman devait occuper un poste assez élevé dans une entreprise, et son mari était "chef de projet" ; il avait indiqué cette fonction sur la fiche de renseignements complétée en septembre. Je crois qu'ils bossaient au même endroit, mais je n'avais pas retenu le nom de leur boîte. Nous nous étions vus eux et moi à trois ou quatre reprises, pour des discussions éprouvantes. Avec le recul et l'expérience, je pense avoir à l'époque manqué de souplesse, et nos entêtements étaient mutuels ; mais c'est une autre histoire... Tout cela pour dire que nous n'étions pas en très bons termes...

Ce dernier matin avait eu lieu en classe le rituel d'ouverture des cadeaux : aucun ne m'avait été apporté par Erwann mais je n'y avais pas attaché d'importance particulière. De toute façon, ses parents ne devaient pas avoir envie de me gratifier pour quoi que ce soit ! Cependant, à 11h30, alors que j'étais moi-même assez pressée de rentrer manger chez moi, Erwan et sa nourrice m'avaient rattrapée ; la jeune employée m'avait tendu vite fait un sac fnac en me précisant que c'était de la part de ses patrons. J'avais balbutié quelque remerciement, ils étaient repartis aussi sec, et moi j'avais continué ma route sans regarder à l'intérieur du plastique très léger et mou : j'étais juste sûre qu'il ne s'y trouvait ni livre ni disque.

C'est seulement en arrivant à la maison que j'avais pris connaissance du contenu... Eh bien, effectivement, il valait mieux que je sois seule pour le découvrir, en tout cas sans mon petit public d'élèves ! Tassés au fond du pochon, sans emballage ni papier, il y avait, pliés roulés, deux ensembles soutien-gorge et culotte, des sous-vêtements d'une marque célèbre qui existe encore, et dont les étiquettes portaient la mention "prototype" !... Le "chef de projet" qui œuvrait donc dans la fameuse entreprise de lingerie fine (info vérifiée l'après-midi suivant dans mes fiches) m'avait fait passer des modèles sans doute à l'étude : je les ai recherchés plus tard en magasin sans jamais retrouver les mêmes. Dommage, car franchement j'ai adoré ce cadeau plus qu'utile et choisi exactement à la bonne taille... Ils ne m'en voulaient peut-être pas trop finalement... Sans blague, je les ai portés longtemps mes jolis coordonnés !

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