samedi 25 octobre 2014

théâtre

Les sens en éveil
Sortie de loge, entrée en scène
Théâtre nature



Voir aussi, parlant d'ânes e-mots : profil

jeudi 16 octobre 2014

horoscope

J'émergeais difficilement... Ma radio s'était mise en marche toute seule et il me fallut quelque temps pour réaliser que j'étais tout simplement dans mon nid douillet. Pas d'inquiétude, j'allais me « récupérer » bientôt, mes idées se remettraient sûrement en place et dans l'ordre petit à petit. Cette nuit, je m'en souvenais maintenant, j'avais programmé l'alarme pour ne pas rater l'horoscope de Madame Cristal... En effet les circonstances étaient graves ! Je crois que je me posais trop de questions suite à ma chance inattendue hier, un gain stupide pour un gars comme moi qui vivait seul, par goût, par choix, et qui était déjà plus que nanti ! J'avais joué au casino de la station, par désœuvrement, quelques pièces encombrantes, et une machine m'avait craché tout ce qu'elle avait dans la panse. J'avais raflé et enfourné le magot dans mes poches, avec empressement et ferveur, comme si j'étais... pauvre. Je me voyais faire ensuite le crochet par le bar à Milmile, où j'avais dû payer quelques verres alentour.

Aucune image précise de la suite et de mon retour au Hilton, sinon ce geste, pour régler mon réveil, qui affleurait à la surface de ma conscience et aussi cette pensée qui m'obnubilait : il me fallait l'avis de Madame Cristal, visionnaire, clairvoyante et mondialement réputée. Comment c'était déjà son prénom ? Germaine peut-être... En tout cas elle m'éclairerait sur mon destin de riche sagittaire, et me suggèrerait quoi faire de ce surplus de fric !

Je prêtais l'oreille... « L'argent va à l'argent... », proclamait-elle. Évidemment, j'étais déjà gâté par la vie et les héritages ; la fortune me souriait toujours sans que je la cherche, à chaque coin de rue. « … Faites un effort ! » Non mais ça alors ! Quelle drôle d'injonction de la part de la vieille bique ! Sa vue légendaire baissait décidément ! J'étais indécrottablement misanthrope et sans cœur ; je ferais un effort pour quoi, pour qui ? Pour redonner mon blase, pour sortir de ma retraite dorée ? Voulait-elle que je redistribue tout ce que je possédais ? Et puis quoi encore ? Je n'aimais personne et nul autour de moi ne méritait de profiter de mes largesses. A moins d'investir dans un cépage à la claire fontaine...

Quelle bouillie dans ma tête de bougre ! Et dehors tout paraissait vraiment sombre, tout dans cette chambre était constitué de la même matière opaque. Je m'efforçais d'écarquiller les yeux et ne voyais rien. Mes volets devaient être baissés au maximum, ou bien... La main gauche tendue sur le côté j'effleurai comme une peau rêche : avais-je ramené quelqu'un la veille ? M'étais-je laissé embobiner par une des habituées défraîchies du bistrot au moment de la dernière tournée ? Mais non, je reconnaissais maintenant le contour craqué de mes bottes de récup' en simili cuir gratté. Que signifiaient toutes ces illusions ? Une nausée m'envahit, mon cœur s'emballait comme si je m'étais aventuré sur un manège, sens dessus dessous, un drôle de goût me remontait l'œsophage, une mauvaise humeur se coinçait au fond de ma gorge. J'avais peur ! Je me tournai alors sur le côté pour me laisser glisser au bas du lit...

La lumière se fit soudain. Je me rappelai que ma couche de « fortune » se situait en haut des marches qui reliaient le bout du pont Churchill au quai en contrebas. Je roulai boulai au ralenti pour atterrir sur le pavé et me retrouvai miraculeusement sur les pieds, accroupi, devant mes copains de cloche hilares dont les bras s'agitèrent pour saluer mon arrivée. Ils se tapaient les cuisses en répétant que j'en tenais une bien bonne ! Je distinguai Germaine qui se précipitait lourdement pour m'aider à me relever. Elle me souffla de son haleine avinée : « Ben mon Crésus adoré, fais donc un effort ! »

samedi 11 octobre 2014

Biblihom'thèque

(Au moment de changer la déco de mon p'tit mot et de la nouvelle mognoterie, et en découvrant notamment l'un des papiers peints qui évoque une bibliothèque, j'ai repensé à ce texte, écrit il y a quelques saisons en atelier "au fil de l'écriture" et que je ne ne m'étais pas encore risquée à publier...)


Je n’ose plus compter mes livres… Parfois je m’en veux d’accumuler ces trésors de papier ! Une bibliothèque personnelle assure de petits bonheurs quotidiens mais vouloir s’en réserver l’usage est un comportement bien égoïste. Je suis loin d’avoir lu  tous ces ouvrages de provenances très diverses ! Certains ont échoué ici il y a des lustres par des voies oubliées, d’autres constituent les seuls biens familiaux dont j’ai souhaité hériter. Les plus récents résultent d’achats compulsifs parce qu’avec l’âge je répugne à tergiverser et me permets de nombreux petits plaisirs… J’aime donc les posséder, les regarder, les prendre surtout, les feuilleter, qu’ils soient petits, gros, étroits, larges, minces, œuvres reconnues ou productions vulgaires, qu’ils prennent la forme de recueils ou de dictionnaires… Peu importe leur apparence, je les adore, sans exception, avec leurs différences. Voilà, je me dis amoureuse de mes livres, et très tolérante envers eux, plus tolérante qu’envers… les hommes par exemple !

Ah mais parlons-en de ceux-là ! C’est qu’ils demeurent pour moi un sujet fréquent de réflexion, et de préoccupation ! Je ne me prive guère d’en admirer quelques phénomènes : devrais-je avouer qu’avec le temps ça ne s’arrange pas ? Pourtant je consens à m’afficher avec le même compagnon depuis maintenant plusieurs décennies.

Me voilà tentée de fantasmer sur une existence magnifique - mais serait-elle idéale ? - au cours de laquelle j’aurais la liberté de compiler mes amants comme aujourd’hui je stocke les bouquins. Je les choisirais dociles, évidemment, et ils se montreraient honorés, respectueux et dévoués ; je les installerais progressivement autour de moi, bien rangés et disponibles. Ils me tiendraient chaud au cœur, et au corps de temps à autre ; je pourrais les toucher régulièrement du regard, les contempler à ma guise, saisir à l’occasion l’un d’entre eux, selon mon humeur et mes envies, pour m’en réjouir un moment avant de le reclasser parmi les siens. Et patientez s’il vous plaît ! !

Bon, le problème c’est que je finirais sans doute par dépoussiérer toujours les mêmes. Sensible à leur allure, j’aurais tendance à écarter peu à peu les plus épais ou les trop défraîchis. Prisant la bagatelle, je laisserais s’abîmer les plus sérieux et les classiques. Appréciant malgré tout l’instruction et les discours, je ne résisterais pas aux éloquents ni aux bavards…

Quelle vision délicieuse ! Hélas, à l’heure actuelle, le monde ne comporte pas assez d’hommes libres pour encourager la seule idée de quelque collection similaire. Je fais une croix sur mes hommes livres : dans mon univers de dure réalité je ne posséderai jamais que mille livres, tout court, et un homme, tout seul !