samedi 11 octobre 2014

Biblihom'thèque

(Au moment de changer la déco de mon p'tit mot et de la nouvelle mognoterie, et en découvrant notamment l'un des papiers peints qui évoque une bibliothèque, j'ai repensé à ce texte, écrit il y a quelques saisons en atelier "au fil de l'écriture" et que je ne ne m'étais pas encore risquée à publier...)


Je n’ose plus compter mes livres… Parfois je m’en veux d’accumuler ces trésors de papier ! Une bibliothèque personnelle assure de petits bonheurs quotidiens mais vouloir s’en réserver l’usage est un comportement bien égoïste. Je suis loin d’avoir lu  tous ces ouvrages de provenances très diverses ! Certains ont échoué ici il y a des lustres par des voies oubliées, d’autres constituent les seuls biens familiaux dont j’ai souhaité hériter. Les plus récents résultent d’achats compulsifs parce qu’avec l’âge je répugne à tergiverser et me permets de nombreux petits plaisirs… J’aime donc les posséder, les regarder, les prendre surtout, les feuilleter, qu’ils soient petits, gros, étroits, larges, minces, œuvres reconnues ou productions vulgaires, qu’ils prennent la forme de recueils ou de dictionnaires… Peu importe leur apparence, je les adore, sans exception, avec leurs différences. Voilà, je me dis amoureuse de mes livres, et très tolérante envers eux, plus tolérante qu’envers… les hommes par exemple !

Ah mais parlons-en de ceux-là ! C’est qu’ils demeurent pour moi un sujet fréquent de réflexion, et de préoccupation ! Je ne me prive guère d’en admirer quelques phénomènes : devrais-je avouer qu’avec le temps ça ne s’arrange pas ? Pourtant je consens à m’afficher avec le même compagnon depuis maintenant plusieurs décennies.

Me voilà tentée de fantasmer sur une existence magnifique - mais serait-elle idéale ? - au cours de laquelle j’aurais la liberté de compiler mes amants comme aujourd’hui je stocke les bouquins. Je les choisirais dociles, évidemment, et ils se montreraient honorés, respectueux et dévoués ; je les installerais progressivement autour de moi, bien rangés et disponibles. Ils me tiendraient chaud au cœur, et au corps de temps à autre ; je pourrais les toucher régulièrement du regard, les contempler à ma guise, saisir à l’occasion l’un d’entre eux, selon mon humeur et mes envies, pour m’en réjouir un moment avant de le reclasser parmi les siens. Et patientez s’il vous plaît ! !

Bon, le problème c’est que je finirais sans doute par dépoussiérer toujours les mêmes. Sensible à leur allure, j’aurais tendance à écarter peu à peu les plus épais ou les trop défraîchis. Prisant la bagatelle, je laisserais s’abîmer les plus sérieux et les classiques. Appréciant malgré tout l’instruction et les discours, je ne résisterais pas aux éloquents ni aux bavards…

Quelle vision délicieuse ! Hélas, à l’heure actuelle, le monde ne comporte pas assez d’hommes libres pour encourager la seule idée de quelque collection similaire. Je fais une croix sur mes hommes livres : dans mon univers de dure réalité je ne posséderai jamais que mille livres, tout court, et un homme, tout seul !

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