jeudi 20 octobre 2011

bistanclaque


A propos du roman Le sang des bistanclaques, par Odile Bouhier, aux éditions Presses de la Cité...


Lyon, 1920... Deux cadavres de vieilles femmes, l'un comme l'autre ligotés, viennent d'être découverts ; avant de grossièrement les emberlificoter, l'agresseur a de toute évidence torturé et violé ses victimes, leur perforant également le larynx pour y placer un fil de soie !

Qui sera le mieux à même d'élucider ces meurtres atroces, qui saura débrouiller l'écheveau ? Le vicelard mais efficace inspecteur Legone peut-être, des Brigades du Tigre ? Pourtant l'enquête patauge, surtout lorsque le Tricoteur (tiens donc !), arrêté et suspecté à l'occasion d'un nouvel homicide assez semblable aux précédents, se voit mis hors de cause. Le procureur doit admettre la nécessaire participation du service scientifique de la police judiciaire dirigé par le commissaire Kolvair, rescapé des tranchées, assisté du professeur Hugo Salacan, criminologue et chercheur, ancien élève d'Edmond Locard.


Odile Bouhier compose sur cette trame un polar alerte et foisonnant, au goût d'experts à la sauce classique, très française, et dont on espère sincèrement, dans un prochain épisode, retrouver les héros, même les moins sympathiques...

Le lecteur ici n'échappe pas, en prime, à la naissance d'une discrète et tendre histoire d'amour entre spécialistes sur la même longueur d'ondes. Mais surtout il prend du plaisir à accompagner les divers personnages, recommandables ou non, dans leurs pérégrinations, à pied et quelquefois en voiture, le long du Rhône, en bord de Saône... Il arpente avec eux les rues de la presqu'île, monte jusqu'à la Croix-Rousse ; il emprunte les fameuses traboules, visite de jour ou de nuit les quartiers de Saint-Georges, Saint-Jean, Saint-Paul, et leurs bouchons, s'aventure sur la colline de Fourvière... Les différentes investigations servent de prétexte à l'évocation de noms célèbres, d'événements historiques, de traditions soyeuses et gastronomiques, de lieux en devenir, d'anecdotes. L'ouvrage mériterait vraiment de figurer dans les prescriptions du guide du Routard...


Ce livre si complet, paru dans la collection Terres de France, est malheureusement desservi par une couverture trop neutre, à l'allure de carte postale arrangée, banale et colorisée, inscrivant seulement le roman dans son époque. En revanche le titre, lui, noyant la couleur sang dans une sorte de vacarme, interpelle, intrigue, attire la curiosité. Laissez-vous faire ! Les sensations seront supportables ! Qui n'aura pas envie, ensuite, de programmer la visite d'un atelier de canuts, pour vérifier en situation les bruits caractéristiques produits par la mise en branle des derniers métiers à tisser manuels, et entendre ainsi en direct le son des bistanclaques ?

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Quelques liens supplémentaires :
- le blog construit autour du personnage Victor Kolvair,
- le site de la Maison des Canuts,
- les informations sur le prochain Marché des soies,
- deux p'tits mots racontant une expérience personnelle d'élevage de vers à soie : soie (1), soie (2).


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