vendredi 2 décembre 2011

piège


Ce piège en 2011 signes représente une contribution "naturelle" au concours proposé par la Biennale d'art contemporain autour d'une "terrible beauté"...

__________


Je crache, je m'agite. Mes pattes et mon unique paire d'ailes ne me sont au sein de ce liquide d'aucun secours. J'étouffe. Dans ma tête passe un drôle de film : ma petite existence, si légère, si insignifiante, ne méritait pas de se terminer comme ça !

Certes ne suis-je pas la plus fine ! Pour ma défense je dirais que rescapée d'une éclosion confuse j'ai dû, comme chacune de mes sœurs, choisir une direction et me débrouiller. Les mouches n'ont pas de rapports sociaux, c'est dommage. De ce fait, nous ne bénéficions d'aucune expérience ni de conseils. En ce qui me concerne la chance m'a souri car j'ai vite élu domicile dans une ferme et pendant quelque temps hanté ses hangars et ses cours. Naturellement attirée par les odeurs fortes, j'y étais comblée de sensations.

Je ne sais ce qui m'a pris ce matin de vouloir visiter les environs. Guidée par un puissant arôme, enivrant, très différent des senteurs familières, je me suis retrouvée au-dessus d'un immense champ pourpre. Quel enchantement ! Émergeant de la tourbe, en cette aube douce, d'élégantes fleurs, hautes sur tiges, s'appliquaient à déployer leurs coupes odoriférantes et leurs ombrelles. Un ravissement ! Une tentation insupportable ! Et moi, la gourmande, je les ai butinées sans méfiance, jouant de la trompe et régurgitant à plaisir.

Puis j'ai remarqué, un peu plus bas, d'étranges feuilles : des urnes verticales, à l'aspect marbré, au ventre bombé et prometteur. Leurs couvercles, comme des casquettes négligemment rabattues, laissaient un passage suffisant. Pourquoi pas ? Curieuse, j'ai volé jusqu'à la visière la plus proche. Après avoir observé la cavité profonde seulement remplie d'eau claire, déçue, j'ai voulu repartir : hélas, impossible de progresser à rebrousse-poil. Bel et bien piégée, renvoyée à chaque effort vers l'intérieur, je suis finalement tombée...

Ces plantes sont cruelles. Mais j'ai compris. Elles ont besoin de moi ! Je les nourris pour qu'elles renouvellent leur terrible beauté. Je ne me débats plus. Je meurs.

__________


Pour en savoir plus, vous pouvez visiter, au Jardin Botanique du Parc de la Tête d'Or, la serre des plantes carnivores et profiter de son parcours très pédagogique ; sinon vous trouverez grâce aux quelques liens donnés des informations sur la sarracénie pourpre, les pièges des plantes carnivores... et aussi sur les mouches.

Aucun commentaire: