vendredi 29 novembre 2013

éveil

Ce texte en 2013 signes représente ma contribution au concours de nouvelles proposé cette année par la Biennale d'art contemporain en partenariat avec Télérama ( lisez les nouvelles gagnantes sur le site de la Biennale ou dans le numéro 3334 de Télérama, le 4 décembre ) !

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Je suis née à la campagne. Mes parents travaillaient beaucoup, non pas la terre mais ils s'investissaient totalement dans leurs tâches au sein du bourg. Nous ne voyagions pas, juste pour rejoindre l'autre bout du département, à l'occasion d'une fête de famille. Une expédition ! Mon monde se limitait à notre maison, au jardin, à l'école des filles, à la nature alentour. L'ailleurs m'apparaissait dans les livres ou grâce à la radio et, un peu plus tard, par la télévision. Je ne goûtais vraiment ni la musique ni la peinture : on me les imposait comme des exercices scolaires obligatoires.

Adolescente, je me passionnai pour l'écriture et je pus enfin m'échapper vers des provinces voisines, puis des contrées de plus en plus éloignées, souvent au gré de mes amours. Ensuite il me fallut faire des choix, de carrière comme on dit, et je m'installai finalement à Paris. Là je fus séduite, emportée par le mouvement ! Je ne me lassais plus de profiter de tout.

Comment j'en suis venue à fréquenter les galeries ? Eh bien cela date d'une promenade au Centre Beaubourg au début des années 80 : pour frimer, un flirt sur l'esplanade m'entraîna dans le bâtiment, jusqu'aux niveaux du Musée d'Art Moderne. Nous avons suivi un groupe, discrètement, au fil d'une exposition Kandinsky ; le guide expliquait le parcours de l'artiste, l'évolution de ses œuvres, du Cavalier Bleu aux improvisations abstraites. Jusqu'alors j'avais toujours rejeté dans la peinture ce que je ne comprenais pas. Ce qui ne m'apparaissait pas évident au premier coup d'œil ne m'intéressait pas, je n'avais donc jamais rien approfondi. Mais ce jour-là, j'ai été éblouie ! Ce jour-là, ma curiosité s'est éveillée ! J'ai commencé à apprécier l'art et découvert que je pouvais l'atteindre en connaissant mieux l'itinéraire des hommes, des artistes.

Chacune de mes visites au musée me procure désormais le plaisir d'une rencontre et je me dis que chacune de ces rencontres forge ma propre histoire. J'ai tant à rattraper et encore tant à apprendre.


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à lire également, en écho au slogan de cette 12ème Biennale, "Entre-temps... brusquement, et ensuite" : le p'tit mot paradis.

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