vendredi 7 septembre 2012

épistolier

ultime bafouille d'un épistolier... en série...

J'ai toujours aimé écrire, d'aussi loin qu'il me souvienne... Écrire des lettres me passionne, qu'il s'agisse d'exercice graphique ou de correspondance, de tracé ou de rédaction, et je m'efforce que chaque composition soit agréable à lire en même temps que bien présentée. Enfant, je privilégiais la plume et m'appliquais beaucoup, aux pleins et aux déliés ; adolescent, je variais la couleur de l'encre selon le destinataire. J'écrivais consciencieusement à tous mes parents ou amis lorsqu'ils s'éloignaient, je voulais les assurer que je pensais à eux, que j'espérais garder le contact ou attendais leur retour... J'ai aussi toujours voulu dire : « J'existe », montrer par mes écrits le meilleur de moi-même et convaincre de ma fidélité. J'étais fier de mon trait et, lorsque j'atteins l'âge adulte, je tâchais aussi de soigner ma prose : je faisais honneur à tous ces gens en veillant à ce que chaque lettre soit considérée comme une œuvre ! C'était MON œuvre, à leur intention...

Mais je m'égare... Venons-en aux faits !

Voyez-vous, j'ai fini par trouver que mes correspondants ne manifestaient pas suffisamment leur admiration et quand mon besoin de reconnaissance est devenu trop fort, j'ai eu l'idée de faire bénéficier plus de monde de mon talent épistolaire. J'ai décidé d'élaborer un projet personnel de grande envergure combinant l'action et l'écriture !

Vous ajouterez cette missive au lot que vous possédez déjà de ma composition, à tous ces messages que vous avez reçus régulièrement depuis le début de... l'Affaire... et que les journaux se sont évidemment empressés de publier – ce qui me convenait parfaitement d'ailleurs. Ne reconnaissez-vous pas la patte de mon génie, diabolique et sensationnel ?

N'ai-je pas procédé de manière élégante en commettant si proprement mes courriers ? Découper, coller, cette méthode prisée par les corbeaux vulgaires aurait été non seulement banale mais trop sale, le meilleur moyen de laisser des empreintes et de me trahir trop vite. Non, au lieu de cela, je prenais soin à chaque fois d'enfiler des gants, très fins, puis de vous concocter une lettre à partir du traitement de texte d'un ordinateur public, jamais le même PC ! Je racontais en triant soigneusement les détails, en saupoudrant mes exposés d'une pincée d'humour et n'économisant jamais les politesses... Il ne me restait plus ensuite qu'à enregistrer mon récit sur une clé pour le faire imprimer quelque part. Jamais la même clé, jamais la même boutique, évidemment...

Convenez-en : je vous ai permis d'exercer vos capacités intellectuelles jusqu'alors sous-employées, non ? Je me suis bien amusé à vous donner des indices petit à petit, à élaborer pour vous un jeu de piste, à vous imaginer en train de résoudre les problèmes soumis par mes envois anonymes. Je vous ai mis à l'épreuve... Et moi, parallèlement, je construisais chacun de mes crimes ; l'intérêt essentiel était d'en travailler ensuite consciencieusement le compte-rendu, pour vous mais aussi pour mon nouveau public, toute cette population à la fois inquiète et si curieuse ! Je me perfectionnais, au fur et à mesure... De plus en plus de cruauté... De plus en plus de style... Il en a quand même fallu une bonne douzaine, de crimes, et donc autant de lettres, avant que je me lasse..

Bien sûr j'obtiendrai perpète ! Ce sera sans regret de ma part. On ne l'accorde pas à n'importe qui. Je suis persuadé que mon procès durera un certain temps et que sa médiatisation me vaudra une immense popularité, juste récompense de louables efforts et couronnement d'une belle entreprise. Les gens adorent qu'on leur offre du suspense et je les ai tenus en haleine pendant de longs mois. Je suis bien certain que l'on tirera de cette Affaire un livre, des films, que sais-je encore ?

Oui, je suis coupable et vais vous laisser me cueillir aujourd'hui, bien gentiment ! Oui Monsieur le Commissaire, pour qu'on se soucie de moi, j'ai tué et écrit, passionnément, en série.

Aucun commentaire: