jeudi 29 décembre 2011

éoliennes

Des éoliennes, on en voit partout : isolées, alignées, regroupées en champs d'hélices...

Ici une dame élancée
géante solitaire
brasse de l'air
cligne de l'œil

Là quelques danseuses
Se tendent vers le ciel
en faisant des pointes
Mais la tête leur tourne


... Évidemment présentes en Bretagne, les voilà exposées jusque dans les paysages merveilleux des Noëls du Château de la Ville Chevalier !




Petit moulin d'antan
a bien grandi.
Il est monté en graine
au vent du temps !

mercredi 21 décembre 2011

cadeaux

L'idée de Sammy



Mamie Ginette est de retour le matin de Noël, après s'être absentée quelques jours... Anna et Sammy sont heureux qu'elle soit là pour découvrir avec eux tous les cadeaux au pied du sapin. Cette année, il y a même une surprise sur chaque pile destinée aux enfants : une enveloppe étrange, écarlate et pailletée, où leur prénom, leur adresse, sont écrits soigneusement, en lettres pleines et déliées...


***

Quelques semaines auparavant...

Sammy aime bien faire le grand garçon qui se débrouille tout seul. Le soir, il grimpe dans son lit, celui du haut, avec son livre à lui, pendant que Mamie s'installe sur une chaise, au chevet d'Anna, pour lui raconter une histoire... Cette fois la petite a réclamé un conte de Noël ! Ce n'est que la fin novembre mais on ne parle déjà plus, à l'école ou à la maison, que de fêtes et de cadeaux !  Impossible de ne pas y penser, de ne pas rêver, avec toutes ces lumières dans les rues, ces vitrines décorées, étincelantes, et tant de catalogues qui regorgent de tentations !

La tête bien calée sur l'oreiller, Sammy feuillette un dictionnaire illustré, celui des animaux, c'est son préféré : d'habitude, il adore, mais là, il est très distrait, il écoute la voix douce qui monte jusqu'à lui... Encore un récit avec un Père Noël débordé, fatigué... Et ça le fait réfléchir.

Quand l'histoire se termine, Anna s'est endormie et le garçon entend sa mamie qui referme l'album, le glisse sur l'étagère voisine, avant de déposer un tendre baiser sur le front de la petite fille... Elle a dû se relever maintenant. Elle se hisse en effet jusqu'au lit supérieur. Son visage apparaît soudain, transformé par une grimace de sa collection aussitôt suivie d'un clin d’œil complice. Ah, elle s'amuse bien ! Mais lui, quelque chose le tracasse. Il chuchote :

– Dis Mamie, quel âge il a le Père Noël ?

– Hmmm ! Je ne sais pas ! En tout cas il est sûrement très très vieux !

– Et pourquoi il n'est pas à la retraite ?

– Ça, mon pauvre Sammy, je crois bien qu'il y a pensé...

– C'est vrai ?

– Eh bien j'ai entendu dire qu'il a failli céder son entreprise, il y a quelques années, et finalement tout annulé !

– Pourquoi ?

– L'homme d'affaires qui s'était présenté à lui voulait mettre au chômage tous les lutins de l'atelier de jouets, et les remplacer par des robots, choisir un seul modèle chaque année à fabriquer et à offrir, le même pour tout le monde, remplacer le traîneau par une bruyante motoneige, et aussi fermer le bureau de poste...

Sammy écarquille les yeux, se dresse sur son lit et, très en colère, il s'exclame :

– Il aurait interdit d'envoyer une liste ?

– Chut ! Tu vas réveiller Anna... Alors tu comprends pourquoi le Père Noël a préféré continuer à travailler ! Pour lui, il faut que les enfants soient heureux !

– Mais Mamie, quand même, il pourrait avoir des assistants. Tiens, il aurait une association comme la tienne, ce serait cool !

– Comment ça ?

– Ben il ferait apporter les cadeaux aux petits enfants, chez eux, par des gens qui auraient le temps, des grands-pères et des grands-mères comme toi, des bénévoles ; vous portez bien des livres à domicile, là vous pourriez amener les paquets de sa part, ça vous ferait voyager. Vous aimez ça, voyager, non ? Le Père Noël continuerait à fabriquer les jouets avec ses lutins, il élèverait juste un peu plus de rennes pour transporter tous les messagers ; mais comme ça il reposerait son dos et ses jambes !

– Héhé, j'irais au pôle Nord tous les ans ? Quelle chance dis donc !

– Et s'il n'a plus à faire le tour du monde, il peut économiser des heures et des heures et prendre le temps de répondre à toutes les lettres envoyées par les enfants. Moi j'aimerais tant qu'il m'écrive à son tour, ça, ce serait vraiment chouette !

– Sûrement ! Déléguer aux papis et aux mamies, organiser leurs voyages, tenir à jour sa correspondance et rester au chaud, ça peut lui plaire... On lui enverra un message dès demain pour lui proposer si tu veux. Mais là ce soir, il se fait tard et j'irais bien me coucher moi. Allez bisou mon p'tit Sammy !

– Bonne nuit Maminette ! D'accord pour demain, on lui écrit ! T'oublieras pas, hein ?

Mamie promet... Elle descend prudemment l'échelle, éteint la lampe tulipe, quitte à petits pas la chambre, tire légèrement la porte et laisse derrière elle un rai de lumière rassurant. Sammy garde pendant quelques secondes encore les yeux ouverts, fixés sur l'écran magique de son plafond familier : ce soir il y voit se dessiner la silhouette d'un Père Noël tranquille qui, assis derrière son bureau, coche des cases sur une liste, sans doute celle de tous ses seniors volontaires, puis vérifie les adresses sur de luxueuses enveloppes, avant de se plonger dans un dernier courrier. Concentré, appliqué, même s'il mâchonne par instants le haut de son porte-plume en cherchant l'inspiration, il a l'air si heureux ! Moins bousculé, il a presque rajeuni.  

Je suis sûr qu'il va la trouver bonne mon idée, se dit Sammy que le sommeil enveloppe peu à peu...
***

L'idée de Sammy est un texte que j'ai écrit pour la mognoterie... J'ai imaginé une sorte de conte de Noël pour lecteurs mi-enfants mi-adultes... Avec l'envie de remettre en scène Sammy et Mamie Ginette, héros bien délaissés au cours de cette année 2011 !

A propos de cadeaux ! On en fait, on en reçoit, à Noël évidemment mais aussi en d'autres occasions, comme en témoignent les p'tits mots cadeau, coordonnés...

Je vous souhaite de joyeuses fêtes, de belles lectures si vous avez le temps, du plaisir à recevoir et encore plus à offrir ! A bientôt !

mardi 20 décembre 2011

silences

Eux sur la photo, de Hélène Gestern, Stoner, de John Williams et traduit par Anna Gavalda : deux lectures récentes, deux livres discrets et délicieux, si dissemblables. Et pourtant...

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Eux sur la photo raconte une quête et se présente sous la forme dynamique d'une correspondance, elle-même rythmée par les descriptions minutieuses de quelques photographies.

Hélène n'a jamais vraiment connu sa mère, morte en 1972 quand elle était encore très jeune, et dont personne n'a jamais pu ou voulu lui parler. Alors, quand elle découvre un vieux cliché où sa maman apparaît aux côtés de deux hommes inconnus, elle a l'idée de le publier, accompagné d'une petite annonce, au cas où quelqu'un, par hasard, reconnaîtrait un personnage du groupe... Et c'est exactement ce qui se passe... Ainsi débute une sorte d'enquête surprenante où se démêle au fur et à mesure la pelote du passé. Mais, parallèlement, le poids du présent augmente, avec ses silences qui deviennent oppressants, et ses non-dits qui empoisonnent les rêves d'Hélène. Le fardeau est familier, certes, et encore invisible. Gagnera-t-elle vraiment à fouiller dans les mémoires ? C'est tout un cheminement, semé d'hésitations et de doutes que l'auteure nous invite à accompagner et à comprendre, en un premier roman chargé d'émotion, de pudeur autant que de rage, et tellement gorgé d'amour...


Le roman de John Williams ressemble, lui, à une biographie, celle de William Stoner, né dans une ferme à la fin du dix-neuvième siècle, dans le Missouri.

Ses parents, très pauvres, avaient espéré qu'il reprenne leurs terres une fois ses études d'agronomie achevées... Seulement voilà, leur fils ne quittera jamais l'université, car il y tombe amoureux, presque par hasard, de la littérature, « des combinaisons mystérieuses et toujours surprenantes de lettres et de mots enchâssés là, dans la plus froide et la plus noire des encres, et pourtant si vivants... ». Stoner devient enseignant, « passeur », se réfugiant dans la lecture à chaque étape difficile de sa vie, quand il aura besoin de recouvrer la paix. Son existence se déroule, banale, celle d'un professeur sensible et droit, emplie de rêves d'amitié et d'amour, et malheureusement jalonnée d'espoirs déçus... Il ne se passe pas grand chose finalement au cours de son parcours terne et si provincial, mais la représentation et la découverte en demeurent passionnantes, du début à la fin, grâce certainement au style original de l'écrivain et à sa remarquable adaptation en langue française.

***

Eux sur la photo et Stoner, récits conçus autour de l'amour, quêtes ici de racines ou là d'idéal, ont en commun la richesse et l'élégance des écritures, mais aussi les silences et les apparences qui minent la vie de leurs héros ordinaires. Comme on aime reprendre ces ouvrages, pour se retrouver un moment auprès d'Hélène et de son correspondant, ou auprès de William, dont on a partagé si intimement bonheurs et tourments ; comme on aime en relire les mots, simplement pour le plaisir !

lundi 19 décembre 2011

approche

L'automne se décourage
Les dernières feuilles meurent
Sous la première neige

Comme ce fin duvet sur toit
Le temps glisse et fond
L'hiver est à l'approche

dimanche 18 décembre 2011

youpi

Je me souviens... d'une histoire de Noël lue dans un album lorsque j'étais enfant, où des animaux (longtemps j'ai pensé qu'il s'agissait seulement de chiens) rapportaient chez eux un sapin, en le traînant car il était de bonne taille et d'imposante envergure. Une fois arrivés dans leur chalet, ils s'apercevaient que l'arbre était effectivement beaucoup trop haut ! Ils avaient bien réussi à caler la base, puis à le dresser, mais la cime rebiquait contre la voûte du salon, donnant à l'ensemble une allure ridicule, désastreuse...

Après quelques minutes de panique et d'interrogations, l'un des compères filait soudain pour réapparaître équipé d'une scie ! Grimpé sur une échelle, il se mettait à découper un trou dans le plafond, suffisamment large pour laisser passer le sommet du sapin et  permettre à celui-ci de récupérer sa fierté naturelle.


Imaginez le bonheur des souris du grenier ayant pu profiter à cette occasion d'un bout d'arbre à décorer ! Je ne vous en dis pas plus, peut-être tomberez-vous un beau jour sur un exemplaire de cette histoire, dans une brocante de livres : la suite réserve encore des surprises, Père Noël, farces et feux de Bengale ! Mais il me semble que le récit de la scène ci-dessus peut suffire à régaler quelques jeunes oreilles...

Pendant des années, à chaque Noël, j'ai pensé à cette drôle de situation qui m'avait tant impressionnée ; dans ma tête je voyais nettement l'image de cette pièce où manquait une bonne rondelle de plafond. Et j'ai fini par retrouver le texte de cette aventure, en librairie, dans les années 1990, sous le titre Le Noël de Pouf et Youpi réédité chez Hachette, hélas en petit format. J'ai redécouvert à ce moment-là que le chat blanc et le cocker marron étaient les amis d'une fillette appelée Caroline, et que ces trois personnages avaient été, parmi d'autres, imaginés par Pierre Probst...

A ne pas confondre avec Martine, Moustache et Patapouf, créés par Gilbert Delahaye et Marcel Marlier ! Bon, d’accord, Caroline, Martine, ont le même âge, toutes deux nées en 1953... Juste un peu vieillottes !

jeudi 8 décembre 2011

artifice

A l'occasion de la Fête des lumières, à Lyon, cette année du 8 au 11 décembre...

                                                            La lumière n'a pas de lumier
                                                  Et le plumier vit sans plumière ?
                                        Deux célibataires ! Marions-les !

Écrivons les chimères,
          les espoirs colorés,
                    les profils éphémères,

                                          les pierres enchantées,
                                                    la danse du rayon vert,
                                                              les monstres éveillés...

                                                                      Du ciel jusqu'à la terre,
                                                                                que de rêves graffés
                                                                                          à l'encre de lumière !


Voici quelques p'tits mots à relire pour l'occasion, entre deux escapades nocturnes : lumignons (2010), lumières (2009), lumière (2008), et pourquoi pas quais(1), quais(2)...

Les Grandes Espérances - Bâtiment des Archives Municipales

vendredi 2 décembre 2011

piège


Ce piège en 2011 signes représente une contribution "naturelle" au concours proposé par la Biennale d'art contemporain autour d'une "terrible beauté"...

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Je crache, je m'agite. Mes pattes et mon unique paire d'ailes ne me sont au sein de ce liquide d'aucun secours. J'étouffe. Dans ma tête passe un drôle de film : ma petite existence, si légère, si insignifiante, ne méritait pas de se terminer comme ça !

Certes ne suis-je pas la plus fine ! Pour ma défense je dirais que rescapée d'une éclosion confuse j'ai dû, comme chacune de mes sœurs, choisir une direction et me débrouiller. Les mouches n'ont pas de rapports sociaux, c'est dommage. De ce fait, nous ne bénéficions d'aucune expérience ni de conseils. En ce qui me concerne la chance m'a souri car j'ai vite élu domicile dans une ferme et pendant quelque temps hanté ses hangars et ses cours. Naturellement attirée par les odeurs fortes, j'y étais comblée de sensations.

Je ne sais ce qui m'a pris ce matin de vouloir visiter les environs. Guidée par un puissant arôme, enivrant, très différent des senteurs familières, je me suis retrouvée au-dessus d'un immense champ pourpre. Quel enchantement ! Émergeant de la tourbe, en cette aube douce, d'élégantes fleurs, hautes sur tiges, s'appliquaient à déployer leurs coupes odoriférantes et leurs ombrelles. Un ravissement ! Une tentation insupportable ! Et moi, la gourmande, je les ai butinées sans méfiance, jouant de la trompe et régurgitant à plaisir.

Puis j'ai remarqué, un peu plus bas, d'étranges feuilles : des urnes verticales, à l'aspect marbré, au ventre bombé et prometteur. Leurs couvercles, comme des casquettes négligemment rabattues, laissaient un passage suffisant. Pourquoi pas ? Curieuse, j'ai volé jusqu'à la visière la plus proche. Après avoir observé la cavité profonde seulement remplie d'eau claire, déçue, j'ai voulu repartir : hélas, impossible de progresser à rebrousse-poil. Bel et bien piégée, renvoyée à chaque effort vers l'intérieur, je suis finalement tombée...

Ces plantes sont cruelles. Mais j'ai compris. Elles ont besoin de moi ! Je les nourris pour qu'elles renouvellent leur terrible beauté. Je ne me débats plus. Je meurs.

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Pour en savoir plus, vous pouvez visiter, au Jardin Botanique du Parc de la Tête d'Or, la serre des plantes carnivores et profiter de son parcours très pédagogique ; sinon vous trouverez grâce aux quelques liens donnés des informations sur la sarracénie pourpre, les pièges des plantes carnivores... et aussi sur les mouches.