mercredi 28 mars 2012

Intouchables


Intouchables
sort en DVD, et alors ? A-t-on encore besoin de nous rebattre les oreilles des qualités de ce film, du talent des acteurs... Nous avons déjà été convaincus et tout n'a-t-il pas été déjà dit ?

Moi je voudrais bien qu'on donne un coup de pouce à Hasta la vista, de Geoffrey Enthoven, sorti discrètement début mars. C'est aussi un film émouvant, sympathique, et drôle ; on y parle aussi de handicap, de solidarité, de projet ; on y voit aussi un accompagnateur formidable. Le film est encore cette semaine au programme de quelques salles, n'hésitez pas !

dimanche 18 mars 2012

tsunami

Le resto de Narihiro


Quelques semaines après
après la grande vague
à Kesenumma
devant le restaurant de Narihiro
des pick-ups s'arrêtent
lourds de gravats de pioches
Les hommes font une pause
dans le grand ballet
du déblayage
qui dure
qui dure
Ils viennent manger
et déposent des choses
les trouvailles du jour
des objets
rescapés
Narihiro
le chef cuistot
en tient la liste
dans un carnet

Il raconte aux anciens
aux nouveaux
qui lui demandent
qu'il est seul
qu'il a tout perdu
mais il est resté
parce qu'il y a eu un signe
Il raconte
ce quelque chose qui brillait
dans les décombres
Narihiro si fatigué
s'était penché
cassé
avait cueilli prudemment
un couteau
son couteau
à huîtres
Pendant plusieurs jours ils n'avaient pu
approcher
l'étendue dévastée
marécage de douleurs
Ils avaient attendu
éveillés jour et nuit

Narihiro était sans nouvelles
sans espoir
Hideaki
Kosaku
Hiroshi
Sakiko
ses enfants disparus

Plus tard il a reconnu
seulement
Yuriko
et murmuré mon amour
parmi les corps étalés
déchevêtrés démantibulés
dans les carcasses
des bateaux échoués
ici là

le silence

Narihiro raconte
les silhouettes
qui cherchaient des fantômes
avançaient et scrutaient
dans le sang la boue la merde

Narihiro le cuisinier
à genoux
grattant soudain
pleurant
sur des bouts d'enseignes
A cet endroit
c'était chez lui
A travers ses larmes
un éclat
Il a ramassé son couteau
le sien, sûr,
intact
et même celui qu'il préférait

un signe
pas le hasard
non

Il s'est relevé
Il a enfermé le manche dans une paume
son outil
son compagnon
un signe
qu'il fallait continuer
fouiller encore
récupérer
ce qu'on peut
remettre bout à bout
et recommencer
et reconstruire
revivre

C'est pour ça
qu'il est encore là
aujourd'hui
Narihiro rassemble
les gens
les choses
C'est pour ça
qu'il a rouvert
son resto

***

Le resto de Narihiro est un texte que j'ai écrit pour la mognoterie.

De nombreuses émissions étaient consacrées au Japon ces derniers jours, un an après le tsunami géant qui a dévasté le Nord-Est de la plus grande île de Honshu. Un matin j'ai entendu la traduction de quelques paroles d'un habitant de la côte ; je n'ai pas retenu les noms exacts du lieu ni de l'homme mais cet ostréiculteur, ou restaurateur peut-être, racontait avoir retrouvé, au milieu des décombres, un de ses précieux outils personnels de travail, un couteau à huître... Il aurait vu un signe dans cette découverte, le signe qu'il devait rester, que sa place était toujours à cet endroit.

Alors j'ai inventé le personnage de Narihiro, qui collecte les objets et nourrit les hommes, qui unit son énergie à la  force des autres, pour la reconstruction. J'ai imaginé Narihiro, dans un de ces paysages dont on trouve sur internet d'impressionnantes visions avant/après, compilant les objets comme des re-trouvailles.

Et c'est à Kesennuma, dans la préfecture de Miyagi, que j'ai situé finalement le resto de Narihiro.

La semaine passée, on a encore parlé de séisme au large de la côte orientale de la grande île de Honshu...

samedi 17 mars 2012

lettre


J'ai pris l'habitude de participer, chaque année, à la Semaine de la langue française et de la francophonie, en écrivant un texte autour des "dix mots" choisis pour l'occasion.

Voici mes contributions précédentes :
Conjugaison pour demain et demain, en 2009
Remue-méninges et Variante, en 2010
Entre mots, en 2011

Pour 2012, les mots proposés sont : âme, autrement, caractère, chez, confier, histoire, naturel, penchant, songe, transports. Le thème "Dis-moi dix mots qui te racontent" encourage à parler de soi ! J'ai donc composé une lettre pour... vous.

***

          Cher inconnu,

Vous souhaitez que je vous apprenne ce que je suis, et proposez dix mots pour articuler mon portrait... Me mettriez-vous à l'épreuve ? Soit ! Il est bien naturel de vouloir se rendre compte à qui l'on a affaire. Je vous envoie donc le résultat de l'exercice : cet essai, que j'ai voulu sincère, vous donnera, je l'espère, envie d'en savoir plus encore...

Comme vous l'indique mon adresse postale, je vis en ville. J'aime ça : voir du monde, faire partie du mouvement, m'isoler parfois dans la foule et m'y sentir cependant exister. Je suis d'un caractère sociable et m'intègre aisément dans les groupes d'activités ou de loisirs, où qu'ils soient. Tant que je peux sortir de chez moi, ayant la forme et la santé, je ne m'en prive pas. Je sillonne les rues, à pied, et pour les longues courses emprunte les transports en commun, jamais le vélo, par peur, ni la voiture.

Je ne suis pas née citadine pourtant ! J'ai vu le jour dans un village de campagne puis vécu longtemps au bord de l'océan. Certains matins j'éprouve même comme une vague à l'âme... La mer me manque terriblement. Je me réfugie alors dans quelques occupations essentielles : la plupart, cela ne vous étonnera pas, tournent autour de ce penchant que j'ai toujours manifesté pour la langue française et particulièrement pour l'écriture. Mine de rien, c'est fou ce que l'on peut confier par l'intermédiaire d'une plume, d'un crayon, d'un clavier : des détails intimes encombrants, des sentiments, des souffrances, des espoirs. Serai-je capable un jour de construire un roman, de tirer les fils d'une longue et belle histoire ? J'y songe, de plus en plus souvent !

Que puis-je encore ajouter ? Aurais-je dû m'y prendre autrement pour composer cette lettre, insister sur quelques qualités ou compétences susceptibles de vous charmer, détailler quelques particularités physiques. Une photographie fera plus justement l'affaire, si vous le désirez.

Au plaisir de vous lire !

lundi 5 mars 2012

brivadois

Les habitants de la commune française de Brioude, dans le département de la Haute-Loire, sont appelés les Brivadois et les Brivadoises. Le Brivadois désigne également la contrée d'Auvergne située autour de cette ville.

Quant à l'adjectif brivadois, il se rapporte tout naturellement aux activités de cette région ainsi qu'à d'inévitables spécialités culinaires : tourte au saumon et gâteau aux myrtilles valent paraît-il le détour !

Mais il qualifie aussi, de façon plus originale, une contrainte d'écriture bien particulière répertoriée sur le site de l'Oulipo. Cet exercice, inventé par des collégiens brivadois, consiste à fabriquer un acrostiche, c'est-à-dire un poème dans lequel les initiales des vers forment un mot (lisez Reproches, en exemple, sur ce blog), mais il s'agit, en plus, de veiller à ce que, sur chaque ligne, les initiales des mots respectent l'ordre alphabétique... Ce qui complique singulièrement l'affaire !

Voici tout de même deux essais d'acrostiches brivadois, courageuses divagations, évidemment fantasques...

(Anecdote bucolique)

Pour que rentre
Rapidement son troupeau,
Ivan jouait Kalinka !
Notre opiniâtre paysan
Torturait un violon
Et faisait gambader
Mes nombreux ovins
Paresseux, qui rappliquaient
Sans tarder, ulcérés !

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