mardi 20 décembre 2011

silences

Eux sur la photo, de Hélène Gestern, Stoner, de John Williams et traduit par Anna Gavalda : deux lectures récentes, deux livres discrets et délicieux, si dissemblables. Et pourtant...

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Eux sur la photo raconte une quête et se présente sous la forme dynamique d'une correspondance, elle-même rythmée par les descriptions minutieuses de quelques photographies.

Hélène n'a jamais vraiment connu sa mère, morte en 1972 quand elle était encore très jeune, et dont personne n'a jamais pu ou voulu lui parler. Alors, quand elle découvre un vieux cliché où sa maman apparaît aux côtés de deux hommes inconnus, elle a l'idée de le publier, accompagné d'une petite annonce, au cas où quelqu'un, par hasard, reconnaîtrait un personnage du groupe... Et c'est exactement ce qui se passe... Ainsi débute une sorte d'enquête surprenante où se démêle au fur et à mesure la pelote du passé. Mais, parallèlement, le poids du présent augmente, avec ses silences qui deviennent oppressants, et ses non-dits qui empoisonnent les rêves d'Hélène. Le fardeau est familier, certes, et encore invisible. Gagnera-t-elle vraiment à fouiller dans les mémoires ? C'est tout un cheminement, semé d'hésitations et de doutes que l'auteure nous invite à accompagner et à comprendre, en un premier roman chargé d'émotion, de pudeur autant que de rage, et tellement gorgé d'amour...


Le roman de John Williams ressemble, lui, à une biographie, celle de William Stoner, né dans une ferme à la fin du dix-neuvième siècle, dans le Missouri.

Ses parents, très pauvres, avaient espéré qu'il reprenne leurs terres une fois ses études d'agronomie achevées... Seulement voilà, leur fils ne quittera jamais l'université, car il y tombe amoureux, presque par hasard, de la littérature, « des combinaisons mystérieuses et toujours surprenantes de lettres et de mots enchâssés là, dans la plus froide et la plus noire des encres, et pourtant si vivants... ». Stoner devient enseignant, « passeur », se réfugiant dans la lecture à chaque étape difficile de sa vie, quand il aura besoin de recouvrer la paix. Son existence se déroule, banale, celle d'un professeur sensible et droit, emplie de rêves d'amitié et d'amour, et malheureusement jalonnée d'espoirs déçus... Il ne se passe pas grand chose finalement au cours de son parcours terne et si provincial, mais la représentation et la découverte en demeurent passionnantes, du début à la fin, grâce certainement au style original de l'écrivain et à sa remarquable adaptation en langue française.

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Eux sur la photo et Stoner, récits conçus autour de l'amour, quêtes ici de racines ou là d'idéal, ont en commun la richesse et l'élégance des écritures, mais aussi les silences et les apparences qui minent la vie de leurs héros ordinaires. Comme on aime reprendre ces ouvrages, pour se retrouver un moment auprès d'Hélène et de son correspondant, ou auprès de William, dont on a partagé si intimement bonheurs et tourments ; comme on aime en relire les mots, simplement pour le plaisir !

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