dimanche 27 novembre 2011

lignes


Portée par les vagues,
je me laisse aller...
Lignes d'horizon...


Au gré des lignes
et parcourant l'espace,
je me dé-temps...


(D'autres lignes ou des motifs dans quelques précédents p'tits mots : avril, chiner, dioïque, écrire, motifs, prince.)

samedi 19 novembre 2011

terrible

Cette expo-là, elle est terrible !

Sur le Plateau, à l'entrée du siège de la Région Rhône-Alpes à Lyon, sont réunies quelques créations d'une douzaine d'enfants terribles de l'art contemporain, artistes travaillant aux USA (Robert Williams, Todd Schorr, Jeff Soto, Joe Sorren, Caïa Koopman, Victor Castillo), au Canada (Ray Caesar), au Japon (Naoto Hattori), en Australie (Reg Monbassa) ou en France (Robert Crumb, Nicolas Thomas, Odö).

Chaque sensibilité peut y trouver son compte... Pour ma part j'avoue avoir été fascinée par les graphismes foisonnants d'Odö ainsi que par l'univers de Jeff Soto dont il ne faut absolument pas manquer le "chat terrible" réalisé pour l'occasion sur un mur de l'ancien marché gare, tout proche de l'Hôtel régional.



Et regardez bien tout au bout du mur, mais aussi au sol avant la plaque... car j'ai eu beaucoup de chance ce jour-là. Et cha-cha-cha !














Pas mal non plus le complice du Parc Sutter, à la Croix-Rousse :


Alors comme chat oui, j'adore la Biennale !

vendredi 18 novembre 2011

suspension

Les mots suspendus


« Il faut que je te dise... »
Voilà ce que le jeune homme prononce après un moment de silence un peu gêné... On dirait qu'il a prévu d'avouer quelque chose ; il s'est lancé mais hésite encore et se met à tapoter nerveusement la table du bout des doigts. Anaëlle n'a pas arrêté de le regarder depuis qu'ils sont assis et elle se rend bien compte que les yeux de son ami cherchent à échapper aux siens : ils balaient le fond de la salle derrière elle, se reposent sur leurs verres encore pleins, ou suivent le manège de quelques mouettes sur la terrasse, de l'autre côté des portes-fenêtres entrebâillées. Il avait pourtant l'air content de la retrouver tout à l'heure... Ils s'étaient même embrassés, certes timidement, frôlés plutôt, en se rejoignant devant le Café de la Plage, au tout début de cet après-midi automnal et doux. Puis, installés face à face à une table, légèrement à l'écart, derrière la vitre donnant sur le large, ils ont échangé, presque joyeusement, quelques banalités : bonne semaine oui, et toi, t'as vu ce film, pas mal, beaucoup de boulot, c'est chouette de revenir, le week-end à la mer, la santé des parents, du beau temps quelle chance, tu crois que ça va durer ?

« Il faut que je te dise... »
Anaëlle perçoit clairement ces mots en même temps qu'elle les lit sur les lèvres de Ronan. Il se tait, écarte les mains qu'il pose plus fermement devant lui, se décide enfin mais là, alors qu'elle distingue parfaitement tous les mouvements de sa bouche, elle est submergée par une sensation de ralenti, de paroles qui s'esquivent, s'estompent et puis flottent, sans bruit propre et dans un calme fantastique alentour... L'absence de bande son se fait vertigineuse, jusqu'au malaise. La tête de l'adolescente entame un virage lent, avec effort, pour détourner son regard vers la plage, elle craint de s'évanouir, de s'effondrer, elle tente de récupérer du solide, un repère, l'équilibre...

Le temps clair offre une vue large et profonde, trop large, trop profonde, alors elle fixe d'abord un rectangle jaune, le dossier d'un banc, puis l'édifice rouge là-bas, le phare : ces points de couleur, stables, lui font un bien fou. Elle va mieux, déjà. Elle est dans son univers. La plage est déserte ; la marée basse a découvert toute une bande de rochers. Elle irait bien, avec Ronan, shooter dans le goémon, voir pétiller les flaques ! Au loin, l'horizon se partage, deux bleus : une teinte d'océan paisible sur lequel clignotent et dansent des confettis d'argent et, au-dessus, un ton azur. Dans le ciel, quelques nuages allongés paressent, des filets blancs, mais elle en devine d'autres, légèrement grisés, arrivant par l'ouest, là, à droite du café, à droite d'eux... Les pins de la corniche, marron et vert sur la palette, dissimulent encore un peu la menace ; pour l'heure, ils profitent du soleil dont les rayons jouent avec leurs branches. Les ombres s'entrecroisent sur les troncs et sur le sol du sentier. C'est devant la barrière très blanche bordant ce chemin que se trouve le banc aux lattes bouton d'or, face au large, pause de rêve, qui l'a curieusement remise d'aplomb. Elle s'y est assise tant de fois, avec Ronan, leurs pensées toutes vers les îles, surtout celle-ci, au milieu du paysage, qui porte le phare écarlate, et beaucoup de souvenirs d'enfance.

« Tu te rappelles la première balade sur l'île ? », s'entend-elle demander, enjouée presque, en reportant ses yeux vers l'intérieur de la salle... Elle sourit aussi, soulagée, car elle a récupéré, derrière le son de sa voix, tous les autres bruits : la rumeur des clients accoudés au comptoir qui bavardent et s'interpellent, les chocs de leurs verres, les tilts en cascades du flipper, et tiens, un store qui claque...

Mais il n'y a plus personne à table avec elle, et lui reviennent en gifles et lui vrillent les oreilles les mots qu'elle n'a pas voulu comprendre il y a quelques secondes - ou quelques minutes, combien de temps au juste, difficile à dire -, la conclusion un moment suspendue : « … Écoute, c'est vraiment fini tu sais, nous deux je veux dire, je te quitte Anaëlle, pour de bon, j'ai quelqu'un d'autre, en ville. »

Le barman vient fermer toutes les baies donnant sur la terrasse et la plage. La météo change vite, c'est normal ici. Le vent s'est mis à souffler, d'un coup, affolant les nuages qui chargent maintenant. Des bourrasques maltraitent déjà le sommet des pins ; au loin il n'y a plus de bleu, plus de rouge, plus d'île, le ciel déploie des rideaux de pluie sur la mer. La tache jaune aussi a disparu, et la vitre se couvre de larmes.
***

Si les points de suspension laissent vagabonder l'imagination, celle-ci pouvant accommoder le futur à sa guise, les mots suspendus, eux, paroles en l'air, émotions un moment retenues, flottantes, dessinent en se reposant une réalité brutale, un avenir imposé.

Le phénomène me rappelle un peu l'histoire, écrite ici l'an dernier, de cette jeune femme pressée qui se retrouvait pour quelques instants comme dans une bulle...

jeudi 10 novembre 2011

courge

Trop déçue d'avoir raté l'expo de courges dans les grandes serres du Parc... j'ai "traité" le sujet, à ma façon :



Quelle tête de courge !
Quel cornichon !
Heureusement qu'il a pas le melon !







 
d'après la composition originale :

mardi 8 novembre 2011

envolée

Quelle histoire (vraie) !

Vous ne m'avez sans doute pas connue ; peut-être m'avez-vous vue, une fois, à l'occasion d'une visite, mais je ne vous ai pas laissé de souvenir notable. On vous montrera des photos, ça fera l'affaire.

Quand la chose extraordinaire et inimaginable est arrivée, j'étais installée depuis de nombreuses années déjà au dernier étage d'un immeuble, au cœur du quartier dit chic d'une grande ville que vous reconnaîtrez sans doute. Enfin c'était quand même une drôle d'idée d'avoir choisi précisément cette situation en hauteur... J'y étais locataire d'un majestueux espace. Quant aux propriétaires de l'endroit, ce furent successivement deux couples et leurs enfants. Seul le fils de la première famille s'amusa de ma présence. Ensuite, il faut bien l'avouer, on ne me sollicita plus qu'en quelques circonstances exceptionnelles et souvent festives.

Certes je vivais dans un certain isolement et pouvais rester repliée sur moi-même pendant des semaines. Ayant toujours été exposée, du fait de ma fonction, difficile à emballer, de par mon envergure, devenue fragile avec l'âge, je souhaitais vraiment, vers la fin, qu'on me fiche la paix, qu'on ne m'oblige surtout pas à voyager, à partir ; j'avais notamment de plus en plus peur qu'on me roule. J'étais marquée, abîmée, ravagée par les vicissitudes du temps. Mais je laissais dire ; on pouvait bien multiplier les critiques, proposer des solutions pour que je débarrasse le plancher, j'étais bien là où j'étais et comptais bien y rester le plus longtemps possible.

J'ai toujours éprouvé un plaisir particulier, égoïste, à entendre les visiteurs s'extasier sur le paysage qu'ils pouvaient contempler de ma terrasse : ils trouvaient la vue « absolument époustouflante ». Ah ! Ils auraient bien voulu en jouir au quotidien, avec ou sans moi. Ils commençaient par tourner la tête dans tous les sens, déboussolés par cette forêt environnante, hétéroclite et désordonnée, composée d'édifices en béton ou de toits pentus, en tuiles, aux lucarnes plus ou moins proéminentes, longés de gouttières difformes, plantés d'innombrables cheminées, elles-mêmes prolongées d'antennes disparates... Puis les curieux détaillaient le panorama et énonçaient invariablement les mêmes noms : ils parlaient d'Oxygène et de Crayon, d'Opéra et de Basilique, de Tête et de Monts d'Or !

Et tout ça sans pollution sonore, estimaient-ils, surpris ! Question bruit, je peux vous dire que ça pétaradait pourtant pas mal en juillet ou en décembre et il y avait du monde à mes côtés pour assister aux feux d'artifice, mais habituellement c'est vrai, c'était plutôt calme et je ne percevais, venant d'en bas, qu'une rumeur inégale de moteurs, un bruit de fond que j'oubliais facilement. Des klaxons, des cris, en faisaient reprendre conscience par instants. Dans le ciel, bourdonnait de temps à autre un étrange insecte métallique mais ce sont les bandes de joyeux martinets, les soirs d'été, qui m'ont le plus enchantée et me restent en mémoire.

L'hiver, je savourais la légèreté des flocons, la douceur cotonneuse de la neige qui me protégeait des morsures du froid. Je préférais cela à la grisaille des jours de pluie ou encore aux agressions du soleil quand il écrasait la ville de canicule ! Mais ce que je redoutais le plus était le vent qui sévissait hélas en toute saison ! Au neuvième étage, il soufflait toujours avec violence : j'en ai essuyé des tempêtes !

Eh bien justement c'est le vent qui a eu raison de moi. Une bourrasque venue du sud s'est insinuée là où je paressais, dans une sorte de couloir entre le sommet de la cage d'ascenseur et le pignon de l'immeuble voisin ; puis elle s'est engouffrée entre mes pieds, sous mon plateau large et plein. Elle m'a littéralement soulevée. Dans un fracas monstrueux j'ai été projetée contre un des murets bordant la terrasse puis me suis retournée en écrasant le grillage de sécurité, et enfin je suis descendue en piqué tout le long de la façade, frôlant à peine les balustrades et les balcons, atterrissant dans un dernier râle tonitruant au milieu d'une cour gravillonnée. Lieu heureusement désert et inaccessible, le seul où je pouvais tomber sans faire de mal à personne, à deux mètres d'une verrière de supermarché. J'étais démantibulée mais au moins l'unique victime. Inimaginable...

Il y eut du monde à me regarder ainsi démembrée, à s'apitoyer, à poser des questions, à imaginer ce qui aurait pu arriver, de bien pire... Ma dégringolade a provoqué quelques cauchemars mais je sais aussi qu'elle est à l'origine de rencontres au sein de mon immeuble, entre personnes qui sans moi n'auraient jamais eu l'occasion de se parler. Car il a bien fallu me récupérer : en escaladant la fenêtre d'une ancienne loge, ils s'y mirent à plusieurs pour me scier, me débiter, m'évacuer...

Les objets ont une âme voyez-vous qui reste là où ils ont vécu le plus longtemps, là où ils se sentaient bien. Mon âme est donc établie là-haut pour toujours : on y parle souvent de moi, on me raconte, on compare ma chute à celle d'un certain piano de publicité, on évoque un ange gardien... Lourde table née pour le jeu, encombrante certes, mais sage et pratique pour l'appoint, meuble d'extérieur somme toute banal, mon involontaire envolée finale et décisive m'a fait entrer dans une légende, au moins familiale...