Une vieille affaire


( Ce texte utilise les contraintes du concours de nouvelles organisé en 2014 par Le Chien Jaune dans le cadre du festival du polar de Concarneau - voir le règlement. )


Déjà vingt ans ont passé depuis que Nicki est revenue vivre à Paris ! Jusqu'à aujourd'hui elle n'a jamais eu de nouvelles du Bistro Breizh ni jamais cherché à en avoir... Un soir de mai 1994, elle a laissé tout ça derrière elle et pris la dernière navette reliant Concarneau à la gare de Rosporden, dans le but de quitter définitivement la Bretagne. Elle se souvient parfaitement de ce trajet, de ce qu'elle a réellement vécu comme une fuite ! Elle se revoit dans le car, comme si c'était hier, seule parce que l'heure était trop tardive pour les gens du coin et que le printemps trop timide avait découragé les touristes. Tant mieux pour elle qui souhaitait plus que tout qu'on la laisse tranquille. Il faisait froid, elle s'était enveloppée la tête et le buste d'une écharpe. Le chauffeur, pressé de boucler sa journée, l'avait à peine remarquée ; en tout cas, il n'avait pas reconnu la chanteuse du Bistro. Pelotonnée au fond d'un siège, elle avait durant tout le trajet gardé les bras serrés autour de son bagage qu'elle collait ainsi contre son ventre, autant pour sauvegarder un peu de chaleur que pour contenir sa tristesse. Il avait encore fallu acheter le billet au guichet et l'employé avait heureusement hâte de fermer au plus vite. Une fois dans le train de nuit pour Paris, elle s'était affalée sur une couchette et laissée aller, résignée, ressassant des images qui l'abrutissaient, des souvenirs récents et pénibles, tandis qu'elle se retrouvait à la fois libre et désemparée.

Oui les détails de sa fuite ont imprégné nettement sa mémoire et ce sont eux qui défilent d'abord dans sa tête, en un éclair, à la vue de ce dessin placé en évidence dans la vitrine des Polars en Bulles, une librairie voisine. Puis tout le reste refait surface...

Le dessin, le passé lui sautent à la figure... Elle se reconnaît sur cette illustration, c'est elle évidemment, avec son look de l'époque, longs cheveux attachés, larges boucles d'oreille et décolleté généreux, qui tourne la tête vers l'entrée du resto et dont les yeux trahissent l'inquiétude. Le resto, c'est le Bistro Breizh, géré par Yannick, un vieux pêcheur reconverti, et sa solide épouse, la Gwen... A côté de Nicki se dresse Greg, le chef de la bande à laquelle appartenait Ronan son bel amoureux transi, fils de Yannick. Greg le costaud, au cou massif de taureau, Greg le lourdaud, cachant ses pectoraux sous un blouson qui semble trop petit pour lui, Greg le roi du hot-dog frites qui tenait alors de main ferme tout le marché du commerce ambulant autour de la baie de Concarneau, Greg qui l'avait comme ensorcelée.

Nicki, à cette époque, tout en donnant occasionnellement un coup de main pendant les services, chantait trois soirs par semaine au Bistro Breizh, offrant aux convives quelques vieux standards de jazz qui les changeaient un peu de leurs refrains de marins. Mais cette fois-là, quand tout a basculé, le soir de cette scène si réalistement crayonnée, Nicki ne bossait pas. Greg avait décidé d'improviser une descente chez Yannick et intimé à la jeune femme l'ordre de l'accompagner. Dès son entrée dans le Bistro il avait brandi une arme, un wahlter hérité d'un bandit en cavale hébergé l'année précédente, confirmant ainsi sa détermination à imposer sa loi, coûte que coûte ; il se trouvait clairement là pour régler ses comptes et elle, eh bien elle espérait calmer le drôle de jeu, obtenir par sa présence un dernier arrangement...

Dans le fond du décor, par la baie en devanture, on distingue la silhouette du beffroi de la Ville Close, un bout de remparts aussi. Dans le ciel sans étoiles, un croissant de lune... Une immense nostalgie inonde le cœur de Nicki, et une sensation de gâchis. Tiens, Nicki se souvient de ce client, le père Gloanec, un habitué, que le dessinateur a pourtant à peine esquissé près de la vitre : terrorisé par l'arrivée de Greg il s'était mis à gémir par intermittence, des plaintes comme des suppliques. Et c'est l'autre client, ici représenté de profil, qui s'était plus tard incliné sur Ronan et dont aujourd'hui la photo trône sur le présentoir central des Polars en Bulles, près de sa première de couverture. L'auteur de la bande dessinée, aux cheveux déjà blancs à l'époque du Bistro Breizh, apparaît bien sûr plus marqué, le visage émacié, les rides profondément creusées, mais il est clairement identifiable : la pipe à la bouche, comme autrefois, et portant le même type de lunettes à monture en écaille, Nicki retrouve l'allure générale du personnage. Car elle le voyait souvent, ce fidèle du resto, si attentif, que le patron appelait avec un petit air moqueur « Monsieur Georges » !

***

En janvier 1994, Nicki se présente dans un resto en face de la Ville Close, de l'autre côté de la place Jean Jaurès. L'établissement appartient à Yannick, anciennement marin-pêcheur, qui avait rencontré son père au Sénégal, il y a très longtemps, lors d'une escale de son chalutier. Les deux hommes avaient sympathisé, étaient restés en relation. Puis, à la naissance de leur fille, les parents de Nicki désirant quitter Dakar, s'étaient installés à Paris où ils avaient vécu plutôt heureux. Hélas le couple vient de disparaître dans un accident de voiture et Nicki a du mal à faire son deuil ; il lui faut changer d'air. Concarneau, pourquoi pas ?

L'épouse de Yannick, c'est Gwen, une figure locale, qui a persuadé son mari de ne plus se risquer en mer ; ensemble ils tiennent maintenant le Bistro Breizh. Les Concarnois clignent souvent de l'œil vers la Gwen en appelant gentiment l'endroit Bistro Book Breizh : car la patronne aime la bonne chère, certes, elle a aussi la fibre commerçante, mais elle est par-dessus tout une grande lectrice. D'ailleurs elle a transmis le virus à son fils Ronan. Tous deux ont équipé le fond de la salle à manger de quelques étagères pour recevoir des livres et créé une sorte de bibliothèque emplie de romans voyageurs, des polars, des récits, des bandes dessinées. Les clients posent, emportent les histoires qu'ils veulent, ils ne viennent plus là seulement pour discuter de la pluie et du beau temps, même plus pour les galettes confectionnées par Yannick. Ils viennent pour... l'ambiance !

Quelques écrivaillons aussi fréquentent les lieux, dont Monsieur Georges, remarquable par son look à la Simenon, et que Gwen chouchoute particulièrement. Lui se prend d'intérêt pour Nicki dès son arrivée, un intérêt à la fois littéraire et artistique, puisqu'il trimbale partout cahier d'écolier et carnet de croquis. Elle l'inspire... Pour Gwen, la jeune femme fait vraiment l'affaire, elle semble courageuse, elle est bien roulée et avenante... Elle chante et se débrouille si bien dans ce domaine que les clients en redemandent. Pourtant du jazz, c'était pas gagné ! La patronne explique aux consommateurs curieux qu'après l'arrivée de ses parents dans la capitale française, la petite Nicki avait été subjuguée par la voix de Nina Simone entendue chez une dame où sa mère s'occupait de repassage ; ensuite l'enfant avait beaucoup travaillé la musique, l'adolescente avait fréquenté des clubs, participé à plusieurs groupes...

En trouvant refuge chez Gwen et Yannick, à la recherche d'un foyer généreux pour se ressourcer, Nicki devient un nouvel atout pour le Bistro Breizh, une attraction sensationnelle. La recette explose au bout de quelques semaines.

Mais la belle artiste a tapé aussi tout de suite dans l'œil de Ronan qui la présente à cette bande qu'il fréquente depuis quelque temps. Le chef est un gars qui vient de Brest, se prend pour un caïd et a repris le marché des caravanes à frites saisonnières. Justement Yannick a demandé à ce Greg, il y a quelques jours, de déplacer une de ses baraques campée juste en face de la vitrine, sur le parking, et qui leur masque la vue sur le port...

Greg tombe fou amoureux de Nicki, il la veut pour lui, lui seul, même si elle n'est pas d'accord. Ronan doit s'incliner ; il lui faudrait plus de culot pour aller contre la volonté, les désirs et les décisions de Greg. Nicki se laisse pourtant envoûter par le chef, elle le suit partout, lui avoue même ses rendez-vous avec Ronan, ce qui rend Greg furieux. Qu'un gringalet, censé être à sa botte, marche sur ses plates-bandes, il ne peut l'accepter. Il veut forcer Ronan à s'excuser, que celui-ci paye l'affront de convoiter un bien auquel il n'a pas droit. Si le fils n'a pas de fric alors c'est le père qui paiera ! D'ailleurs celui-ci ne rétribue pas les prestations de Nicki à la mesure de son talent ! Pourtant le commerce du Bistro Breizh marche au-delà du correct depuis qu'elle anime leurs dîners ! Et Yannick, ce vieux schnock, voudrait en plus l'exclusivité de la vue sur le port ?

Greg mélange tout... Il ne monte aucun plan car c'est un impulsif. Heureusement, des potes le conseillent pour son business mais quand il s'agit de sentiments, ses élans sont toujours spontanés et forcément excessifs. Ce qui accélère le mouvement c'est que Nicki vient de lui annoncer qu'elle attend un môme... Surtout elle laisse planer un doute, un doute sur le père. Greg devient fou de jalousie et décide d'agir.

***

Après avoir découvert le dessin dans la vitrine des Polars en Bulles, Nicki est entrée dans la librairie, puis revenue le lendemain pour rencontrer l'auteur de Bistro Book Breizh, ce Serge Gonin qui n'est autre évidemment que... Monsieur Georges !

« Yannick et Gwen aimaient bien me faire marcher en m'appelant ainsi. J'ai toujours eu un faible pour les intrigues à la Simenon tu comprends. Moi ça m'amusait, ça me flattait, je trouvais que c'était un beau compliment. Des gens bien, tous les deux. Le Bistro Breizh était comme une deuxième maison pour moi. Après ce qui s'est passé, l'affaire a pris l'eau évidemment. Je n'avais pas d'argent à l'époque mais j'ai promis de reprendre le resto, quand je pourrais... Et puis j'ai promis pour toi aussi, de te retrouver. Maintenant que c'est fait, il ne me reste plus qu'à t'inviter, à Concarneau, dès que possible... Tu viendras n'est-ce pas ? Tu sais, Gwen regrettait sa décision, à ton propos je veux dire. Elle disait qu'elle t'avait jetée dehors, qu'elle avait été trop sévère avec toi...»

En ce fameux soir de mai 1994, le soir du départ de Nicki, Gwen avait pris son courage à deux mains pour lui parler. Dans leurs regards roulaient les mêmes vagues de douleur, aussi intenses. La mère de Ronan parlait difficilement ; tendant une sorte de besace à Nicki, la pauvre avait articulé avec peine : « Prends et... Va-t-en... Tout cela, c'est ta faute... Il faut que tu t'en ailles... Vite... Je ne supporterai plus, de te voir... Si je ne te vois plus, alors je ne t'en voudrai pas... J'essaierai... »

Ce que Gwen ne peut évidemment pas oublier, ce qui n'aurait pas dû se produire, c'est le scénario de la semaine précédente, à la tombée de la nuit, quand Greg fait irruption dans la salle à manger, suivi par Nicki. Restent alors seulement deux convives attablés, des habitués du pousse-café ou de la tisane allongée... Le père Gloanec près de la vitre sursaute ; comme pris de malaise, il se met tout de suite à émettre de drôles de gloussements. Monsieur Georges lâche son crayon, il entreprend de se lever, doucement... Greg est planté sur le seuil du restaurant, il promène son regard glacé de gauche à droite, de droite à gauche. Nicki tente quelque chose... « ça suffit » souffle-t-elle en tendant une main vers le coude gauche de Greg. Celui-ci se dégage et sort une arme d'un étui caché sous son blouson de cuir. Un cri s'élève alors, provenant de la porte du couloir qui mène aux toilettes et à la remise : c'est Gwen ! Nicki tourne la tête vers la patronne.

Au même moment, Yannick apparaît derrière le comptoir, évalue la situation en un clin d'œil, lance à Greg : « Lâche ça petite vermine, t'es pas un peu con de sortir ton attirail dans mon restaurant !

– Je fais ce que je veux, et je veux ce que tu me dois !

– Je te dois rien, tu délires ! C'est toi qui gênes mon commerce ! Range ton calibre, tu te crois où ? Sois raisonnable, tu es capable de faire du dégât avec ça ! Pas chargé au moins ? Tu sais ce que tu risques si les flics débarquent ?

– Bien sûr il est chargé ! Tu crois que je rigole, tu crois que ça m'amuse tout ça ? Ton fils me met des bâtons dans les roues ! Pour que je te foute la paix, envoie donc ton gamin bosser ailleurs ! Et non seulement ça, mais je veux dix mille balles pour l'embrouille avec ma baraque là devant. Dix mille pour que je te laisse le paysage, c'est pas cher ! Après je te fous la paix et je te laisse faire ta popote de pépère. Allez, ouvre ton tiroir caisse.

– Écoute Greg, supplie Nicki, c'est pas la faute de Yannick si... Enfin il n'a rien à voir dans ce que... C'est lui qui m'a recueilli ici, c'est pas juste qu'il te rende des comptes. Ici tout le monde a été bon pour moi, si tu veux je te donne un peu d'argent, sur ma paye !

– Arrête Nicki ! Ce gars exploite ton talent et son morveux te fait croire monts et merveilles... Tu es avec moi, tu restes avec moi, et eux là, père et fils, ils allongent la tune... »

C'est alors que Ronan entre dans la pièce par la porte de la cuisine, à l'opposé de là où se trouve sa mère. Il ne s'est pas rendu compte de l'embrouille en salle, tout occupé à porter un plateau chargé d'assiettes propres et de couverts : « Chaud devant ! Qu'est-ce que... ? » commence-t-il, tout en écarquillant les yeux.

A partir de là, tout s'enchaîne très vite. Greg fait un pas de côté, heurte le client près de la vitre qui hurle cette fois et bondit de sa chaise. Yannick se précipite pour atteindre le bras de Greg, tente de le désarmer. Un coup de feu claque, Ronan s'écroule, dans un bruit de porcelaine brisée. Monsieur Georges en deux enjambées se porte au chevet de Ronan, il s'agenouille et se met à palper le jeune homme. Nicki les rejoint, les paumes plaquées devant son visage. Yannick, lui, saisit un couteau parmi les couverts éparpillés, le braque, pointe en avant, vers Greg, donne de l'élan à son bras et frappe, à plusieurs reprises. Greg, d'abord éberlué, s'effondre mais trouve la force de rediriger son arme vers le patron et de tirer une seconde fois. Il y a un grand silence avant que Gwen ne comprenne enfin toute la scène. Elle ose un pas, deux, et tombe sur place, évanouie. Gloanec est déjà sorti, a galopé vers le boulevard, il est devenu comme fou. Monsieur Georges se relève et décroche le combiné du téléphone...

***

Concarneau ne lui semble guère avoir changé en vingt ans... Des constructions d'allure plus moderne s'élèvent le long des rues, des quais, mais Nicki se retrouve sans peine. Autour de la place Jean Jaurès cependant, nombre d'enseignes ont changé. Le Bistro Breizh n'existe plus... L'ancienne grande baie vitrée par laquelle on voyait autrefois de l'extérieur toute la salle du resto de Yannick a été remplacée par des fenêtres plus modestes à petits carreaux colorés : au menu du « Comptoir de Georges », des plats élaborés, tous produits de la mer, fraîcheur garantie. Mais lorsque Nicki passe la porte, son regard parcourt la salle et s'arrête sur la bibliothèque d'autrefois, une petite estrade aussi, celle que Yannick avait construite pour elle... Ce n'est pas encore l'heure du service, la grande pièce est vide. Un bruit de conversation parvient jusqu'à elle, venant de la cuisine qu'elle sait se trouver là, derrière la porte battante fraîchement repeinte. D'ailleurs tout est propre, tout semble neuf... Le linge de table aussi...

Nicki se souvient des nappes dont on avait recouvert les corps de Yannick et de Greg, des ambulances qui emportaient Ronan, que l'on avait en vain essayé de ranimer sur place, et Gwen qui s'était redressée, délirante... Les jours suivants, impossible pour Nicki d'approcher le lit de Ronan à l'hôpital, les consignes étaient strictes, on respectait le vœu de sa mère... Gwen voulait attendre seule que Ronan se réveille, puis ils essaieraient ensemble d'oublier Nicki : celle-ci n'était-elle pas responsable, de tout, n'avait-elle pas tourné la tête des uns et des autres ? Les souvenirs des parents de Nicki qu'avec Yannick ils avaient gardé précieusement pour elle, l'argent qu'ils lui doivent, elle a tout mis dans un sac et fini par demander à la jeune femme de partir, le plus loin et le plus vite possible.

Monsieur Georges, que Nicki ne se résout pas à l'appeler Serge, sort de la cuisine et se précipite pour l'accueillir. Il est heureux qu'elle se soit décidée à faire le voyage. Il préfère finir de tout expliquer ici, dans l'ancien Bistro...

«... Ronan est resté longtemps dans le coma, des mois, puis il s'est réveillé mais sans souvenirs, totalement amnésique, et il n'a plus jamais remarché... Gwen s'est occupé de lui, ils sont morts l'année dernière, à quelques semaines d'intervalle. J'ai attendu pour écrire toute cette histoire, je ne voulais pas remuer ça alors qu'ils étaient encore là. Dans les années 2000, le Bistro Breizh avait été cédé à un pizzaïolo qui cherchait à s'installer dans le coin. Mais j'avais promis à Gwen de racheter l'affaire, quand je pourrais. Alors voilà, c'est fait ! L'album Bistro Book Breizh m'a rapporté suffisamment. Je me suis dit que tu en entendrais peut-être parler. Tu sais, j'ai suivi ton parcours : tu as changé de nom, tu voyages dans le monde entier... Mais ce que tu as vécu à Concarneau... Enfin, si tu veux, tu as ta place ici. Tu pourrais t'installer, chanter, comme autrefois... »

Des larmes perlent aux coins des yeux de Nicki, elle baisse d'abord la tête puis la relève et enfin se décide : « Oui... Je crois que ça me plairait, mais... Voyez-vous, il faudra loger deux personnes... Je ne suis pas seule... ». Reculant vers la sortie du Comptoir de Georges, elle ouvre la porte et désigne une très jeune femme qui semble l'attendre sur le trottoir : « Personne ne le savait, seulement Greg. Elle a dix-neuf ans, voici Lula, la fille de Ronan... »

(Martine Falgayrac - mai 2014)

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