lundi 16 janvier 2012

explication

Une explication qui me botte... fantaisie buissonnière à l'attention de mes compagnes et compagnons du fil de l'écriture !

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« Mon brusque départ a dû vous surprendre. Je m’en excuse et ne le regrette pas. »

Je vous dois quelques explications, j'en conviens, votre indignation est légitime. Quand on s'engage dans un travail d'équipe, il convient de remplir sa part du contrat. En l'occurrence j'espère que vous me comprendrez.

Nous avions choisi ensemble cette date, c'est vrai, le jeudi 12 janvier, pour une nouvelle rencontre... J'aurais dû prévoir ! J'aurais dû imaginer que la veille serait forcément une journée compliquée, harassante, chargée en investigations plus ou moins définies, et que j'éprouverais l'irrépressible envie, le besoin vital, de poursuivre celles-ci au cours du lendemain. Effectivement, à l'aube du mercredi 11, j'entamai une quête qui n'aboutit pas ; l'ambiance est toujours fiévreuse un jour pareil, on gaspille souvent beaucoup d'énergie pour rien. Bien que fourbue, je ne dormis pas la nuit suivante, préoccupée par mon échec. Le jeudi matin je me levai d'humeur exécrable, en proie à un cruel dilemme. Repartir en balade et farfouiller, ici et là, pour dégoter la perle rare, m'obligerait à inventer un prétexte sérieux justifiant mon absence à la réunion du fil. Par ailleurs, me rendre rue du Plat, où elle avait lieu, signifiait abandonner tout espoir de trouver chaussure à mon pied...

Au désespoir, je téléphonai à une amie de bon conseil qui me proposa la solution suivante : je lui expliquerais et décrirais exactement ce que je souhaitais, elle prospecterait pour moi dans les endroits que je lui indiquerais et me préviendrait dès lors qu'elle aurait mis la main sur l'exact objet de ma convoitise. Affaire conclue !

J'étais à l'heure pour notre atelier, comme vous avez pu le constater, cela au moins vous ne pouvez me le reprocher. Ayant posé mon portable, réglé sur vibreur, près de mon bloc de feuilles, à portée de main, d'œil et d'oreille, je ne pouvais cependant pas me concentrer sur la contrainte du jour ni me montrer attentive. Quand le texto libérateur s'est annoncé puis affiché, j'avoue n'avoir pas même réfléchi au fait que vous puissiez vous étonner, vous inquiéter, vous vexer. J'étais toute entière dans mon impatience, dans une urgence très ciblée et très personnelle. Je vous ai faussé compagnie, j'ai mis les bouts, pris le large, je m'suis tirée des flûtes en quatrième vitesse, débinée, enfuie. Circulez y'a rien à voir !

De cela donc je m'excuse ! Et voyez-vous, je ne le regrette vraiment pas ! Car me rendant chez André, rue de la Ré, adresse enregistrée grâce au message reçu, en ce lendemain du premier jour des soldes d'hiver, j'y retrouvai ma complice de shopping en train de monter la garde auprès de LA paire de cuissardes essentielles, unique pointure 37 restante, super élégante et sexy, en nubuck doublé de fourrure, que j'avais repérée en début de saison sous une autre enseigne et dont le modèle depuis m'obsédait : - 50% ça valait le coup non ?

Franchement, à cette période-là, on ne devrait rien programmer qui risque de vous faire rater les bonnes affaires.

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(incipit issu de "Climats", d'André Maurois)

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