samedi 25 février 2012

girafe



Pour faire le portrait
d'une girafe
pas besoin de la peindre
Autant la peigner

Quant à Zarafa
suffit
d'savoir
qu'elle
voyagea
beaucoup
traversa
le désert
et la mer
Puis elle
marcha
jusqu'à
Paris
C'était
une
jolie
girafe
au
long
cours


( L'histoire de Zarafa est aujourd'hui adaptée au cinéma, elle fut un cadeau "diplomatique" fait en 1826 par le vice-roi d'Egypte Méhémet Ali au roi de France Charles X.)

dimanche 19 février 2012

carreaux

Avant scène


Paris, 1900

Georges aime observer les gens, il s'en nourrit, retient leurs silhouettes, note leurs démarches, écoute leurs conversations. L'Exposition Universelle, en drainant une foule hétéroclite où se côtoient les plus honnêtes et les gredins, tous enivrés de Belle Époque, représente une véritable aubaine pour son inspiration...

En parlant de beautés, justement, Georges vient de repérer une charmante dame : elle emprunte là, devant lui, la rampe qui grimpe en pente douce vers la rue de l'Avenir, à la station Invalides. Elle fait quelques pas sur le plancher fixe de la passerelle puis s'engage sur le trottoir mobile le plus lent. La vision est intéressante, d'une élégance simple... Un canotier sans fioritures repose sur une opulente chevelure blonde ramenée en chignons. Elle ne porte pas de cape sur son chemisier haut fermé, orné de dentelle peu ouvragée, les épaules à peine bouffantes. Le minois ne manque pas d'attrait. Dommage de ne pas encore distinguer la couleur des yeux : noisette ? La ceinture serrée autour d'une taille fine met en valeur la poitrine raisonnablement évidente. La jupe longue, classique, accorde ses vagues sur les pas de la jeune femme et laisse entrevoir d'étroites bottines lacées. « Mmm, la jambe doit être fine ! » se dit-il en finissant d'allumer une cigarette.

Elle entreprend de sauter sur la plateforme rapide, mais elle hésite encore, gracieusement craintive, ne sachant comment faire pour ne perdre ni gants ni ombrelle. Georges se risque sans problème sur le plus large tapis roulant et, arrivant à sa hauteur, lui propose sa main, qu'elle saisit...

« Merci Monsieur... »

Elle s'apprête à filer mais il la retient fermement, ce dont elle s'agace. Elle répète : « Merci ! » en lui lançant un regard sévère, déterminé, noisette effectivement. On dirait qu'elle le jauge : costume très ordinaire, pantalon banal à carreaux, gilet boutonné maladroitement sur une chemise blanche juste propre, col cassé sur une cravate grossièrement nouée... La moustache est fière, sinon rien d'affriolant !

« Je vous en prie, Mademoiselle, excusez-moi, c'est que... Je voulais vous aider, c'est tout... », s'excuse-t-il en grognant et lâchant prise.

« Oh j'y serais parvenue, de toute façon !
– Je n'en doute pas... Vous ne voulez pas profiter avec moi du spectacle ? Voilà les pavillons étrangers...
– Non, sans façon, je ne suis pas là pour ça... »

La voix se perd dans le brouhaha du train électrique qui passe sur le viaduc parallèle. Tournant la tête vers le bonhomme, elle s'amuse de le voir saluer les passagers qui les croisent. Elle ne le trouve pas très beau, ni séduisant, plutôt l'allure étrange, à la fois l'air sérieux et l'œil pétillant. Ils sont côte à côte et se laissent porter par le déroulement du trottoir ; elle ouvre son ombrelle et lui, tapotant négligemment ce qui lui reste de cigarette, balance quelques cendres par-dessus la balustrade :

« Alors adieu mademoiselle !
– Faustine.
– Pardon ?
– Mademoiselle Faustine !
– Ah ! Eh bien Faustine, vous ne devriez pas faire la fine bouche lorsqu'on vous accorde un peu d'intérêt !
– Quel goujat !
– Si je peux me permettre, vous diffusez un certain... charme... Un mari ne vous laisserait pas vous promener seule dans cette foule disons compacte. J'en déduis que vous êtes célibataire. Mais croyez-moi, les années passent, ne gâchez pas les occasions ! Vous voyez ce que je veux dire ?
– Monsieur, je suis en service commandé ! Sinon...
– En service commandé ? Vous m'intriguez ! Venez, marchons, j'en ai assez qu'on nous bouscule. Et expliquez-moi ça.
– J'enquête, Monsieur, pour le compte de mon employeur...
– Le bienheureux !
– Il est riverain de cette rue... suspendue, et les nombreux passants lui donnent souci !
– Certes, Paris est très fréquenté en ce moment, ne parle-t-on pas déjà de millions de visiteurs ?
– Mon patron se plaint qu'ils l'espionnent à travers ses fenêtres !
– Et ?
– Pour lui c'est un attentat...
– Comme vous y allez !
– … à la vie privée ! Voyez, nous abordons justement notre avenue, celle de la Bourdonnais : regardez cet immeuble, nous sommes au niveau du premier étage ! Alors que remarquez-vous ?
– Beaucoup de carreaux si sales qu'on ne peut voir à travers ! Les nobles du lieu payent-ils leurs bonnes pour faire autre chose que leurs vitres ? Oh, pardon !
– Tenez là-bas c'est ouvert, distinguez-vous ce qui se passe à l'intérieur ?
– Tout à fait bien ! Jusqu'aux moutons qui ont élu domicile sous la méridienne ! Allons je vous taquine !
– Hélas, quel drame ! On y voit si clair, en effet...
– Ahah ! Quelle affaire ! Mais votre personnage n'a qu'à montrer son derrière à ceux qui l'importunent ! Je me demande d'ailleurs ce qui se passerait si... si par hasard il osait se venger ainsi ! Vous me donnez une idée ma belle, et je vous l'exposerais bien tout en dégustant quelque breuvage qui nous rincerait le gosier ? Qu'en pensez-vous ?
– Je ne sais pas...
– Laissez-vous faire que diable ! Je suis écrivain et vous allez m'aider, nous allons ensemble imaginer quelque scène...
– D'abord dites-moi votre nom Monsieur !

– Eh bien, avant de prendre plume, chère demoiselle, je n'étais que Moineau... Mmm, je vois que cela vous amuse... Mais désormais je me fais appeler Courteline, Georges Courteline !

***

Avant scène est un texte que j'ai écrit pour la mognoterie. J'ai situé cette rencontre en 1900, pendant l'été ou au début de l'automne, alors que l'Exposition Universelle, ouverte depuis la mi-avril, bat son plein. Pourquoi cette période ? Eh bien je baigne en fait dans l'atmosphère Belle Epoque, depuis plusieurs semaines, pour les besoins d'un projet lancé par Denis Azoulay dans le cadre de ses ateliers d'écriture. Difficile d'émerger.

Les recherches s'avèrent réellement passionnantes. Ma promenade documentaire sur internet, autour de l'Exposition, m'a notamment permis d'observer le tracé de la Rue de l'Avenir : s'y rapportant, j'ai visionné par hasard un petit film épatant, montage de documents tournés par les frères Lumière, puis lu une amusante pièce de théâtre en un acte intitulée L'article 330. Me renseignant sur l'auteur de cette comédie, j'ai ensuite atterri sur une page où l'on évoquait les habitudes de l'écrivain, ses humeurs, son allure et par exemple ses ordinaires pantalons à... carreaux... Ceux-ci ont évidemment retenu mon attention.

Comme nous étions, au moment où j'écrivais, en pleine Saint-Valentin, et même si l'action d'Avant scène ne peut se situer que plus tard dans l'année,  j'ai éprouvé l'envie d'une rencontre "légère", classique, un homme, une femme. Elle se prénommerait, pourquoi pas, Faustine, comme une héroïne de Léviatemps, thriller de Maxime Chattam, dont l'action se déroule également en 1900.

Voilà, je vous ai tout dit ; j'avais envie de partager avec vous, sur mon p'tit mot, les origines d'une saynète totalement fantaisiste, qui prend sûrement ses aises avec l'histoire, mais que j'ai eu plaisir à me représenter !

samedi 4 février 2012

froidure

Je manque de temps pour écrire ; cependant je pense bien à vous, sachez qu'ici...

        Ça
caille,
        et ça souffle -
        Grosse bise !