samedi 15 décembre 2012

entre-deux


Entre
et deux associés, qu'ils affichent ou non leur liaison, n'évoquent-ils pas toujours une situation inconfortable ? Leur combinaison ne suggère-t-elle pas invariablement le temporaire, le passager ?



Entre deux trains, entre deux avions, l'urgence excuse l'indécision. Se dire le cul entre deux chaises autorise à ne pas se compromettre ; nager entre deux eaux sème le trouble et évite qu'on s'engage. Entre deux êtres, le cœur balance, hésite, puis tranche ou sombre... 

L'entre-deux, quand il sépare les choses, ne revêt jamais, hélas, la même apparence : ici il désigne un gouffre, ailleurs un obstacle... Il relie deux mondes parfois, se définissant alors comme un passage : vision sympathique, voire utile, certes, mais s'agit-il d'un pont solide ou d'une passerelle plus ou moins branlante ?


Soyons sport ! Au basket par exemple, l'entre-deux correspond à une action déterminante puisqu'il départage : l'exception ?



Car lorsqu'il se place sur le fil du temps, il redevient imprécis, reste dans le vague ! D'une durée inappréciable, indéfinie, il répand le doute, et c'est à votre imagination de travailler ! 

Ah !
« La vie est un déchirement entre la naissance et la mort,
la vie est un entre-deux.»
Michel Patin
Ah ?

Soit ! Mais alors... Quel périlleux entre-deux  ! Drôle de manège où se succèdent tant de tristesse...

« La tristesse est un mur élevé entre deux jardins. »

... et temps de bonheur !...

«  Le bonheur, c'est tout ce qui arrive entre deux emmerdements. »

... Tristesse, bonheur, tristesse, bonheur... La vie comme un parcours en montagnes russes... Un tourbillon d'entre-deux à en perdre la tête !


Disons que, chanceux parmi les hommes, l'écrivain tire bien son épingle du jeu.... Même si Fernand Ouellette considère « l'intervalle entre deux livres » comme une « sécheresse », et même si sécheresse rime avec... tristesse !... au moins lorsqu'il se trouve entre deux livres, comme entre deux jardins, le plumitif peut-il profiter de cette position idéale, du haut de son mur, pour observer le monde, collecter images et parfums, avant d'entamer un nouvel ouvrage. Il joue de l'entre-deux, et l'optimise, il emplit de songes les pauses...


Pile

Entre deux lettres
le temps se distend
Entre deux mots
un écart un blanc
le vide

ou Face

Entre deux lettres
pour passer le temps
entre deux mots
pour combler l'espace
le rêve


Les silences sont importants, quand ils restent des entre-deux...

lundi 3 décembre 2012

corazón


En fin de semaine, du 6 au 9 décembre, se déroule à Lyon une nouvelle édition de la Fête des Lumières... En attendant, voici quelques p'tits mots des années passées, parus pour la même belle occasion : artifice (2011), lumignons (2010), lumières (2009), lumière (2008)...

Une des animations au programme cette année consiste en un immense corazón coloré sur la place de la Bourse, une structure palpitante conçue par Agatha Ruiz de la Prada. J'en ai repris le schéma pour un graphisme à ma façon...

vendredi 23 novembre 2012

veinard


J'étais un veinard est un texte que j'ai écrit pour la mognoterie après avoir vu les deux tableaux de Edward Hopper (1882-1967) exposés l'un près de l'autre au MET, Metropolitan Museum of Art, à New York  :

Office in a small city, 1953


Tables for ladies, 1930



Toutes les œuvres de Hopper se prêtent merveilleusement à l'écriture : j'avais déjà évoqué cette mine d'or à l'occasion du p'tit mot rêverie !

samedi 17 novembre 2012

panaché


Fouille d'automne
Repas en cours
Ne pas déranger


Et un panaché s'il vous plaît !


(résident de Washington Square, NY)

dimanche 21 octobre 2012

rêverie

Le temps semble ne pas vouloir défiler ce matin. Depuis qu'elle est descendue de sa chambre, Jane trouve les aiguilles de la pendule très nonchalantes ! Robert est occupé ; il lui a bien fait comprendre, en un geste agacé, qu'il n'a rien à lui donner à faire pour l'instant. Ce client-là, elle l'a reconnu, c'est Monsieur Hopper, un habitant du quartier, dont le patron s'occupe toujours tout seul. Et voilà qu'en saisissant leurs échanges de regards dans le miroir, en percevant dans le même temps les rires des deux hommes, elle éprouve le douloureux sentiment d’être exclue, et surtout oubliée. La nuit dernière ne fut donc importante que pour elle ? Robie - oui, cette nuit elle l'a appelé ainsi, tendrement - n'a-t-il aucun souvenir de leurs caresses ? Aucune émotion à partager avec elle, ne serait-ce que par un frôlement des yeux, après tant de moments délicieux dans la mansarde de l'employée ?

Le soleil se déverse dans la pièce par une lucarne élevée, un rayon frise les onze heures. Jane tourne délibérément le dos au cadran et, ramassant au passage le livre de caisse, tire l’unique chaise jusqu’à la table d’appoint. Elle pousse sur le côté quelques instruments et un bol de rinçage jusqu'à les mettre à portée du coiffeur, en faisant exprès un peu de bruit... Mais lui ne tourne même pas la tête... Le registre ouvert, Jane essaie de se concentrer sur les colonnes de chiffres… Quel ennui ! Et cet autre, là, impeccable dans sa veste immaculée, ce sauvage qui ne lui jette pas un regard, qui ne trouve toujours rien à lui dire, qui l’ignore ! L'odeur ambiante de mousse et de shampooing lui répugne soudain ; l'indifférence de Robert lui fait mal. Elle, elle était vraiment sincère…

Entre deux pages, apparaît un crayon oublié, et un papier déchiré sur lequel elle se souvient avoir commencé, il y a quelques jours, une liste de produits pour réapprovisionner leur réserve. Ça la fait presque sourire, ce contraste entre l’ordonnance des nombres sur les belles pages lignées et son écriture à elle, hésitante et baveuse, sur la feuille volante. Le stylo en main - n’est-ce pas Robie d’ailleurs qui lui avait donné ? - elle se prend à griffonner quelques mots au dos de la liste : je pense à toi quand tu me fais du bien, je veux tout te dire, et que tu reviennes la nuit prochaine me déclarer ton amour… Comme elle aime écrire ! Elle prend toujours du plaisir à laisser une mine courir sur du papier, n’importe quel papier. Elle n’en a pas souvent l’occasion et Robert ne peut sans doute imaginer Jane jouer avec des mots et s’essayer à des poèmes ; quel ridicule !

Elle n’entend pas la porte de la boutique ; alors Robert approche et lui pose brutalement la main sur l’épaule pour la faire réagir. Tout va très vite… Elle se redresse, froisse la feuille qu’elle enfonce dans sa poche, avec le crayon. Machinalement, nerveusement, comme pour reprendre contenance, elle pince les deux extrémités du col de sa robe pour en vérifier la tenue. En fermant le grand livre, elle heurte du coude le bol qui glisse et s’éparpille au sol en mille morceaux. Le bruit, son propre affolement, le patron qui la rabroue, le client dont on entend les pas impatients dans le petit escalier… Au diable les pensées de plume et les rêves de flamme, au boulot Jane ! Le temps se précipite et le matin langoureux s’évanouit.

__________

Cette scène a été ébauchée en 2010, au cours d'un atelier d'écriture, à partir du tableau : "The Barber Shop", Edward Hopper, 1931 ... Depuis j'ai retravaillé mon texte et vous en donne ici la dernière version.

L'oeuvre d'Edward Hopper inspire régulièrement des travaux d'écriture. Il s'agit de peupler des décors vides et ordinaires, d'inventer les pensées de figurants solitaires ou d'individus mystérieusement réunis dont les regards sont perdus en songes particuliers, d'inscrire une scène dans le déroulement d'une ou plusieurs vies. Les tableaux d'Edward Hopper se visitent et se revisitent ainsi, à volonté...

A consulter, à lire : 
- l'exposition Edward Hopper, sur le site du Grand Palais
- Edward Hopper raconté par six écrivains, sur le site de L'Express

samedi 13 octobre 2012

Cambriole


La semaine dernière, à l'occasion d'un repérage sur la colline de Fourvière, j'ai suivi une ruelle en pente bordée de vétustes maisonnettes : l'une d'elle a particulièrement attiré mon attention... Et je m'y connais ! Depuis, je viens chaque matin et m'installe sur le banc qui lui fait face. Bonne pioche ! La résidente en ce lieu est une femme âgée qui paraît fort dépendante : je le sais parce que j'ai remarqué les allées et venues de quelques braves dames, certainement des aides-ménagères ou des auxiliaires de vie, qui la visitent à heures fixes. Tout est réglé comme du papier à musique et par exemple, j'ai observé que les employées, lorsqu'elles sortent faire les courses, installent toujours l'invalide derrière la fenêtre d'une pièce donnant sur la rue : sans doute pour qu'elle puisse profiter et se divertir de ce qui se passe dehors. Hélas la voie est peu animée et la pauvre n'a pas l'air d'avoir d'autres occupations, quelle tristesse ! Tout à l'heure, je crois qu'elle m'a vu : la tête un moment tournée vers moi, elle a lentement ajusté ses lunettes et il m'a bien semblé croiser son regard ; puis elle a piqué du nez, sans doute pour un p'tit somme.

Allons, j'y vais. Maintenant. Je traverse la rue, passe la grille d'entrée, traverse l'étroit jardinet, monte les quelques marches du perron et crochète sans peine la serrure de la porte... Je ne crains pas de voir apparaître un clébard, ni même un chat, car je n'ai distingué aucun sachet de nourriture animale dans les provisions quotidiennes. Bien sûr je navigue à mon aise dans la demeure, localise facilement la chambre et déniche le pactole en moins de deux, dans l'armoire, sous une pile de linge brodé : quelques bijoux, peut-être en toc mais c'est toujours ça, on ne sait jamais, et l'argent liquide... En repassant devant la pièce où se trouve parquée ma nouvelle bienfaitrice, je jette un œil et constate qu'elle est toujours profondément endormie. La monture en écaille a glissé sur l'arête de son nez et me paraît en équilibre plutôt instable. Alors je m'approche et me penche, tout doucement, puis, les saisissant délicatement par leurs branches, je soulève lentement les précieuses lunettes ; enfin je les pose dans l'étui que la vieille a gardé ouvert sur le plaid recouvrant ses cuisses. Je suis un voyou, certes, mais ce genre de situation m'attendrit toujours... On ne se refait pas !

jeudi 20 septembre 2012

choix

Choix est un texte que j'ai composé pour la mognoterie. Il y est question du choix d'un livre mais aussi d'une question plus délicate... Que diriez-vous si l'on vous proposait une vie éternelle garantie, plutôt que mourir ?

Cette contribution me permet de vous faire partager un récent plaisir de lecture, un roman intitulé Les oubliés de la lande, écrit par Fabienne Juhel et publié dans la collection La Brune, aux éditions du Rouergue

La librairie évoquée dans mon texte est la Librairie du Tramway...

***

En période de rentrée, il est toujours difficile de choisir un livre parmi toutes les nouveautés ! Pour me faciliter la tâche, je me rends alors dans une librairie voisine que j'affectionne particulièrement, où l'on circule à l'aise, au clair et au calme. Et je rôde un moment entre les tables... Les ouvrages qui m'attirent, grâce au nom de leur auteur, ou par leur titre, leur couverture, je les touche, les soupèse, les tourne, les ouvre, les feuillette, les repose. Et j'arrive toujours à me décider, rarement déçue quand je m'accorde le temps de regarder et d'écouter ; car j'ai aussi l'oreille qui traîne, curieuse, et quand il y a un peu de monde je cherche à saisir quelques commentaires alentour. Aujourd'hui j'entends par exemple qu'on s'est régalé avec « Les oubliés de la lande »... Alors je me rapproche de la pile... Pas mal le titre : d'emblée mystérieux et prometteur ! La présentation est sobre, dans une collection joliment nommée La Brune, au éditions du Rouergue. Fabienne Juhel, l'auteur, est bretonne, ce qui constitue, à mon sens, un intérêt supplémentaire. Il s'agit de son cinquième roman, mais je ne la connais pas... pas encore ! Il me tarde soudain d'entrer dans son univers... Je prends !

Dès les premières pages, on comprend que « Les oubliés de la lande » désignent les habitants d'un village invisible et sans nom, des résidents libres sur un territoire situé quelque part, là-bas, vers l'ouest, derrière les « Mamelons de la Vierge »... Les gens qui ont atteint cette contrée y ont trouvé refuge suite à des événements divers, certains même pour des raisons méprisables, mais tous étaient guidés par l'angoisse d'une mort prochaine. Ici, au moins, ils savent ne pas risquer d'être rattrapés par l'Ankou ; ici, une sorte de charme empêche la Grande Faucheuse d'œuvrer à son aise ; ici, ils sont persuadés qu'ils ont enfin « semé la Camarde ». La Mort y est neutralisée !

Dans ce « no death's land », la vie est faite de patience et, éternité oblige, d'ennui et de répétition ; alors évidemment il y en a qui décident parfois de repartir, laissant la place à d'autres. Ceux qui restent - Jos le cantonnier, Edern l'idiot, Zora la couturière, le couple formé par Régis et Yvon..., vingt-huit personnes en tout pour l'instant - obéissent à des règles strictes, sous l'ordonnance pointilleuse d'un maire nommé Jason. Ils se montrent cependant fort sensibles à certains signes et ne manquent jamais de les interpréter : un nombre au fond de leur verre, le passage d'une étoile filante, le chant d'un rouge-gorge... Justement, que vont-ils penser de Tom, huit ans pour toujours, qui vient d'apercevoir, au-delà des Portes, le corps d'un inconnu ? Que vont-ils penser du petit homme qui découvre aussi, à l'occasion de promenades buissonnières, plusieurs animaux crucifiés ? Les gens du village ne finiront-ils pas par considérer l'enfant comme un oiseau de malheur annonçant la fin de leur privilège ? Pour sauvegarder l'endroit, pour y garder sa place, Tom se livre alors à une enquête, il joue au détective, à la recherche d'une explication et peut-être - horreur ! - d'un meurtrier, rôdeur ou infiltré, amateur de trophées...

Ce récit pétillant me surprend, me ravit. Comment le définir ? Légende, fantastique, suspense, humour, poésie, réflexion, il y a toutes les couleurs, pour tous les goûts. Une intrigue se noue et se dénoue dans ce monde étrange et pourtant familier, parmi des humains somme toute presque ordinaires... Fabienne Juhel en propose des portraits typés qui nous les rendent proches, attachants ou répugnants selon leurs failles, leurs secrets, leurs violences. On sent aussi dans toutes ses descriptions une profonde tendresse pour les animaux, un grand amour de la nature, la fine perception des odeurs et des bruits.

La composition en courts chapitres donne du rythme à l'ensemble : difficile de suspendre sa lecture ! Je viens à peine de terminer mon livre et je n'ai qu'une hâte : le reprendre du début, repérer les détails que j'ai certainement survolés et négligés, qui me paraîtront désormais évidents ; j'ai envie de goûter à nouveau l'aventure et sans doute serai-je tentée de me reposer quelques questions... Et si... Au cas où... Est-ce que j'aimerais, moi, habiter ce village ? Si je savais où il se trouve, est-ce que je partirai sur la route, en quête du « no death's land » ? Ça me plairait-il de garder mon âge, le même pour toujours ? Est-ce que je préférerais la Mort ou l'Éternité ? Si j'avais le choix ?

Voilà qui mérite cogitation... Quoi qu'il en soit, je n'oublierai pas de sitôt ce livre sur mon étagère ; j'ai très envie d'en partager le plaisir, les émotions, et vais donc sans tarder le faire circuler dans mon entourage, parmi quelques amateurs de mots et de contes, tout comme moi simples mortels - pour l'instant !

lundi 17 septembre 2012

recyclage

J'ai pris cette photo hier le long des berges du Rhône : hélas, une bonne idée déco pour agrémenter le fond de vos bassins aquatiques et recycler vos vieilles bécanes !


vendredi 7 septembre 2012

épistolier

ultime bafouille d'un épistolier... en série...

J'ai toujours aimé écrire, d'aussi loin qu'il me souvienne... Écrire des lettres me passionne, qu'il s'agisse d'exercice graphique ou de correspondance, de tracé ou de rédaction, et je m'efforce que chaque composition soit agréable à lire en même temps que bien présentée. Enfant, je privilégiais la plume et m'appliquais beaucoup, aux pleins et aux déliés ; adolescent, je variais la couleur de l'encre selon le destinataire. J'écrivais consciencieusement à tous mes parents ou amis lorsqu'ils s'éloignaient, je voulais les assurer que je pensais à eux, que j'espérais garder le contact ou attendais leur retour... J'ai aussi toujours voulu dire : « J'existe », montrer par mes écrits le meilleur de moi-même et convaincre de ma fidélité. J'étais fier de mon trait et, lorsque j'atteins l'âge adulte, je tâchais aussi de soigner ma prose : je faisais honneur à tous ces gens en veillant à ce que chaque lettre soit considérée comme une œuvre ! C'était MON œuvre, à leur intention...

Mais je m'égare... Venons-en aux faits !

Voyez-vous, j'ai fini par trouver que mes correspondants ne manifestaient pas suffisamment leur admiration et quand mon besoin de reconnaissance est devenu trop fort, j'ai eu l'idée de faire bénéficier plus de monde de mon talent épistolaire. J'ai décidé d'élaborer un projet personnel de grande envergure combinant l'action et l'écriture !

Vous ajouterez cette missive au lot que vous possédez déjà de ma composition, à tous ces messages que vous avez reçus régulièrement depuis le début de... l'Affaire... et que les journaux se sont évidemment empressés de publier – ce qui me convenait parfaitement d'ailleurs. Ne reconnaissez-vous pas la patte de mon génie, diabolique et sensationnel ?

N'ai-je pas procédé de manière élégante en commettant si proprement mes courriers ? Découper, coller, cette méthode prisée par les corbeaux vulgaires aurait été non seulement banale mais trop sale, le meilleur moyen de laisser des empreintes et de me trahir trop vite. Non, au lieu de cela, je prenais soin à chaque fois d'enfiler des gants, très fins, puis de vous concocter une lettre à partir du traitement de texte d'un ordinateur public, jamais le même PC ! Je racontais en triant soigneusement les détails, en saupoudrant mes exposés d'une pincée d'humour et n'économisant jamais les politesses... Il ne me restait plus ensuite qu'à enregistrer mon récit sur une clé pour le faire imprimer quelque part. Jamais la même clé, jamais la même boutique, évidemment...

Convenez-en : je vous ai permis d'exercer vos capacités intellectuelles jusqu'alors sous-employées, non ? Je me suis bien amusé à vous donner des indices petit à petit, à élaborer pour vous un jeu de piste, à vous imaginer en train de résoudre les problèmes soumis par mes envois anonymes. Je vous ai mis à l'épreuve... Et moi, parallèlement, je construisais chacun de mes crimes ; l'intérêt essentiel était d'en travailler ensuite consciencieusement le compte-rendu, pour vous mais aussi pour mon nouveau public, toute cette population à la fois inquiète et si curieuse ! Je me perfectionnais, au fur et à mesure... De plus en plus de cruauté... De plus en plus de style... Il en a quand même fallu une bonne douzaine, de crimes, et donc autant de lettres, avant que je me lasse..

Bien sûr j'obtiendrai perpète ! Ce sera sans regret de ma part. On ne l'accorde pas à n'importe qui. Je suis persuadé que mon procès durera un certain temps et que sa médiatisation me vaudra une immense popularité, juste récompense de louables efforts et couronnement d'une belle entreprise. Les gens adorent qu'on leur offre du suspense et je les ai tenus en haleine pendant de longs mois. Je suis bien certain que l'on tirera de cette Affaire un livre, des films, que sais-je encore ?

Oui, je suis coupable et vais vous laisser me cueillir aujourd'hui, bien gentiment ! Oui Monsieur le Commissaire, pour qu'on se soucie de moi, j'ai tué et écrit, passionnément, en série.

mardi 4 septembre 2012

vélorizontal

De drôles de machines tournaient dimanche dernier, frôlant les 50 km/h, sur le vélodrome du Parc de la Tête d'Or ! S'y déroulait en effet le championnat de France de vélo couché, sur piste. Le public était peu nombreux, composé de familiers mais aussi de promeneurs arrivés là par hasard, d'abord attirés par l'ambiance, chaleureuse et sportive, puis vite convaincus par le spectacle !


Le mot vélorizontal est un mot-valise (vélo - horizontal) ! Il désigne ce type de bicyclette où le conducteur – en l'occurrence un bentrider, pratiquant du bent, ou vélo couché – s'installe non pas sur une selle mais dans un véritable siège, en position quasi allongée, et pose les pieds sur un pédalier situé à l'avant de l'engin.


Épatant, non?

vendredi 17 août 2012

baleine

La reine des baleines est un texte que j'ai écrit pour la mognoterie, une bonne occasion de retrouver Mamie Ginette et son petit-fils, déjà évoqués dans L'idée de Sammy et depuis longtemps présents sur mon p'tit mot  ( libellés : Ginette, Sammy )

«… et on a vu une baleine rose,
enfin seulement la queue qui dépassait de l'eau, 
c'est pas une blague, regarde, j'ai la photo... »
(La reine des baleines)

vendredi 10 août 2012

1900

En ligne aujourd'hui, le sixième et dernier épisode du feuilleton 1900... ma version d'un travail réalisé entre décembre et juin derniers au cours de l'atelier d'écriture animé par Denis Azoulay au Comité du Rhône de la Ligue contre le Cancer.

Au fil des épisodes précédents, vous avez fait la connaissance de plusieurs personnages : Louis le Bordelais et sa femme Yolanda, Alice et son oncle Louis le Lyonnais (dit aussi le Toqué ), Charles et Archibald. Vous avez également croisé Victorine et entendu parler de Camille... Certains se sont retrouvés à Paris, à l'occasion de l'Exposition Universelle et Yolanda organise un dîner pour discuter plus à l'aise. Hélas la conversation au cours de ce repas entraîne des révélations inattendues et une violente dispute. L'un des convives est poignardé la nuit suivante et l'on découvre son corps le lendemain matin. Heureusement l'enquête va être rondement menée...


A lire également sur ce thème 1900 :
- Avant-scène, récit d'une rencontre surprenante sur le trottoir de l'Avenir,
- et le p'tit mot carreaux...
Bonnes lectures !

lundi 6 août 2012

terrarium

C'est au terrarium de Kerdanet, dans les Côtes d'Armor, où je me rends de temps en temps depuis son ouverture en 1989, que l'on peut observer cette superbe mare et quelques-uns de ses habitants, libellules, grenouilles et petits poissons :














Dans les enclos voisins, toujours en extérieur, on aperçoit de nombreuses tortues, de taille respectable..












En fouillant du regard le paysage d'une fosse, on parvient parfois à discerner une vipère à la livrée en zigzag...



Et là, il s'agit d'être silencieux pour ne pas faire s'enfuir la couleuvre...


***

A visiter aussi, le vivarium qui abrite de nombreux reptiles dont ce serpent, libéré un moment pour être photographié, touché...




... ou carrément pris pour que l'amateur - intrépide - en teste la force !





dimanche 5 août 2012

pinasse

Ces photos, souvenirs de vacances, permettent de mieux comprendre ce que désigne le mot pinasse auquel la terminaison confère une allure péjorative sans rapport avec le réel profil ...

Voici deux exemples de pinasses modernes, destinées à la plaisance, que l'on rencontre dans les ports du Bassin d'Arcachon...











... Cette embarcation typique dont le matériau ( à l'origine : du bois de pin des Landes ) et la silhouette ont bien sûr évolué avec le temps, était utilisé autrefois pour la pêche et l'ostréiculture.

***

De nos jours, les ostréiculteurs se faufilent dans les parcs avec leurs chalands ; ces bateaux au fond plat ont un pont dégagé qui facilite le chargement et le déchargement des huîtres.







lundi 9 juillet 2012

abécédaire


L'abécédaire, en tant que contrainte oulipienne, se définit comme « un texte où les initiales des mots successifs suivent l'ordre alphabétique ».

***

Ah ! Bigre ! Coupable drôlesse ! Edouard fulmine, gourmandant Honorine. Il jure, klaxonne, lance méchamment : « Nigaude ! On poursuit qui ? Réponds ! Sûrement ton Ukrainien, Vladimir, wattman xylophoniste, yéyé zarbi !

***

On peut donc imaginer que...

... Honorine, particulièrement attirée par les professionnels des transports, vient de se faire plaquer, il y a quelques instants, en pleine rue, par son amant prénommé Vladimir.

Ce Vladimir, originaire de Kiev, dont le métier est conducteur de tramway, occupe ses loisirs à la pratique musicale : ce curieux mélomane, aux goûts rétros, affectionne particulièrement les percussions.

Après avoir crié : « Au voleur ! », pour ne pas avouer que l'homme en fuite est son amant, et tenter cependant de le rattraper, Honorine convainc son mari, Edouard, lui-même chauffeur de taxi, de pourchasser l'odieux lâcheur.

Edouard obtempère et entame la poursuite du soi-disant pickpocket. Mais, évidemment, il se doute de quelque chose et soupçonne s'être encore une fois laissé berner par son épouse volage...

***

Je pense à un nouvel abécédaire pour livrer le dénouement de ce fait divers, mais patience ! L'exercice requiert énergie, temps, et un état mental adéquat !

mercredi 20 juin 2012

huîtres


"Photographie et justice"

Pourquoi ne pas profiter d'un passage dans le Vieux Lyon, d'ici le 2 septembre, pour entrer dans les musées Gadagne et découvrir, au cœur des salles consacrées à l'Histoire de la ville, d'impressionnantes photographies de Delphine Balley. Cette exposition est organisée, entre autres événements, à l'occasion de l'achèvement de la rénovation du Palais de Justice.

Les six œuvres de l'artiste lyonnaise, curieusement intégrées dans le parcours permanent, montrent des scènes d'intérieur mêlant le réel ordinaire et le fantastique. Elles sont accompagnées, chacune, d'une « histoire » plutôt sordide, à l'allure de fait divers, imaginée et racontée par Frédéric Doyez, avocat pénaliste. Pour exemple, écoutez donc le récit concocté à propos de la composition intitulée Huîtres.

Venu pour admirer les objets et documents de collection recomposant le passé et l'évolution de notre ville, le visiteur jugera peut-être incongrue et provocante la présence de ces tableaux. Cependant, il y a de fortes chances qu'il se laisse surprendre et gagner par un élan de curiosité...

Il est ensuite facile de retrouver, sur internet, d'autres exemples du travail original de Delphine Balley. Ses photographies me semblent constituer des supports insolites exceptionnels pour l'inspiration, l'écriture, la création de scénarios... Elles me donnent fortement envie de prendre la plume pour la tremper dans l'étrange...

lundi 18 juin 2012

goutte

Trop-plein et Vivant ! sont des textes courts, écrits pour la mognoterie autour du mot goutte obligatoire...

Trop-plein



Temps lourd,
Sein gonflé
Ou grosse envie,

La première goutte est exquise !


Vivant !



La route longe le bord de mer, sinueuse. A droite, une pente broussailleuse se termine en rochers abrupts qui se fondent dans l'océan. Celui-là on ne le voit ni ne l'entend car il fait nuit et il pleut. La chaussée est glissante. Le conducteur rentre chez lui ; il est parfaitement éveillé... Il perd cependant le contrôle de sa voiture qui franchit le talus et se renverse dans les ronces. La ceinture n'est pas obligatoire dans les années 60 et l'homme est éjecté à proximité. L'alerte est donnée rapidement ; la victime transportée à l'hôpital reste dans le coma plusieurs jours. Quand il se réveille enfin, il demande des nouvelles du jeune auto-stoppeur embarqué à la sortie du bourg... Stupeur ! Rien n'indiquait la présence d'un passager, aucune recherche n'a été entamée. On retrouve l'adolescent immobilisé au fond d'un buisson, en contrebas, sur le dos, VIVANT : sa bouche légèrement ouverte a gobé des bouts de feuilles et surtout, chaque matin, des gouttes de rosée...

mercredi 13 juin 2012

papaline


Pendant ce dernier week-end passé en Avignon, je l'ai bien cherchée la papaline, si prometteuse de douceur, annoncée toute en chocolat et parfumée à la liqueur d'origan... Je l'ai traquée sur les cartes de desserts et dans les vitrines des confiseurs. Hélas, sans succès... Je n'ai pu me régaler que du joli nom !

Ces deux jours furent cependant une délicieuse récréation, occupée à arpenter les ruelles et les places de la "Cité des Papes", à découvrir son palais et son fameux pont...





mardi 29 mai 2012

perle


La perle du Dragon est un texte que j'ai écrit dans le cadre de la mognoterie. J'ai choisi d'écrire ce conte après avoir découvert la légende du bouvier et de la tisserande et j'y ai mêlé les animaux de l'horoscope chinois ainsi que d'autres détails... !

La perle du Dragon


1

Ce matin, une audience extraordinaire présidée par l'Empereur de Jade va se dérouler dans la grande salle du Palais Céleste. Le Maître est déjà installé sur son trône monumental capitonné : contemplez les extrémités finement lissées de sa moustache, la toque écarlate délicatement posée sur le sommet de son crâne, les tissus or, rouge et vert, qui dissimulent les formes pleines de son corps. Il a convoqué aujourd'hui le Conseil des Douze, composé des Ministres de Terre, pour débattre au sujet d'une plainte formulée par l'un d'eux à l'encontre d'un autre. L'affaire promet d'être compliquée...

A l'heure dite, le Portier Vénérable ouvre ses portes et dix délégués gagnent leur place habituelle : voici le Rat au portefeuille gonflé arrimé à la ceinture, le Lapin au regard doux et au pelage appelant la caresse, le Serpent orné de ses plus beaux bijoux, le Coq jouant de la crête et du jabot, le Chien assis sur son arrière-train, modèle de patience, le Singe qui mâchonne et gigote, le Cheval naturellement élégant et fier, le Tigre musculeux piétinant d'impatience, la Chèvre, calme et parée de son plus simple collier, et puis le Porc à la robe toilettée pour la circonstance...

Le Bœuf cette fois se poste à la barre réservée en temps normal au plaignant ; derrière lui se serrent trois humains, un grand, d'allure rustique, et deux plus petits, impressionnés.

Face à ce groupe, le Dragon amaigri, au teint vitreux, l'épine dorsale avachie, les griffes émoussées, enfourche péniblement un inconfortable siège d'appoint ; il retient visiblement ses crachats et sa colère. Entre deux ailes dépouillées, il s'efforce de coincer un drôle d'objet : on dirait une cage recouverte d'un grossier drap noir.

– Alors Bœuf, exposez-nous les faits qui m'obligent à me lever si tôt !

– Majesté, Seigneur du Ciel, Souverain tout-puissant, notre Maître Bienveillant, j'en appelle à votre justice et à votre bonté... Je ne suis qu'un pauvre Bœuf, dévoué, à votre service mais aussi redevable envers cet homme ici présent, respectable vacher de profession, qui fut le mari de la plus charmante de vos fées célestes. Il eut avec elle ces deux magnifiques garçons courageux qui nous accompagnent. Vous vous souvenez que votre épouse, furieuse de cette union entre une fée et un simple mortel, traça, grâce à son épingle à cheveux, une profonde rivière pour séparer à jamais les amants, et qu'elle condamna la petite à tisser les heures, seule, de son côté, pour l'éternité...

– Certes ! Et j'avais adouci la peine en autorisant les Pies, une fois par an, à voler ensemble pour former un pont au-dessus de cette rivière, et permettre ainsi aux deux amoureux de se rejoindre, le temps d'une nuit. J'agis toujours avec compréhension et sagesse !

– Exactement, Votre Aimable Majesté ! Or voyez-vous, cette année, les Pies ne pourront accomplir leur bienfait car le Dragon, notre actuel Premier Ministre, à la tâche pour ces douze mois, les a capturées ! S'il vous plaît, écoutez ces humains que j'escorte et qui vous sollicitent. N'est-ce pas inimaginable que vos ordres ne soient pas respectés, que le couple soit privé d'une nuit d'amour et que notre princesse fée ne puisse serrer ses enfants dans ses bras ? A cause de lui !

Et le Bœuf désigne de ses cornes pointues le Dragon nerveux qui lâche en postillonnant :

– Seigneur Dieu, regardez mon allure ; les Pies ont volé ma perle ! Tout le monde sait que cette perle me confère prestance et pouvoir : sans perle je ne suis rien. C'est cela qui est inadmissible ! Comment dans ces conditions honorer mon ministère ?

– Et que disent donc nos Pies ? demande en soupirant l'Empereur de Jade. Où sont-elles ?

Le Dragon soulève la sombre couverture ; les Pies effrayées se blottissent au fond de la cage, se serrent les unes contre les autres. On ne voit plus qu'un amas de plumes emmêlées.

– Les voilà, ces voleuses ! s'exclame le Dragon dégoûté.

– Du calme ! Laissez-les s'exprimer !

Le nœud de Pies se défait et les prisonnières se mettent à jacasser dans une insupportable cacophonie.

– N'y a-t-il point de porte-parole parmi vous, demoiselles pipelettes ? tonne l'Empereur.

– Si fait, Majesté, répond l'une d'elles en avançant le bec entre deux barreaux. Quel malheur ! Nous n'avons pas dérobé cette perle ! Ce lourdaud l'a bêtement perdue, en bâillant figurez-vous ! Il nous a juste aperçues alentour et prétextant notre réputation, voilà qu'il nous déclare coupables de larcin !

L'Empereur réfléchit. Nul n'ose rompre le silence. Enfin, il reprend :

– Bien, résumons ! Pour que tout rentre dans l'ordre, il suffit de récupérer cette perle ! Il s'agit donc de savoir qui a bien pu la ramasser, et si ce ne sont pas les Pies...

– Ce sont elles ! souffle le Dragon. Ces peureuses avoueront sous la torture, vous verrez !

– Taisez-vous, impudent ! Pas de violence ! Je préfère le discours. Mesdemoiselles Pies, je vous entends clamer votre innocence, mais avez-vous une idée de celui ou celle qui laisse le Dragon vous accuser ici ?

2


Les Pies jasent un moment puis leur porte-parole suggère prudemment :

– Eh bien Majesté... C'est-à-dire... Au moment où cette créature, ce Dragon, entamait une sieste, nous avons bien cru apercevoir sur Terre une ombre... peut-être l'un de vos ministres... sans doute celui-ci... le grippe-sou..., dit l'oiselle en désignant le Rat.

Furieux, le Rat se dresse vivement sur ses petites pattes et s'indigne :

– Seigneur ! Dieu du Ciel ! Qu'aurais-je fait d'une perle ? Je n'aime que les espèces sonnantes et trébuchantes. N'était-ce pas plutôt le Chat, ce fourbe qui envoie aujourd'hui un vulgaire suppléant ? dit-il en désignant le Lapin.

Le Lapin se retrouve en trois ressorts aux pieds du trône :

– Seigneur ! Dieu du Ciel ! Qu'aurions-nous fait, Compère Chat et moi-même, d'une perle ? Nous aspirons au calme et à l'oisiveté, pourquoi donc nous encombrer ? N'était-ce pas plutôt ce bellâtre ? dit-il en désignant le Serpent.

Le Serpent ondule jusqu'au bord des babouches de l'Empereur, hausse le cou et minaude :

– Seigneur ! Dieu du Ciel ! Qu'aurais-je fait d'une perle ? Je ne vois pas l'intérêt d'un bijou si je ne peux l'exhiber en public ! N'était-ce pas plutôt cet agitateur ? dit-il en désignant le Coq.

Le Coq irrité bat bruyamment des ailes et réplique en chantant à percer les oreilles :

– Seigneur ! Dieu du Ciel ! Qu'aurais-je fait d'une perle ? J'aime ce qui brille mais sans combat pour l'obtenir, ça ne vaut pas le coup ! N'était-ce pas plutôt ce pantouflard ? dit-il en désignant le Chien.

Le Chien, imperturbable, prend le temps de se dépoussiérer les oreilles et jappe posément :

– Seigneur ! Dieu du Ciel ! Qu'aurais-je fait d'une perle ? J'aurais risqué d'être banni et qu'on ne m'aime plus ? N'était-ce pas plutôt cet acrobate ? dit-il en désignant le Singe.

Le Singe se trémousse et gesticule et piaille devant l'assemblée :

– Seigneur ! Dieu du Ciel ! Qu'aurais-je fait d'une perle ? Si ce n'est pas le résultat d'une compétition sportive je n'en vois vraiment pas l'intérêt ! N'était-ce pas plutôt ce frimeur ? dit-il en désignant le Cheval.

Le Cheval reste campé sur ses solides pattes ; il retrousse involontairement les babines et concède quelques brefs hennissements :

– Seigneur ! Dieu du Ciel ! Qu'aurais-je fait d'une perle ? Je n'ai rien besoin d'acheter puisque je possède le plus beau trésor, la liberté ! N'était-ce pas plutôt ce prédateur ? dit-il en désignant le Tigre.

Le Tigre, d'une démarche chaloupée, fait le tour de la salle et se campe devant l'Empereur :

– Seigneur ! Dieu du Ciel ! Qu'aurais-je fait d'une perle ? Je suis parfaitement apte à convaincre de ma force le peuple des montagnes sans user d'artifice. N'était-ce pas plutôt cette écervelée ? dit-il en désignant la Chèvre.

La Chèvre en tremble de la barbichette et bêle faiblement :

– Seigneur ! Dieu du Ciel ! Qu'aurais-je fait d'une perle ? Ajoutée à mon collier, elle me rendrait encore plus vulnérable ! N'était-ce pas plutôt ce goret ? dit-elle en désignant le Porc.

Le Porc, dodelinant de la panse entre ses courtes cuisses, grogne de dégoût :

– Seigneur ! Dieu du Ciel ! Qu'aurais-je fait d'une perle ? Moi si solitaire, à quoi me servirait cette chose même pas comestible ? Si le Dragon est sot et les Pies bigleuses, qu'y pouvons-nous ? Et Monsieur le Bœuf va-t-il arrêter de nous ennuyer avec ce qui n'est, après tout, que... bagatelle ?

Le Bœuf, vexé, s'apprête à charger et met en branle sa lourde carcasse, mais le plus jeune gamin du vacher le retient... L'enfant a osé un pas ; il passe un bras autour du cou de l'animal, comme pour l'apaiser, et tend l'autre, poing fermé, en direction de l'Empereur, sollicitant timidement l'attention :

– S'il vous plaît...

Puis il ouvre lentement la main ; au creux de sa paume brille la plus belle perle que nul n'ait jamais vu, un bijou étincelant, opaque et lisse... Une rumeur parcourt l'assistance ; l'Empereur écarquille les yeux.

– Monsieur le Dragon a bien fait tomber ceci avant de s'assoupir sur le flanc de la vallée... J'ai vu la perle atterrir et rouler dans le trou où mon frère et moi conservons nos billes... Je l'ai prise dans ma poche, elle était si belle, j'avais envie de la garder pour moi tout seul ! Je ne savais pas qu'elle était si précieuse ! Mais j'ai bien compris : si je veux revoir Maman, je dois la rendre...

Le garçon remet alors le joyau à son ami le Bœuf qui le passe au Porc, et tous les autres font la chaîne : la Chèvre, le Tigre, le Cheval, le Singe, le Chien, le Coq, le Serpent, le Lapin et le Rat... Enfin la perle parvient à l'Empereur qui la dépose lui-même sur la langue du Dragon ému et soulagé...

La séance est levée... Le Dragon libère les Pies, qui s'égaillent aussitôt et sillonnent la voûte... Ainsi le pont de leurs ailes permettra bientôt qu'une famille soit traditionnellement réunie... Et surtout, cette année, la fée tisserande et le vacher pourront encore s'aimer, une nuit entière.

mardi 15 mai 2012

corbeaux


En parcourant les ruelles du quartier Saint-Georges, dans le Vieux Lyon, à l'occasion d'une chasse aux enseignes - activité qui oblige évidemment à lever les yeux - je me suis arrêtée devant le 18 rue du Doyenné...

Profitant de l'exceptionnelle lumière en cette parenthèse ensoleillée de mai, j'ai photographié la façade à la fois simple et intéressante : on y remarque en effet, sous l'étage des mansardes, d'originales "consoles". Il s'agit d'oeillets saillants en pierre et percés de trous que l'on nomme aussi "corbeaux"...
















En architecture, les consoles désignent ces pièces qui, parfois ouvragées, servent sur l'extérieur d'un bâtiment à présenter des éléments  artistiques ou décoratifs ; souvent en forme de S, elles soutiennent aussi un balcon ou consolident une avancée.

Les corbeaux, eux, soulagent la portée d'une poutre. Ici, en haut de cette bâtisse, ils avaient une fonction liée à l'ancienne activité textile du lieu : ils supportaient une sorte de tringle, une traverse en bois, sur laquelle le teinturier suspendaient ses étoffes. Il s'agissait ainsi de les déployer afin qu'elles puissent sécher...

Ces "corbeaux" sont à l'origine d'un autre mot fréquemment utilisé pour décrire la position d'une construction en saillie sur le plan vertical d'un mur : on parle ainsi, par exemple, de tourelle, de corniche ou de galerie en encorbellement.

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Photo ajoutée le 1er juillet 2012 : corbeaux sur la façade 20 rue du bœuf, dans le quartier Saint-Jean à Lyon...