samedi 28 décembre 2013

accalmie


Entre deux tempêtes
un Noël en Côtes d'Armor
La belle accalmie


Au repos forcé
les bateaux de l'avant-port
attendent la relève



Le soleil d'hiver
abandonne les voiliers
Leurs reflets frissonnent

vendredi 29 novembre 2013

éveil

Ce texte en 2013 signes représente ma contribution au concours de nouvelles proposé cette année par la Biennale lyonnaise d'art contemporain en partenariat avec Télérama !

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Je suis née à la campagne. Mes parents travaillaient beaucoup, non pas la terre mais ils s'investissaient totalement dans leurs tâches au sein du bourg. Nous ne voyagions pas, juste pour rejoindre l'autre bout du département, à l'occasion d'une fête de famille. Une expédition ! Mon monde se limitait à notre maison, au jardin, à l'école des filles, à la nature alentour. L'ailleurs m'apparaissait dans les livres ou grâce à la radio et, un peu plus tard, par la télévision. Je ne goûtais vraiment ni la musique ni la peinture : on me les imposait comme des exercices scolaires obligatoires.

Adolescente, je me passionnai pour l'écriture et je pus enfin m'échapper vers des provinces voisines, puis des contrées de plus en plus éloignées, souvent au gré de mes amours. Ensuite il me fallut faire des choix, de carrière comme on dit, et je m'installai finalement à Paris. Là je fus séduite, emportée par le mouvement ! Je ne me lassais plus de profiter de tout.

Comment j'en suis venue à fréquenter les galeries ? Eh bien cela date d'une promenade au Centre Beaubourg au début des années 80 : pour frimer, un flirt sur l'esplanade m'entraîna dans le bâtiment, jusqu'aux niveaux du Musée d'Art Moderne. Nous avons suivi un groupe, discrètement, au fil d'une exposition Kandinsky ; le guide expliquait le parcours de l'artiste, l'évolution de ses œuvres, du Cavalier Bleu aux improvisations abstraites. Jusqu'alors j'avais toujours rejeté dans la peinture ce que je ne comprenais pas. Ce qui ne m'apparaissait pas évident au premier coup d'œil ne m'intéressait pas, je n'avais donc jamais rien approfondi. Mais ce jour-là, j'ai été éblouie ! Ce jour-là, ma curiosité s'est éveillée ! J'ai commencé à apprécier l'art et découvert que je pouvais l'atteindre en connaissant mieux l'itinéraire des hommes, des artistes.

Chacune de mes visites au musée me procure désormais le plaisir d'une rencontre et je me dis que chacune de ces rencontres forge ma propre histoire. J'ai tant à rattraper et encore tant à apprendre.


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à lire également, en écho au slogan de cette 12ème Biennale, "Entre-temps... brusquement, et ensuite" : le p'tit mot paradis.

mardi 12 novembre 2013

Solitudes


Solitudes
est paru il y a quelques jours aux Éditions du Net, suite à la Journée du Manuscrit.


 Solitudes
Rien de neuf sous le soleil puisqu'il s'agit de 14 courtes nouvelles déjà publiées sur mon p'tit mot m'a dit. Je les avais regroupées il y a deux ou trois ans en vue de proposer le recueil à un éditeur qui me plaisait bien. Sans suite bien entendu... Pour participer à la Journée du Manuscrit il fallait réaliser soi-même la mise en page de son ouvrage, à partir d'une maquette, et l'exercice m'a bien amusée. Je n'ai pas gagné au final, à l'occasion du tirage au sort, mais le livret existe... et c'est plutôt excitant de le voir en catalogue !


mardi 29 octobre 2013

paradis

En écho au slogan de la 12ème Biennale de Lyon ( Entre-temps... brusquement, et ensuite ), à ses affiches et à quelques-unes de ses installations, voici le résultat d'un exercice qui a consisté à récupérer les morceaux de plusieurs textes élaborés en atelier d'écriture pour ensuite tenter de les rassembler en une seule et même histoire...

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Auguste : Salut ! J'ai l'impression que ça fait un bail, dis-donc ! Entre-temps, qu’est-ce-que t'as trafiqué ? Je veux dire depuis la dernière fois qu’on s’est vus ?

Bébert :
La dernière fois, c’était quand, déjà ?

Auguste :
Ben, c’était le soir du cochon grillé, avec des potes de la ferme là-haut vers Saint-Geoirs. Personne n’avait réussi à le manger, ce porc ! Moi tu vois j'ai voulu faire le fier et ça m'a pas réussi...

Bébert :
Ah, ce coup-là ! On s'était enquiquinés sévère ! On avait tellement rien à becqueter de correct qu'on a sacrément éclusé ; y avait Gaston aussi, j'sais pas qui l'avait invité. Alors on ne s’est pas revus depuis ? Donc t’as pas su qu'en repartant le Tonton m’avait chopé et filé un œil en beurre noir.

Auguste :
Non, j’ai rien su. Je suis resté sur le carreau en fait ! Qu'est-ce qui s'est passé ?

Bébert :
Figure-toi qu'il méprise tous les jeunots... Eh bien ce soir-là j'ai pris pour tous les autres !  Il a vraiment pété un plomb !

Auguste :
Waouh ! Raconte !


Bébert revoyait bien la scène, alors qu'il avait entamé le retour en ville, à pied, par la route qui descend sec, le long du ravin. Il l'avait bien vu arriver la grosse bagnole...

C'était Gaston qui, brusquement, avait arrêté sa voiture. Sa main droite avait descendu la vitre côté passager puis s'était mise à faire des moulinets comme pour exprimer une grave exaspération, mais le vieux était surtout très imbibé. Puis Bébert avait entendu sa voix, métallique et sévère : « Vire de là ! Laisse donc la place ! Tu vois pas qu'tu gênes ? T'es qu'un p'tit con de poivrot ! »

Bébert s'était reculé jusqu'à heurter le parapet et Gaston s'était propulsé hors de son 4x4, l'avait attrapé par le col avant de lui balancer son poing dans la figure, sans qu'il ait eu le temps de dire ouf ! Bébert s'était retrouvé la tronche de profil dans les cailloux du bas-côté. Le Tonton, grommelant et vacillant, avait regagné son véhicule et redémarré. Le pot d'échappement avait laissé derrière lui une traînée d’images comme suspendues. Bébert avait pensé à des hologrammes, sans comprendre si c'était l'effet du coup ou de la picole... Enfin il avait vu se dégager du nuage grisâtre ce qui ressemblait à une montre rutilante qui était tombée à son flanc ; il ne pouvait expliquer ni comment ni pourquoi, il l'avait saisie…


Auguste : Et ensuite ?

Bébert : Ben les aiguilles étaient toutes tordues, elles faisaient comme... des vagues. Elle était cassée la toquante, forcément ! Vu mon état j'ai gambergé ! Le temps s'était arrêté dis donc !... Je crois que je me suis mis à fredonner « Il n'y a plus d'après... », sans me souvenir de ce qu'il y avait avant ni qui chantait ce truc tout à l'heure derrière le tournebroche ! Mais y'avait plus d'heure de toute façon... Je me suis dit que si le temps n'existait plus, c'est que finalement rien ne serait plus jamais démodé !... J'allais me retrouver dans le coup tout le temps et jamais entre-deux, le pif entre deux verres ou le cul entre deux chaises... Je crois que je me suis redressé, tout chose, en paix avec moi-même, merci Gaston ! Je me suis retourné et j'ai vacillé, j'y voyais plus que d'un œil et j'ai dû me pencher un peu trop... J'ai bien senti la bascule. Et rien à quoi me raccrocher !... Plus d'échelle du temps ! J'ai été happé par le vide !

Auguste : Te v'là bienvenu au club alors ! Gaston a vraiment exagéré, ça c'est sûr, mais t'en tenais une bonne toi aussi ! Moi c'est le cochon que j'ai pas digéré ! Je me suis affalé après trois morceaux ; ils ont tous cru que je dormais alors que je suis mort empoisonné quasi sur le coup. Tu vas voir mon gars, ici c'est le paradis !

lundi 19 août 2013

profil


La visite de la Saline Royale d'Arc-et-Senans était au programme de nouvelles découvertes, toujours en douceur, à travers la Franche-Comté ; ce fut l'occasion d'une rencontre sympathique au cours d'une promenade paisible côté jardin...





Sieste de l'acteur
en coulisse du festival
Pause d'âne








mardi 13 août 2013

ardoise


– Hé Léa ! Amène-nous donc un pot supplémentaire pour nous rincer le gosier avant que j'y aille, faudra que j'sois à l'heure à la gare ! Un pot hein, pas une fillette !

– Bravo les scribouillards ! Vous avez fait honneur au plat du jour ! Et si vous avez encore soif, tant mieux ! Voilà, voilà...

– Ah Léa ! Tu seras toujours la reine du gratin de macaronis ! Comment veux-tu qu'on ne lèche pas les assiettes ? Dis donc, tu te rappelles de Momo qui venait plancher et becqueter avec nous de temps en temps ? Lui aussi avait un bon coup de fourchette !

– Momo ! Sûr que je me souviens de l'oiseau ! Je voudrais bien savoir quand il reviendra me voir celui-là ! Parce qu'il a une belle ardoise chez moi !

– Eh bien justement, je voulais en profiter pour te prévenir. Rassure-toi, tu n'as plus trop longtemps à attendre.

– Et si tu me réglais à sa place puisque c'est ton pote ? Tu t'arrangeras avec lui !

– Et puis quoi encore ! T'inquiète ! Moi j'te dis que tu vas t'en tirer autrement mieux ! Tu vas bientôt pouvoir afficher à l'entrée de ton bouchon : « Ici, le goncourable Maurice Laplume est venu régulièrement écrire avec ses amis, manger, boire et faire la fête ! » Et qu'est-ce que tu dirais d'une plaque ? Imagine une belle plaque, dorée, sur la table là, au fond ! Sacrée publicité ! Ça va te rapporter un max de clients !

– Ben explique-moi, parce que franchement je ne vois pas ce qu'il fait de médiatique ton Momo ! C'est le roi des kékés plutôt ! Et j'ai la radio allumée toute la journée dans la cuisine, alors je serais au courant s'il était au top ! Il a eu une intuition soudaine, l'idée du siècle ? Allez, tu me fais bien rire !

– Chut ! (en confidence) Tu sais, au départ il avait un plan c'est vrai, ensuite je peux te dire que le hasard s'en est mêlé... D'abord il s'est mis à côtoyer les mecs les plus grands, les plus hauts, jusqu'à écrire leurs bios...

– Et alors, c'est pas ça qui va m'amener du monde ! Ce qu'il me faudrait c'est du chanteur international, du footballeur avec un ballon d'or, de l'acteur en vadrouille, du politique dépravé, pas un clochard qui fait l'écrivain public ou le nègre, même si c'est au sommet du Crayon !

– Ah, tu te trompes ! Écoute au moins ! Il a finalement dégoté un bon parti, et crois-moi la nana était d'une famille dans l'immobilier, plutôt vers Confluence, tu imagines, pleine aux as, elle lui a fait exploser les niveaux vite fait. Et c'est pas fini parce que... Enfin, attends la rentrée littéraire et tu vas voir !

– J'y crois pas, j'te dis ! Ces gens-là, une fois dans les étages, ils ne viennent plus au rez-de-chaussée que pour se faire cirer les pompes, et ils ne s'contentent plus d'un comptoir de quartier !

– Tu l'connais vraiment pas le Momo ! Il a pas pu nous oublier, j'te promets ! Je ne sais pas s'il l'avait choisie pour ça, sa gonzesse, mais elle était du genre bien fragile, même qu'elle avait déjà voulu faire le grand saut plusieurs fois ! Alors figure-toi que le printemps dernier elle est passée par la fenêtre pour de bon ! Sans blague, il est en train  d'en faire un roman du suicide de sa poule... Et il va sûrement ramasser le jackpot. Le glauque, ça rapporte ! C'est pas beau ça ? Il m'a juré qu'il passerait faire la distribution des liasses ! C'est pas un ingrat Momo, il reniera pas ceux qui lui ont tout appris, ou qui l'ont bien nourri, comme toi !

– Arrête de déconner ! Waouh ! C'est si hénaurme ce que tu racontes que j'serais presque prête à tout gober !

– Fais-moi confiance, bon sang ! Juste un peu de patience ! Tiens, mets donc mon plat d'aujourd'hui et ce dernier pot sur son compte à Momo, moi faut vraiment que j'vous laisse, c'est qu'j'ai un train à prendre ! J'te tiens au courant Léa ! Bye !


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Ardoise est un texte que j'ai écrit pour la mognoterie. Il contient le mot plat, contrainte première et obligatoire, ainsi que ces petits nouveaux choisis dans le Robert 2014 : goncourable, kéké, hénaurme.

dimanche 30 juin 2013

sitcom

Certes, il faut oser... Disons que la série s'appellerait..."Un vieux, une vieille" !

 – Tu te fous du monde ? Je t'ai demandé une histoire originale alors franchement, des seniors qui font un scrabble, non !

– Mais vous vouliez du sentiment, alors ça c'est du vrai, pantouflard mais efficace. Je vous en prie, JP, laissez-moi une chance !

– Mon pauvre Freddy ! Tu me fends le cœur ! Allons, sois sérieux, ça ne fait pas exploser l'audimat, les scénarios plan-plan ! Un vieux couple qui se chamaille autour d'un jeu de société, c'est invendable ! Enfin bon, si tu veux que je prenne ton bazar pour l'épisode de demain, faudrait voir à travailler la chute ! Si tu as de l'imagination ! Sinon va vendre ta soupe à d'autres chaînes !

– C'est que... J'ai pensé au X, patron !

– Quoi le X ? Je ne veux pas de porno, je veux du mélo !

– Et si Gaston, en fait, cherchait à se débarrasser de sa bourgeoise ? Imaginez : au final, il balance à la Gertrude un EX avec le X sur une case « compte triple » qui allonge aussi un CARREAU perpendiculaire ! La vioque qui est cardiaque en tombe raide morte, sur son carreau ! Un crime parfait, emballé pesé ! Pas mal non ? Ah j'oubliais, le titre serait « Son dernier mot » ! Jean-Pierre, alors, OK ?

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(La contrainte d'écriture pour cette mini-nouvelle était d'insérer "Tu me fends le coeur !" - Concours organisé par la Médiathèque Intercommunale de Montélimar)

A relire : rumeur qui évoque la petite histoire du scrabble...

mardi 14 mai 2013

écorce

Le pin de Bunge, originaire de Chine, est remarquable pour ses multiples troncs et aussi pour l'aspect de son écorce ; celle-ci me fait penser à des écailles ou aux morceaux d'un puzzle, à la transformation ou à la mue des corps, à nos vies comme des épreuves de patience et composées d'éléments bien fragiles ! Pourtant le pin de Bunge que l'on peut observer au Parc de la Tête d'Or y a sans doute été planté en 1856...


Remarquez ces initiales gravées sur l'écorce... N'est-ce pas comme jeter la clé d'un cadenas d'amour ? Un geste pour le même espoir, la même promesse, de s'engager pour toujours... avec un besoin essentiel de garder la trace de ce défi, défi au monde et au temps !

jeudi 9 mai 2013

rosée


Ce matin quelques gouttes l'effleurent, l'éveillent, l'encouragent. 
Mais elle hésite encore... Pudeur de rose...

mardi 7 mai 2013

anagrammes


Les anagrammes font partie des contraintes oulipiennes, aux côtés des abécédaires, des acrostiches, des filigranes, des mots-valises et autres perverbes... Rechercher une ou plusieurs anagrammes revient à changer l'ordre, ou à permuter, les lettres d'un mot ou d'un groupe de mots donné, jusqu'à obtenir un ou plusieurs mots nouveaux, ceux-ci ayant du sens.

Vous vous êtes sans doute déjà amusés à trouver toutes les anagrammes de votre prénom ou de votre nom. La tâche est bien sûr facilitée lorsqu'on ne s'oblige pas à utiliser l'ensemble des lettres et c'est encore mieux, et plus rapide, lorsqu'on fait réaliser le boulot par un programme sur un site internet. Pourquoi s'en priver ?

Avez-vous essayé en proposant votre prénom ET votre nom ? En ce qui me concerne, forte de mes 16 lettres, j'ai obtenu un catalogue impressionnant de résultats. J'en ai sélectionné cinq que je vous propose ci-dessous de deviner à l'aide d'indices plus ou moins mêlés. A vous de trouver ces mots aux lettres piochées dans MARTINE FALGAYRAC !


  1 - (dix lettres) A cape et d'écosse...
  
  2 - (neuf lettres) Tissu de conjugaison...

  3 - (huit lettres) Se dit d'un délit...

  4 - (sept lettres) Scie musicale...

  5 - (six lettres) Petit nom charmant...


Vous lirez les solutions dans un commentaire ci-dessous, alors ne descendez pas trop vite dans la page !


 ***
 
ONLYLYON, exemple d'utilisation d'anagrammes simples, constitue depuis 2007 une signature de la ville, une marque, créée par une douzaine de partenaires et d'institutions locales dans le but de promouvoir l'agglomération à l'échelle internationale...

dimanche 21 avril 2013

ginkgo

La saison se montre capricieuse mais il y a de l'espoir en terrasse, dans les bacs, et notamment dans celui-ci...

Les bourgeons explosent
en bouquets d'éventails
Promesses printanières


A relire, pour en apprendre un peu plus sur le ginkgo : dioïque

lundi 25 mars 2013

Mimile


Bientôt les Quais du Polar... Que de rencontres épatantes à programmer !

En attendant, pour la circonstance, voici un témoignage de Mimile, une personnalité locale, dans le cadre d'une enquête suite à la découverte du corps d'un homme sur les berges.

***

Déposition de Monsieur EZYM, prénom Emile ; le témoin se présente comme citoyen lyonnais domicilié sur les bords du Rhône...

J'vous assure, M'sieur l'Inspecteur, je l'connaissais pas c'type-là. Ah ben oui, j'l'ai vu descend' sur le quai, j'rentrais chez moi en poussant mon caddie. V'voyez, j'crèche là-bas, un peu plus loin, sous l'pont Wilson, mais j'me pointe qu'à la tombée d'la nuit parc'que l'jour, c'est fréquenté, si j'peux m'permettre.

Dites, z'allez pas m'accuser d'quelque chose, hein ! Qu'est-c'que j'aurais pu lui vouloir à c't'oiseau ? M'avait déjà donné tout son pognon ! L'avait ben du mal à pas déraper sur les pavés, avec ses pompes de gonzesse, et y battait des ailes, vous voyez c'que j'veux dire, y tanguait quoi ! Et y chantait en plus, mais faux, en t'nant les queues d'sa veste pour s'faire de l'air, ou pour valser, qu'est-c'que j'en sais moi ! Quand l'a vu la canne à pêche qui dépassait d'mon char, m'a ouvert son portefeuille en grand sous l'pif, et v'là qu'y m'file tous les billets ! Vous croyez p't-êt' que j'aurais dit non ? Et après, c'qu'y pouvait foutre avec la gaule, c'est son problème ! M'a dit qu'y voudrait r'tourner en arrière, du temps qu'il était môme au bord d'un canal, à lancer la ligne et tout ça ! Alors que maint'nant sa vie était sacrément pourrie ; paraît qu'sa femme le trompait, qu'elle en avait après son blé, qu'un jour ell' finirait par l'flinguer... Mais c'était pas mes oignons, voyez ! Alors moi j'suis allé direct au p'tit éco m'ach'ter un kil pour fêter ça, et basta !

Si j'ai r'marqué du bizarre en m'pointant dans mon quatr' étoiles ? Ouais, j'ai vu un truc qui gigotait du côté où j'avais lâché l'gus, mais j'étais déjà sal'ment bourré, alors bon ! Je m'suis dit qu'il avait chopé une carpe ce couillon, franch'ment ya d'la veine que pour les bourges ! Mais eh ! Si vous m'allongez une clope, p't-êt' ben que j'peux m'rappeler aut' chose...

Merci mon gars ! Y a pas à dire, rien d'tel pour chauffer l'intérieur, et un keuf y peut êt' sympa quand y veut ! Ouais, j'y arrive, j'y arrive, je réfléchis ! Y a ben eu c'bruit d'bécane à un moment, l'pot bouché ou pourri ça c'est sûr. C'était juste quand je bouclais mon sac à viande en cach'mire ! J'rigole ! Et un peu après deux motards qui r'gardaient par-d'ssus la rambarde du quai : y avait une tignasse blonde qui débordait d'un casque et l'aut'curieux avait dans la main comme un appareil photo, enfin j'croyais, parc' que je m'suis dit aussi qu'y faisait un sacré déclic son Nikon ! Ah, un coup d'pétard, c'était donc ça ! Montrez voir la photo, oui, tout juste Auguste, les cheveux, je r'connais ! Sa femme ? L'pauv'vieux, l'avait raison finalement, mais elle a mêm' pas eu l'courage de l'buter tout'seule ! Ah, M'sieur l'Inspecteur, l'amour c'est plus c'que c'était décidément...

Eh, alors, j'aurai bien un' tit' prim', pour la peine d'avoir fait vot' boulot ? Pourriez dire merci quand même !

***

A lire aussi, pour satisfaire votre humeur noire, d'autres dépositions, celles d'Albert, sur la grande mognoterie... ou ces p'tits mots : brune, collectionneur, fuite, quais...

samedi 16 mars 2013

interrogatoire

Voici un texte composé en atelier d'écriture à l'occasion de la 18ème Semaine de la Langue française et de la Francophonie ( du 16 au 24 mars), autour des dix mots 2013 "semés au loin" : atelier, bouquet, cachet, coup de foudre, équipe, protéger, savoir-faire, unique, vis-à-vis, voilà.

***

Interrogatoire
 
Un meurtre a été commis ce jour dans un bar de la presqu'île où les membres d'un atelier d'écriture ont depuis quelques mois l'habitude de programmer leurs rencontres...

Allons Monsieur le Commissaire
Démontrez votre savoir-faire !
Comment tirer les vers du nez
D'un gars comm' moi un peu paumé ?

Allez-y, posez vos questions
Je verrai bien si j'y réponds...
Si je fréquentais la victime ?
Du lieu était-il un intime ?

Monsieur, pour tout vous expliquer
Notre atelier s'est installé
Depuis plus d'un an dans ce bar.
Tous les jeudis on peut s'y voir !

Oui je fais partie de l'équipe !
Oui je le connaissais, ce type !
Qui suis-je en train de protéger ?
Que pouvait-on lui reprocher ?

Il hantait souvent le café,
On a fini par l'accepter :
Une de nous a eu le coup d'foudre,
Celle qu'a pas inventé la poudre...

Il lui apportait des bouquets.
Et il lui offrait des cachets,
Promettant richesse et voyages.
Ce mec avait l'allure d'un mage...

On peut dire qu'il l'a charmée !
« Cet être unique » a profité
De notre idiote demoiselle
Pour démonter toutes nos ficelles !

Il a pompé nos écritures !
Il fallait punir cette injure !
Vis-à-vis de nous, quelle infamie !
Je lui ai fait payer le prix...

Voilà Monsieur le Commissaire,
Vous avez bouclé votre affaire !
Empli de colère, j'ai avoué,
Trop dégoûté, trop indigné.

J'aurais dû partir vite, très loin,
Semer vos sbires, j'suis un crétin !
Oui, c'est moi, j'ai tué ce lourdaud
Qui avait volé tous nos mots !

***

Voici des liens vers mes contributions des années précédentes : 
Conjugaison pour demain et demain, en 2009
Remue-méninges et Variante, en 2010
Entre mots, en 2011
- lettre, en 2012

Retrouvez toutes les listes des dix mots depuis 2003... 

samedi 2 mars 2013

activités

Ce mot au pluriel définit exactement la retraite : n'est-ce pas en effet une période au cours de laquelle on se trouve en "activités" multiples, où l'on se voit précipité dans un tourbillon, où l'on fait l'expérience du temps qui file... Jusqu'à apprendre à dire non et, pour essayer de préserver son plaisir, devoir faire des choix ! Un comble !

samedi 26 janvier 2013

chef-d'œuvre


Il était une fois une sorcière, très vieille et très laide, appelée Chremédia ; sa silhouette correspondait parfaitement à celle des jeteuses de sorts traditionnelles. Elle vaquait fébrilement à ses affaires, toujours voûtée ; des toiles noircies, rêches et élimées, enveloppaient ses formes flasques. Un bouton purulent surmontait le bout du nez crochu, des touffes de poils hirsutes parsemaient le menton proéminent, des cheveux sales et filasses s'échappaient d'un chapeau à la pointe en berne. De l'ensemble émanait une odeur fétide...


***


Elle avait élu domicile aux antipodes, pour ne pas concurrencer nos magiciens d'Europe, et régnait sur une île aux denses forêts d'eucalyptus, de pins et de hêtres centenaires, au bord d'une rivière aux multiples cascades.


Sa cahute ronde était bricolée de boue, de pierres et de branchages accumulés au fil du temps : un taudis, d'autant plus répugnant qu'il était infesté de rats que Chremédia traitaient comme des esclaves et qui passaient régulièrement à la marmite... Ils pullulaient au milieu d'un fatras de dictionnaires qu'ils rongeaient sans doute à loisir tandis que la vieille, de son côté, pouvait passer des heures à soigneusement découper certaines encyclopédies animalières !


Sur le toit de la cabane, un trou central faisait office de cheminée ; il s'en s'échappait perpétuellement un panache gris. La nuit tombée, au milieu des fumées, on distinguait souvent des étincelles et même, parfois, des bouquets de créatures frétillantes... Ces étranges bestioles propulsées dans l'air agitaient un moment leurs membres incertains, puis retombaient sur le sol moussu où elles s'éparpillaient enfin en grouillant...


Chremédia était également surnommée « la cuisinière de Tasmanie ». Vous savez que toute sorcière évolue dans une spécialité particulière. Eh bien Chremédia, elle, s'exerçait depuis toujours, et avec délice, à imprégner l'eau de source d'humeurs d'origine animale, mais elle s'acharnait surtout à tester la capacité des mots écrits à se diluer dans un liquide : la force de leur signification lui apparaissait de plus en plus évidente...


Ainsi Chremédia testait ses mélanges. Au fil des heures, la mixture finissait par se troubler, par se colorer, par puer, ce qui ravissait notre dame. Après la macération puis la cuisson, elle balançait un rat sacrifié dans le produit ronflant et procédait à la mise à feu pour l'explosion terminale...


Il s'agissait pour elle d'éprouver son génie, dans le but de créer quelque nouvel être vivant à partir des anciens, une production qui lui survivrait, qui serait son chef-d'œuvre et immortaliserait son génie... Elle poursuivait son objectif, inlassablement, ressassant cette maxime : « Tout rat plongé dans un bouillon en ressort transformé ! »


***


Récemment, dans un ouvrage traitant d'alchimies et de légendes, j'ai trouvé les références d'un recueil oublié : « Mots cuire et maudire pour animaux faire »... Cet ensemble de recettes très spéciales détaille les pratiques de la fameuse « cuisinière de Tasmanie » qui serait ainsi à l'origine de l'apparition dans l'île de couscous tachetés, de bilbys et d'échidnés... Laissez-moi vous dévoiler les secrets de sa dernière composition...


Voici les ingrédients que Chremédia dut rassembler pour son ultime expérience, en plus de quelques litres d'eau pure et du rat habituel. Elle rechercha dans ses collections disparates les meilleurs articles vantant les qualités des pelages de loutre puis ceux qui insistaient sur les propriétés des queues de castor ; elle choisit également quatre schémas légendés d'une patte de canard vulgaire. Elle dut marchander au village voisin pour obtenir quelques dents de lait de petit humain et des œufs de poule fraîchement pondus. Enfin, au dernier moment, elle sortit de sa réserve un bocal douteux contenant une araignée venimeuse crevée...


Un matin, Chremédia remplit donc son chaudron aux trois-quarts et plongea dans l'eau froide les paperasses sélectionnées, dans l'ordre, accompagnant ses gestes d'une psalmodie gutturale incompréhensible et interminable ! Alentour, la forêt retenait sa respiration...


Puis elle touilla, fouetta le liquide, avant de lancer le feu sous le chaudron. Aux premiers frémissements elle jeta dans la soupe l'araignée ratatinée, deux œufs entiers et trois dents de lait. Le tout mijota jusqu'au jour suivant... Au soir du lendemain elle activa la braise, puis saisit par une oreille le rat de service pour le propulser en un moulinet expert du bras dans l'espèce de sauce. Elle entama, intelligiblement cette fois, l'incantation décisive : « Mais où est donc... Orni... Orni... ». Horreur ! Le trou de mémoire ! Elle se mit à bégayer, cherchant désespérément la suite. C'est alors que des projections l'aveuglèrent ! Elle vit tomber sur le sol, au milieu de cendres et de fragments de coquilles, plusieurs petits monstres au corps de loutre, à la queue de castor, les pattes pourvus de palmes et de griffes, certaines agrémentées d'un aiguillon suspect... « Orni... Orni... » ne pouvait-elle s'empêcher de répéter tandis qu'une douleur lui comprimait la poitrine. Chremédia n'eut que le temps d'ouvrir les bras pour prendre l'univers à témoin de ce succès sensationnel ; elle compléta au hasard la formule « Orni... Orni... thorynque » et baragouina un « eurêka » poussif. Puis la diablesse creva, de surprise, comblée, dans sa cabane du bout du monde.