lundi 29 septembre 2014

charmant

Sortie du cours de danse ce lundi soir : la nuit est déjà tombée, l’air sent l’humidité, il n’y a sans doute pas longtemps que la pluie s’est arrêtée… Les talons de mes bottes claquent sur le pavé, résonnent dans l’impasse. Je suis la dernière à partir, les autres ont filé, je ne suis pas pressée, personne ne m’attend. La venelle est mal éclairée, pas rassurante, j’ai hâte de rejoindre la Grande Rue où je perçois heureusement un peu plus de lumière et quelques mouvements de voitures. Je regarde où je mets les pieds, prudente, et longe le caniveau où le sol paraît plus égal.

Là, sous l’unique lampadaire, mon regard est attiré par un objet que l’averse récente a rejeté contre une grille. On dirait un livre, un agenda… J’hésite, je me décide, m’accroupis et saisis ce qui se révèle être un portefeuille. Le cuir était déjà usé, mais là il vient de subir les derniers outrages ! A l’intérieur, tout est détrempé évidemment, des facturettes, des tickets de bus, une vieille carte vitale… Dans la poche à billets une dizaine de coupures gondolées de 50 euros, hmm, de quoi se poser un petit problème de conscience !!!

Ah, une carte d’identité, très abîmée : sur la photo je distingue vaguement un visage d’homme disons… mûr ! Les écritures sont noyées ; je crois deviner le prénom, Marcel, et le nom, on dirait… CHARMANT ! Ah c’est sympa ça ! Il y a encore un morceau de papier déchiré, un en-tête de lettre officielle, l’adresse d’un cabinet d’huissiers : CHARMANT et associés… Je pourrai au moins le chercher dans l’annuaire, ils ne doivent pas courir les rues les CHARMANT huissiers ! Je ricane toute seule comme une idiote. Je replace tout comme je peux dans le portefeuille que je glisse ensuite dans mon sac ; je me redresse et me remets en route…

Quelqu’un arrive depuis l’entrée de la ruelle, une silhouette, un chapeau, un imperméable, les lumières trop loin à l’arrière ne me permettent pas de discerner le moindre détail et le visage demeure dans l’ombre. Les semelles pesantes de l’individu provoquent à chaque pas un bruit gras, visqueux. Nous allons nous croiser. J’ai peur. L’autre s’arrête. Je le frôle. Brusquement je me sens agrippée, par le coude. Il serre vraiment fort. Je ne dis rien, je n’arrive pas à ouvrir la bouche, je me demande juste ce qui m’arrive.

« Venez ! » assène-t-il, et il m’entraîne jusqu’au lampadaire près duquel je me trouvais il y a seulement quelques instants.

J’arrive à le regarder, et je le reconnais, c’est l’homme de la photo, dans le portefeuille !

« Monsieur CH… CHARMANT !

– Hé oui pour vous servir, ma p’tit’ dame, je sème, je récolte ! CHARMANT lui-même, huissier pour la vie, pour saisir votre vie !  A la vie, à la mort ! » profère le bonhomme avec grandiloquence.

Et sa main libre brandit une lame que je vois lentement, très lentement arriver sur ma gorge… Le temps de me dire que j’ai eu mon dernier cours de danse aujourd’hui…

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