mardi 29 mai 2012

perle


La perle du Dragon est un texte que j'ai écrit dans le cadre de la mognoterie. J'ai choisi d'écrire ce conte après avoir découvert la légende du bouvier et de la tisserande et j'y ai mêlé les animaux de l'horoscope chinois ainsi que d'autres détails... !

La perle du Dragon


1

Ce matin, une audience extraordinaire présidée par l'Empereur de Jade va se dérouler dans la grande salle du Palais Céleste. Le Maître est déjà installé sur son trône monumental capitonné : contemplez les extrémités finement lissées de sa moustache, la toque écarlate délicatement posée sur le sommet de son crâne, les tissus or, rouge et vert, qui dissimulent les formes pleines de son corps. Il a convoqué aujourd'hui le Conseil des Douze, composé des Ministres de Terre, pour débattre au sujet d'une plainte formulée par l'un d'eux à l'encontre d'un autre. L'affaire promet d'être compliquée...

A l'heure dite, le Portier Vénérable ouvre ses portes et dix délégués gagnent leur place habituelle : voici le Rat au portefeuille gonflé arrimé à la ceinture, le Lapin au regard doux et au pelage appelant la caresse, le Serpent orné de ses plus beaux bijoux, le Coq jouant de la crête et du jabot, le Chien assis sur son arrière-train, modèle de patience, le Singe qui mâchonne et gigote, le Cheval naturellement élégant et fier, le Tigre musculeux piétinant d'impatience, la Chèvre, calme et parée de son plus simple collier, et puis le Porc à la robe toilettée pour la circonstance...

Le Bœuf cette fois se poste à la barre réservée en temps normal au plaignant ; derrière lui se serrent trois humains, un grand, d'allure rustique, et deux plus petits, impressionnés.

Face à ce groupe, le Dragon amaigri, au teint vitreux, l'épine dorsale avachie, les griffes émoussées, enfourche péniblement un inconfortable siège d'appoint ; il retient visiblement ses crachats et sa colère. Entre deux ailes dépouillées, il s'efforce de coincer un drôle d'objet : on dirait une cage recouverte d'un grossier drap noir.

– Alors Bœuf, exposez-nous les faits qui m'obligent à me lever si tôt !

– Majesté, Seigneur du Ciel, Souverain tout-puissant, notre Maître Bienveillant, j'en appelle à votre justice et à votre bonté... Je ne suis qu'un pauvre Bœuf, dévoué, à votre service mais aussi redevable envers cet homme ici présent, respectable vacher de profession, qui fut le mari de la plus charmante de vos fées célestes. Il eut avec elle ces deux magnifiques garçons courageux qui nous accompagnent. Vous vous souvenez que votre épouse, furieuse de cette union entre une fée et un simple mortel, traça, grâce à son épingle à cheveux, une profonde rivière pour séparer à jamais les amants, et qu'elle condamna la petite à tisser les heures, seule, de son côté, pour l'éternité...

– Certes ! Et j'avais adouci la peine en autorisant les Pies, une fois par an, à voler ensemble pour former un pont au-dessus de cette rivière, et permettre ainsi aux deux amoureux de se rejoindre, le temps d'une nuit. J'agis toujours avec compréhension et sagesse !

– Exactement, Votre Aimable Majesté ! Or voyez-vous, cette année, les Pies ne pourront accomplir leur bienfait car le Dragon, notre actuel Premier Ministre, à la tâche pour ces douze mois, les a capturées ! S'il vous plaît, écoutez ces humains que j'escorte et qui vous sollicitent. N'est-ce pas inimaginable que vos ordres ne soient pas respectés, que le couple soit privé d'une nuit d'amour et que notre princesse fée ne puisse serrer ses enfants dans ses bras ? A cause de lui !

Et le Bœuf désigne de ses cornes pointues le Dragon nerveux qui lâche en postillonnant :

– Seigneur Dieu, regardez mon allure ; les Pies ont volé ma perle ! Tout le monde sait que cette perle me confère prestance et pouvoir : sans perle je ne suis rien. C'est cela qui est inadmissible ! Comment dans ces conditions honorer mon ministère ?

– Et que disent donc nos Pies ? demande en soupirant l'Empereur de Jade. Où sont-elles ?

Le Dragon soulève la sombre couverture ; les Pies effrayées se blottissent au fond de la cage, se serrent les unes contre les autres. On ne voit plus qu'un amas de plumes emmêlées.

– Les voilà, ces voleuses ! s'exclame le Dragon dégoûté.

– Du calme ! Laissez-les s'exprimer !

Le nœud de Pies se défait et les prisonnières se mettent à jacasser dans une insupportable cacophonie.

– N'y a-t-il point de porte-parole parmi vous, demoiselles pipelettes ? tonne l'Empereur.

– Si fait, Majesté, répond l'une d'elles en avançant le bec entre deux barreaux. Quel malheur ! Nous n'avons pas dérobé cette perle ! Ce lourdaud l'a bêtement perdue, en bâillant figurez-vous ! Il nous a juste aperçues alentour et prétextant notre réputation, voilà qu'il nous déclare coupables de larcin !

L'Empereur réfléchit. Nul n'ose rompre le silence. Enfin, il reprend :

– Bien, résumons ! Pour que tout rentre dans l'ordre, il suffit de récupérer cette perle ! Il s'agit donc de savoir qui a bien pu la ramasser, et si ce ne sont pas les Pies...

– Ce sont elles ! souffle le Dragon. Ces peureuses avoueront sous la torture, vous verrez !

– Taisez-vous, impudent ! Pas de violence ! Je préfère le discours. Mesdemoiselles Pies, je vous entends clamer votre innocence, mais avez-vous une idée de celui ou celle qui laisse le Dragon vous accuser ici ?

2


Les Pies jasent un moment puis leur porte-parole suggère prudemment :

– Eh bien Majesté... C'est-à-dire... Au moment où cette créature, ce Dragon, entamait une sieste, nous avons bien cru apercevoir sur Terre une ombre... peut-être l'un de vos ministres... sans doute celui-ci... le grippe-sou..., dit l'oiselle en désignant le Rat.

Furieux, le Rat se dresse vivement sur ses petites pattes et s'indigne :

– Seigneur ! Dieu du Ciel ! Qu'aurais-je fait d'une perle ? Je n'aime que les espèces sonnantes et trébuchantes. N'était-ce pas plutôt le Chat, ce fourbe qui envoie aujourd'hui un vulgaire suppléant ? dit-il en désignant le Lapin.

Le Lapin se retrouve en trois ressorts aux pieds du trône :

– Seigneur ! Dieu du Ciel ! Qu'aurions-nous fait, Compère Chat et moi-même, d'une perle ? Nous aspirons au calme et à l'oisiveté, pourquoi donc nous encombrer ? N'était-ce pas plutôt ce bellâtre ? dit-il en désignant le Serpent.

Le Serpent ondule jusqu'au bord des babouches de l'Empereur, hausse le cou et minaude :

– Seigneur ! Dieu du Ciel ! Qu'aurais-je fait d'une perle ? Je ne vois pas l'intérêt d'un bijou si je ne peux l'exhiber en public ! N'était-ce pas plutôt cet agitateur ? dit-il en désignant le Coq.

Le Coq irrité bat bruyamment des ailes et réplique en chantant à percer les oreilles :

– Seigneur ! Dieu du Ciel ! Qu'aurais-je fait d'une perle ? J'aime ce qui brille mais sans combat pour l'obtenir, ça ne vaut pas le coup ! N'était-ce pas plutôt ce pantouflard ? dit-il en désignant le Chien.

Le Chien, imperturbable, prend le temps de se dépoussiérer les oreilles et jappe posément :

– Seigneur ! Dieu du Ciel ! Qu'aurais-je fait d'une perle ? J'aurais risqué d'être banni et qu'on ne m'aime plus ? N'était-ce pas plutôt cet acrobate ? dit-il en désignant le Singe.

Le Singe se trémousse et gesticule et piaille devant l'assemblée :

– Seigneur ! Dieu du Ciel ! Qu'aurais-je fait d'une perle ? Si ce n'est pas le résultat d'une compétition sportive je n'en vois vraiment pas l'intérêt ! N'était-ce pas plutôt ce frimeur ? dit-il en désignant le Cheval.

Le Cheval reste campé sur ses solides pattes ; il retrousse involontairement les babines et concède quelques brefs hennissements :

– Seigneur ! Dieu du Ciel ! Qu'aurais-je fait d'une perle ? Je n'ai rien besoin d'acheter puisque je possède le plus beau trésor, la liberté ! N'était-ce pas plutôt ce prédateur ? dit-il en désignant le Tigre.

Le Tigre, d'une démarche chaloupée, fait le tour de la salle et se campe devant l'Empereur :

– Seigneur ! Dieu du Ciel ! Qu'aurais-je fait d'une perle ? Je suis parfaitement apte à convaincre de ma force le peuple des montagnes sans user d'artifice. N'était-ce pas plutôt cette écervelée ? dit-il en désignant la Chèvre.

La Chèvre en tremble de la barbichette et bêle faiblement :

– Seigneur ! Dieu du Ciel ! Qu'aurais-je fait d'une perle ? Ajoutée à mon collier, elle me rendrait encore plus vulnérable ! N'était-ce pas plutôt ce goret ? dit-elle en désignant le Porc.

Le Porc, dodelinant de la panse entre ses courtes cuisses, grogne de dégoût :

– Seigneur ! Dieu du Ciel ! Qu'aurais-je fait d'une perle ? Moi si solitaire, à quoi me servirait cette chose même pas comestible ? Si le Dragon est sot et les Pies bigleuses, qu'y pouvons-nous ? Et Monsieur le Bœuf va-t-il arrêter de nous ennuyer avec ce qui n'est, après tout, que... bagatelle ?

Le Bœuf, vexé, s'apprête à charger et met en branle sa lourde carcasse, mais le plus jeune gamin du vacher le retient... L'enfant a osé un pas ; il passe un bras autour du cou de l'animal, comme pour l'apaiser, et tend l'autre, poing fermé, en direction de l'Empereur, sollicitant timidement l'attention :

– S'il vous plaît...

Puis il ouvre lentement la main ; au creux de sa paume brille la plus belle perle que nul n'ait jamais vu, un bijou étincelant, opaque et lisse... Une rumeur parcourt l'assistance ; l'Empereur écarquille les yeux.

– Monsieur le Dragon a bien fait tomber ceci avant de s'assoupir sur le flanc de la vallée... J'ai vu la perle atterrir et rouler dans le trou où mon frère et moi conservons nos billes... Je l'ai prise dans ma poche, elle était si belle, j'avais envie de la garder pour moi tout seul ! Je ne savais pas qu'elle était si précieuse ! Mais j'ai bien compris : si je veux revoir Maman, je dois la rendre...

Le garçon remet alors le joyau à son ami le Bœuf qui le passe au Porc, et tous les autres font la chaîne : la Chèvre, le Tigre, le Cheval, le Singe, le Chien, le Coq, le Serpent, le Lapin et le Rat... Enfin la perle parvient à l'Empereur qui la dépose lui-même sur la langue du Dragon ému et soulagé...

La séance est levée... Le Dragon libère les Pies, qui s'égaillent aussitôt et sillonnent la voûte... Ainsi le pont de leurs ailes permettra bientôt qu'une famille soit traditionnellement réunie... Et surtout, cette année, la fée tisserande et le vacher pourront encore s'aimer, une nuit entière.

mardi 15 mai 2012

corbeaux


En parcourant les ruelles du quartier Saint-Georges, dans le Vieux Lyon, à l'occasion d'une chasse aux enseignes - activité qui oblige évidemment à lever les yeux - je me suis arrêtée devant le 18 rue du Doyenné...

Profitant de l'exceptionnelle lumière en cette parenthèse ensoleillée de mai, j'ai photographié la façade à la fois simple et intéressante : on y remarque en effet, sous l'étage des mansardes, d'originales "consoles". Il s'agit d'oeillets saillants en pierre et percés de trous que l'on nomme aussi "corbeaux"...
















En architecture, les consoles désignent ces pièces qui, parfois ouvragées, servent sur l'extérieur d'un bâtiment à présenter des éléments  artistiques ou décoratifs ; souvent en forme de S, elles soutiennent aussi un balcon ou consolident une avancée.

Les corbeaux, eux, soulagent la portée d'une poutre. Ici, en haut de cette bâtisse, ils avaient une fonction liée à l'ancienne activité textile du lieu : ils supportaient une sorte de tringle, une traverse en bois, sur laquelle le teinturier suspendaient ses étoffes. Il s'agissait ainsi de les déployer afin qu'elles puissent sécher...

Ces "corbeaux" sont à l'origine d'un autre mot fréquemment utilisé pour décrire la position d'une construction en saillie sur le plan vertical d'un mur : on parle ainsi, par exemple, de tourelle, de corniche ou de galerie en encorbellement.

***

Photo ajoutée le 1er juillet 2012 : corbeaux sur la façade 20 rue du bœuf, dans le quartier Saint-Jean à Lyon...


samedi 5 mai 2012

mai

D'habitude...

Ce qui me plaît
en mai,
c'est enlever les fils
d'avril,
un à un,
jusqu'en juin...



Hélas cette année...

  Mai nous arrive déguisé !
    Le joli mois garde le masque
      et reste bien pelotonné
        derrière la grêle et la bourrasque.
          Est-ce un caprice ? Est-il fâché ?
            Pourquoi cette humeur si fantasque ?


Ouf...

  On dit que mai va bientôt
    retrouver toute sa raison
      et jouer le printemps réglo.
        Ne prévoir que les maillots
          pour le pont de l'Ascension,
            ça ce s'rait chic ! Espérons !

vendredi 4 mai 2012

Rodanski


L'exposition
Les horizons perdus de Stanislas Rodanski, à la Bibliothèque de la Part-Dieu, présente de nombreux documents illustrant le parcours de cet écrivain lyonnais né en 1927, entré volontairement en 1954 à l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu où il demeura jusqu'à sa mort en 1981 ! Son existence fut une longue quête dominée par l'écriture, nécessaire et essentielle :

"Je crois avoir commencé à écrire pour laisser de moi une image flatteuse..."

"Ecrire pour savoir qui l'on est, pour faire savoir à Pierre et Paul que j'existe aussi..."

Les mots constituaient son
"ultime lien avec la vie".


Le rendez-vous est incontournable pour tous les amoureux de l'écriture ; la galerie se visite et se revisite, sans modération puisque gratuite, et je conseille plusieurs promenades, le carnet à la main afin de noter les phrases qui résonnent le mieux en chacun selon sa sensibilité.

Cet hommage à Stanislas Rodanski et à son œuvre foisonnante, a pu être réalisé notamment grâce à Bernard Cadoux que j'ai la chance de connaître par le "fil" de quelques écritures.... Bravo, et merci Bernard, de nous inviter aujourd'hui à cette redécouverte d'horizons perdus...