mes p'tits fonds de tiroir

Cette page est encore régulièrement complétée et rassemble des textes personnels inédits, écrits ou non en atelier d'écriture, que je suis en train de récupérer... 





Je me présente : Accueillant, fier de mon allure, fier des lettres qui me composent, fier de ce que je suggère, fier enfin d'être chargé d'organiser la réunion qui aura lieu ce soir, ici, entre mots alliés et représentants de la langue française ! Une rencontre dont le but est de célébrer notre bel univers dédié à l'écriture et au partage... Ciel ! Je suis si heureux, il ne faudrait pas que je vous paraisse pour autant imbu de moi-même, c'est tout l'inverse !

Lorsqu'on m'a sollicité pour organiser ces agapes, sous le prétexte que je paradais en tête de liste par ordre alphabétique, eh bien j'ai accepté aussitôt ! Quelle délicieuse tâche, n'est-ce pas ? Je me suis investi à fond, très motivé, comme un premier de cordée, conscient de ma responsabilité, et espérant bien me montrer à la hauteur de la confiance accordée.

J'ai tout préparé avec mon ami de toujours, ce fidèle Complice, et, par exemple, nous avons essayé de disposer harmonieusement les couverts, ornant la table de quelques feuillages, enluminant l'espace de compositions décoratives aux couleurs variées. Chacun trouvera, sous sa serviette artistiquement pliée, les paroles d'une chanson d'amour pour l'humanité, et nous pourrons, c'est sûr, à un moment ou à un autre, l'interpréter en chœur pour affirmer notre solidarité.


Je n'ai heureusement reçu aucun coup de fil m'annonçant un retard ou une défection... Et ça y est, j'entends le premier tintement de sonnette à la porte d'entrée. Je me sens soudain fébrile, et excité en même temps. Encore une fois, je me le répète, je ferai de mon mieux, j'essaierai de mettre à l'aise tous ces mots présents, pour que nos échanges soient agréables et sincères, autant que possible.

Aïe ! C'est un convive redouté qui arrive en éclaireur ! Ce Réseauter, trop souvent excessif, galvaude sur la toile les caractères de l'amitié en confondant le nombre et la qualité. Ce verbeux au physique incertain, dont j'ai toujours du mal à enchaîner les syllabes, appartient, je le sais, à la famille Réseau, de solide réputation, mais la virtuelle hyperactivité de ce rejeton, son agitation perpétuelle, sa nette propension à sauter, ressauter et tressauter, me fatiguent !

Allons, un effort ! J'ouvre... Et voilà que le pauvre bougre me présente ses hommages timidement, s'emmêlant même dans les formules ! Je lui tends la main, le rassure et nous nous accordons chaleureusement. Le jeunot n'est pas si redoutable finalement ; ne manquerait-il pas seulement de maturité ?

Derrière lui se profilent les autres lauréats invités. Je les accueille donc puis, par petits groupes, ils se donnent mutuellement des nouvelles... Enfin nous pouvons passer aux réjouissances gourmandes dont le déroulement sera évidemment transcrit et diffusé à toutes les rédactions de la sphère francophone.

Mais je laisse ma porte entrebâillée. Faites savoir autour de vous qu'il y a encore de la place à nos côtés, que l'on peut encore nous rejoindre pour festoyer : chacun de nous, de vous, participe à tisser les liens du langage des hommes, les aidant ainsi à communiquer et à mieux se comprendre. Montrons-leur que nous sommes plus que jamais alliés, pour eux. Je suis votre hôte, et chaque mot, petit ou grand, de tout âge et de tout temps, rare ou gros, propre ou commun, noble ou peu lettré, sera le bienvenu !

(Semaine de la langue française et de la Francophonie - "Dis-moi dix mots qui nous relient" - 2011)


***




Armand l’avait croisée plusieurs fois, les jours de grand vent, sur la corniche, alors qu’elle semblait goûter, comme lui, le branle-bas de l’horizon et des vagues… Quand on attend l’assaut final du temps… Quand les couleurs n’en peuvent plus de résonner entre mer et ciel… Quand une colère sourde se fracasse dans les rochers ! Un scénario idéal dans lequel il était facile de noyer ses tourments…


Il rencontrait donc souvent, sur le dangereux chemin côtier, la drôle de silhouette pressée, mais qui jamais au passage ne lui accordait un regard. Il l’apercevait aussi, régulièrement, au village, cette petite dame solitaire aux habits simples et pratiques, à l’allure décidée, les pieds à l’aise dans de larges et confortables chaussures de marche. Il avait remarqué son itinéraire précis de courses, comme programmé, qui lui assurerait les provisions juste nécessaires. Elle passait d’abord à la bibliothèque puis traversait le marché, s’arrêtant aux étals uniquement familiers ; elle terminait son tour par la poste, sans s’être attardée nulle part. Sans jamais discuter. Plutôt une taiseuse !


Armand avait cuisiné le facteur, pour en savoir un peu plus, mais ce dernier n’avait pu que lui donner des informations sommaires. Le préposé faisait rarement étape au cottage isolé où habitait celle que tous les gens du coin appelaient « l’étrangère ». Tout au plus deux ou trois fois dans le mois lui livrait-il un colis qui paraissait contenir des livres ou des disques ; plus épisodiquement encore, il apportait une simple lettre, mais il avait remarqué qu’elle provenait invariablement de Nouvelle-Zélande… A chaque visite il devait sonner plusieurs fois à la barrière du jardin ;  de la musique s’échappait toujours de la maison, des airs somptueux. La dame s’échinait dans une serre ou à quelques travaux de bricolage, perdue dans ses rêves ou peut-être dans ses souvenirs… Elle ne proposait jamais de verre, ni rien. Une sauvage, vraiment !


Armand avait aussi droit à un surnom dans le pays : lui c’était « le parigot » ! Alors il tolérait mieux que les autres l’attitude de « l’étrangère » et ressentait même pour elle une certaine sympathie… Cachait-elle un lourd passé, était-elle minée par ses chagrins ou, comme lui, écœurée par la ville et par la société en général ? Avait-elle voulu fuir loin des normes nouvelles, des échanges forcés, de toutes ces folies humaines modernes ?


D’abord il avait songé provoquer une conversation. Les femmes mystérieuses avaient toujours aiguisé sa curiosité et son désir. Mais non, il devait le respect à celle-ci, étrange et semblable, il allait se comporter avec elle comme il souhaitait qu’on se comporte avec lui. Ainsi, ils continueraient à se croiser, sur la corniche ou au village ; ils se reconnaîtraient toujours, mais aucun ne briserait jamais l’intimité de l’autre, tout au plus finiraient-ils par s’adresser un signe timide, un hochement de tête, par connivence contenue…


(4 novembre 2010)



***

LETTRE À ANÉMONE



Chère petite sœur, ma petite fleur du vent,


Tu me demandes des nouvelles, de nous, de moi surtout ; tu aimerais bien savoir, par exemple, ce que je peux bien faire de toutes ces heures désormais libres. C’est vrai que toi la travailleuse acharnée, tu les imagines immenses, ces nouvelles plages de mon temps, de ma nouvelle vie… Mais figure-toi qu’elles ne me paraissent pas si vastes ; chaque jour je les trouve vite parcourues et je voudrais qu’elles s’étirent et me permettent d’explorer encore et encore. J’ai vraiment l’impression qu’il me faudra une seconde existence pour réaliser tout ce dont j’ai envie. Dans celle-ci je tâtonne, je ne peux pas aller au fond des choses ; je papillonne et goûte à tout sans rien approfondir. Je ne me pose sur rien très longtemps, sauf peut-être devant l’écran de mon ordinateur, pour écrire…


Quant au jardin, j’y mets les pieds de temps à autre… Je n’ai pas la main verte, je me contente souvent d’arroser mes plantes et d’enlever les mauvaises herbes ; il m’arrive de parler à quelques roses, d’égaliser la coiffure de mes buis. Je cueille aussi mes tomates… Mon petit coin de verdure est un univers tranquille, disponible, accessible. J’y installe parfois un fauteuil, une chaise longue, en soirée, pour lire. Au même moment, il y a encore quelques bandes de joyeux martinets qui se croisent dans le ciel en piaillant et s’exercent à dessiner dans le ciel des figures compliquées. J’adore les prévoir, les entendre, les suivre du regard. Je profite comme eux des dernières douceurs de la saison.


En fait je ne « cultive » pas mon jardin, mon bout de terre, je l’entretiens tout juste. J’avais une amie qui m’apprenait la nature, mais elle est partie sans crier gare, je veux dire pour de bon, tu comprends ? Alors, depuis, je n’ai plus le goût ni l’envie d’en faire plus que nécessaire.


Avec toi autrefois nous allions au théâtre ; nos sorties sont rares désormais. Comme je suis souvent seule je préfère le cinéma ; je me décide au dernier moment, à n’importe quelle heure, quand ça me chante. Je planifie de moins en moins, je m’écoute et vis à mon rythme.


Ne m’en veux pas de me replier ainsi et de paraître presque prendre mes distances. La disparition de mon amie m’a profondément touchée, ce fut une épreuve bien cruelle, très difficile à surmonter. Qu’est-ce que tu dirais de me raconter plutôt tes aventures, toi ma petite Anémone qui as su profiter d’un joli courant d’amour pour t’envoler dans un lointain pays tout ensoleillé ? Ne t’inquiète pas trop pour moi, je vais quand même bien dans l’ensemble, ne t’en fais pas.


Je t’embrasse,


Sylvette


(7 octobre 2010)





***

DU ROUGE ET DE LA BLANCHE

(variation sur l’air du Petit Chaperon Rouge)


Une fois enfilé son ti-shirt noir à l’effigie du groupe INKY (I NiKe You pour les non-initiés), Sami visse une casquette rouge sur son crâne fraîchement rasé en calant la visière sur sa nuque. Prêt, ou presque : il vérifie encore la bonne position des protections genoux à travers le pantalon baggy, défait un cran de ceinture pour gagner en liberté de mouvement, se tortille un peu les hanches, pour voir. Il enfile les mitaines, indispensables. Parfait ! Il débusque d’un habile coup du bout du pied le skate garé entre deux nains de jardin, sentinelles à la porte de chez sa reum, et vérifie que celle-ci a bien inséré le paquet promis entre les deux épaisseurs de la planche. Il clipse le bord de la cachette, dresse l’engin et se dirige vers le portail : « J’y vais ! » crie-t-il à l’intention de la silhouette qu’il croit discerner derrière les rideaux d’une fenêtre.


La mission de Sami est claire, comme la poudre qu’il transporte : en gros, traverser la ville avec son panier garni. Descendre la Grande Côte, passer les Terreaux, sauter le Rhône et foncer sur Charpennes. Là, le parrain l’attend, enfin disons qu’il attend plutôt la galette ! Au dernier étage de l’immeuble du MacMo, Ben le Boss, un vieux caïd qui règne sur la filière locale, mise sur Sami pour une livraison encore une fois exceptionnelle ; il compte bien d’ailleurs prélever une dose pour sa consommation personnelle !


Sami déroule son p’tit voyage sans se préoccuper plus que ça de regards embusqués. Insouciance de la jeunesse… Il devrait se méfier pourtant : à mi-pente, derrière un tricycle-benne dont le conducteur vient d’être estourbi net par un direct imparable en plein pif, il y a Slim le Bègue. Slim guette Sami dont il pense connaître le parcours. La casquette du môme est facile à repérer, le voilà, pied gauche frappant en rythme le pavé, roues droites disciplinées, gérant en pro sa vitesse et les marches irrégulières. Slim se propulse en travers de la route, comme un ouf qu’a pas pensé à regarder. Surprise de Sami qui se retrouve cul et gants par terre, baskets en l’air, planche en auto-propulsion directe sur le gêneur qui négocie heureusement l’arrivée de l’objet. « Pa…pardon mec ! Ça va ? Tiens, t…t…on engin ! Pa…pas mal ! So…lides, ces t…trucs-là ! » Sami ne s’éternise pas, récupère son bien, remercie d’un signe de tête. L’autre le regarde partir, se marre et crache. Il se doute que le gamin va s’arrêter boire un coup derrière la fontaine où sa copine a sûrement déjà fait chauffer sa bière. Comme il l’a dans la peau, il brûlera pas l’étape ! Ainsi Le Bègue a le temps de pousser jusqu’à Lyautey où il vérifiera encore le passage de la mule. S’il a bien supposé le trajet, il ne restera plus qu’à filer le gars sur le dernier tronçon, et le doubler au final. Aujourd’hui, la gloire lui tend les bras, il peut faire d’une pierre deux coups, taxer le chargement et buter le destinataire. La loi du plus fort lui permettra de gravir vite fait des échelons dans le réseau.


A Lyautey, ça roule toujours, ça baigne donc. Samy ne remarque rien. Depuis qu’il joue le transbordeur pour sa mère Djamila la Canaille et qu’il assure la même ligne, son attention s’est émoussée, hélas ! Il remonte maintenant Vitton à contre-courant sur la rue, puis sur le trottoir, indifférent aux jurons des passants qu’il croise, « n’importe quoi ces jeunes… non mais, attention aux vieux… quel effronté celui-là… ». Il passe le chemin de fer, évite le tram de justesse et se retrouve en bas de chez Ben le Boss.


Mais Slim est déjà sur le palier du 8e ; il a bloqué la porte palière de l’ascenseur pour retarder la montée de Sami. Il sonne, fait un effort, prend une profonde inspiration : « Ou…ouvre Pépé, it…’s me ! » Quel bol ! Le senior ne se méfie pas, il est sénile ou quoi ? Il ouvre et Slim se précipite, refermant la porte derrière lui d’un prompt coup de pied ! « J’t’apporte ta d…dose ! » lance-t-il en même temps qu’un uppercut fatal à la mâchoire de l’infirme qui n’a pas le temps de réaliser quoi que ce soit ! Slim traîne le corps derrière la première commode du vestibule, prend la place de Ben dans son fauteuil roulant, remonte bien haut la couverture…


Quand Sami se pointe, il reconnaît à peine le parrain, « on dirait presque que tu rajeunis dis donc ! » ; il aurait pu s’étonner du piercing sur l’oreille droite de l’ancêtre mais pas le temps : avec un barouf du diable, la porte explose et une armée de keufs investit l’appart en beuglant… Mince, les chasseurs !


(8 avril 2010)




***

HIVER (DE DAME)



Bulletin météo dans ma salle de bains : « … De nouveaux départements en alerte… On prévoit de violentes averses de neige… »


Ce matin, me regardant dans le miroir, ou plutôt « scrutant » mon visage, face, profil, le droit, le gauche, et essayant, pour arranger un peu le coup, de dompter quelques mèches trop longues, trop courbes, trop indisciplinées, je trouve effectivement que l’hiver a bien commencé… Le vrai hiver ! Et ces ignobles cheveux trop clairs qui s’imposent, et s’exposent de plus en plus, font naître en moi des sentiments mêlés. Me voilà ballottée entre passé et avenir. D’abord, j’ai bien envie de me rembobiner… Et pourtant, si je fais le bilan, honnêtement, celui-ci n’est-il pas généreux ? A présent, ma vie est confortable, préservée. Quelques regrets imbéciles me frôlent pourtant, mais non, j’ai honte. Au diable, n’y pensons plus ! Quels sont mes projets plutôt ? Aïe ! C’est que j’ai peur de demain, quand les flocons justement joueront les prolongations : car ils réussiront bien à me convaincre que le printemps ne me concerne plus, qu’il se réserve au reste du monde…


Donc là, sortie de douche, dans une ambiance lourde et moite, je gamberge et me sens à la fois vieille, moche, idiote, et seule. Car c’est bien là le problème, n’est-ce pas ? La solitude nous inonde et il arrive un moment où elle ne négocie plus. Je sortirai tout à l’heure, mais ce sera du carnaval. Je vais encore promener mes rides d’expression, en jouer et les creuser de rire pour faire croire que je ne crains rien ni personne. Mais qu’est-ce que ça changera à la réalité du temps qui passe, je n’échapperai pas au destin commun, je resterai en hiver jusqu’à ce que la fontaine m’ait définitivement submergée, ensevelie ; je serai oubliée…


Oh la la ! N’importe quoi ! Je souffle sur la glace pour bousculer un peu mon reflet : mais ressaisis-toi, nom de nom, arrête ton cirque, couvre-toi chaudement, l’heure n’est pas arrivée, profite de ce que les blanches et concrètes averses annoncées peuvent t’offrir d’aventures, sens, goûte, prends la vie au jour le jour, regarde où tu poses chaque pied, enfonce-toi dans la neige et écoute-la crisser autour de tes bottes !…
Un coup de brosse ! Une petite crème ! Mes habits, vite ! Derniers coups d’œil, furtifs, au miroir, juste l’appoint essentiel ! Après tout, qui s’apercevra de ces trois ou quatre cheveux un plus gris, ou blancs ? Qui me détaillera vraiment comme je m’attarde égoïstement à le faire… Une petite laine enfin, et je fuis… La porte s’ouvre sur un rideau de neige, le journaliste à la radio disait juste ! Je fonce…

(11 février 2010)




***

VINAIGRE



Lettre de Marie-Jo, Plessay, France

à Fanny, Wellington, Nouvelle-Zélande



Plessay, le 3 janvier 2010



Bonjour Fanny,


Tu vas trouver étrange que je t’écrive aujourd’hui, je ne suis pas si courageuse question correspondance. Mais j’ai trop envie de te raconter…


Voilà, tu sais que depuis quelques jours je suis de retour à Plessay. Je range, je trie, je jette, j’emballe toutes les bricoles accumulées par mamie Berthe. Je dois avoir débarrassé pour la fin du mois. Je soulève des tonnes de poussière ! Il y a de tout et de rien mais le problème c’est que chaque chose me ramène à nos séjours d’autrefois et je ne saurais me séparer de certains objets, des jouets, des jeux… J’ai décidé de les garder, pour nous, pour toi, pour sauvegarder un peu du passé, un bout d’enfance…


Nos rires d’autrefois me tiennent compagnie, à chaque pas, à chaque meuble déplacé, à chaque découverte. Ce qu’on a pu courir ici, et crier, se cacher, se disputer ! Je viens de dénicher les vieilles cordes à sauter, toutes rongées, aux poignées de bois écaillées, rappelle-toi, celles qui nous servaient aux concours de « vinaigre » ! Dans un coin du grenier il y a aussi les boîtes rondes de cirage qu’on récupérait pour servir de palets à la marelle. La mallette de jeux de société est intacte ; les petits chevaux, les dames, le nain jaune sont restés à l’abri. Seuls les petits fermoirs métalliques ont quelque peu rouillé. J’ai dû forcer le gros étui à dominos, le couvercle de bois ne glissait plus ; je me suis aperçue qu’il manquait le double six. Tu te souviens comme tu avais horreur de ces parties avec mamie qui ne voulait jouer à rien d’autre ?
Sous l’escalier, j’ai récupéré des assiettes miniatures en plastique, reliquats d’une dînette que nous avions reçue en cadeau un matin de Noël et qu’il avait fallu essayer de partager. On s’était bien battues, et sacrément tiré les cheveux. Mais qui nous avait séparées ? J’ai oublié. Dans la remise, nos vieilles patinettes à pédale étaient coincées derrière l’établi, je ne te dis pas la couche de crasse et les bestioles !


J’entasse tout dans mon coffre, il va me falloir plusieurs voyages jusqu’en ville. Dis, quand te décides-tu pour une escale en France ? Quand reviens-tu me voir ? Tu joues au globe-trotter depuis trop longtemps. Tu me manques. Je me suis plongée dans nos vieux albums photos mais j’ai du mal à organiser tous mes souvenirs et j’aurais bien besoin de toi.


Je t’embrasse.

Marie-Jo



Réponse de Fanny à Marie-Jo



Wellington, le 7 janvier 2010



Salut Marie-Jo,


Sacrée petite sœur, tu peux te vanter de m’avoir fait pleurer avec ta lettre si… inattendue. Quels regrets de ne pas être à tes côtés pour t’aider et participer à ce déménagement imposé et compliqué. Enfin, du coup, tu m’as persuadée : je prends des vacances ! Je viens de réserver mon billet d’avion. J’arrive ! Je fais vinaigre !


Fanny



(7 janvier 2010)


(pour info, à propos de l’expression « faire vinaigre » :




***

FOLIE

Décidément, il faut qu’elle sorte, qu’elle s’aère ! Si elle reste à la maison, toutes ses obsessions continueront à l’envahir ! A-t-elle en fait de vrais soucis ?

Liane vérifie le contenu de son sac, méticuleusement. Chaque chose y a sa place. Puis elle vérifie chaque pièce de l’appartement. Les fenêtres sont-elles bien fermées ? Et le gaz ? A-t-elle débranché son fer ? Tout doit être en ordre. Ah elle devrait partir pour de bon, ses idées retrouveraient alors raison et sérénité. Comme elle serait bien sur un yacht dérivant au gré d’une mer paisible, comme elle apprécierait le bruissement léger des feuilles en forêt de Brocéliande. Tant de lieux pourraient l’accueillir où elle tenterait de se ressourcer !

Liane est dehors. Sur le trottoir, on la frôle, on s’agite. Quelle direction prendre ? Elle doit faire un effort, elle avance, elle se dirige vers la ville. De nouveau des angoisses ! A-t-elle claqué la porte ? Elle n’aurait pas laissé les clés à l’intérieur quand même ? Non, tout va bien, elles sont là, et son portable aussi, au cas où elle devrait appeler… mais appeler qui au fait ?

Liane aperçoit le fleuve. Il fait beau ; il ne peut rien se passer ici. Il faut juste qu’elle fasse attention car les autres l’attirent et en même temps lui font peur. Comment en est-elle arrivée là ? La solitude, oui c’est ça, elle a trop longtemps réfréné ses émotions, craint les regards, évité les rencontres, elle ne sait plus ce qu’est une réaction normale, convenable. Elle a commis ainsi des bourdes sévères, et les suites en sont rudes ; l’autre jour par exemple, son voisin l’avait salué simplement mais elle, trop contente, lui avait proposé de rattraper tout ce temps perdu à s’ignorer!… Elle avait donc suggéré qu’il se déshabille en premier… Comme il était rentré chez lui en quatrième vitesse ! Il l’évitait depuis et avait sans doute raconté à tout le quartier qu’elle était déglinguée !

Liane emprunte la passerelle du collège. A chaque pas, ça tangue ! Comme sur un pont de singes ! Elle craint de perdre l’équilibre… Et soudain, ce tapotement sur l’épaule, et un salut joyeux, un ton de plaisanterie :
« Bonjour Madame ! »

Liane chavire, l’autre la retient… Elle regarde :
« Stef ! Vous ?
– Eh oui ! Si je m’attendais à te trouver ici ! Que deviens-tu ? J’ai reconnu ta démarche, je ne pouvais pas me tromper ! Je suis drôlement content de voir que tu sors un peu de chez toi, c’est que tu vas mieux !
Votre... votre émotion me bouleverse. Je suis confuse...
– Mais qu’est-ce que tu me sors là ? Quelle cérémonie ! Tu rigoles ? Ça va ?
– Pardon, je ne sais plus ce que je dis, excuse-moi. Vous, tu, je mélange tout ! Comme la vie est curieuse !
– Le hasard, tu veux dire, c’est sensationnel ! Tu nous manques, tu sais, à la fac ! As-tu un moment ?
– Ça dépend pour quoi. Pour effeuiller la marguerite et regarder les feuilles à l’envers… oui ça m’irait… »

Stef écarquille les yeux. Cette Liane, ces propos sont si bizarres !
« Bon, écoute, j’ai un rendez-vous là mais si tu veux on se retrouve en haut de Fourvière pour déjeuner, on pourra discuter, je voudrais bien comprendre… Et puis tu m’avais fait une promesse, tu te souviens ?
– Une promesse ? Déjeuner ? Oui, oui, pourquoi pas…

Liane tourne les talons, elle ne sait plus, elle s’enfuit ; sur le trottoir, elle hésite. Mettre de l’ordre dans sa tête ! Mais le monde, les choses l’assaillent, les souvenirs, le présent, qu’est-ce qu’il faut dire, qu’est-ce qu’il faut faire ? Quelques marches la mènent à la berge. Des vagues de mal-être se propagent dans son cœur, dans son corps. La panique ! Entre les deux péniches, juste là, l’onde est paisible. Liane veut exactement ce calme, elle regarde, se penche sur le miroir, perd pied. Liane crève la surface de l’eau glaciale, elle sombre.


(28 mai 2009)



***

COUP DOUBLE

Lundi 20 avril


Quel souci d’être confinée ici ! Je m’ennuie… Plus de shopping, bien finies les sorties au ciné, les escapades d’autrefois ! Voilà ce qui me reste, c’est vite vu : les douleurs, le petit écran, le téléphone, quelques visites que j’espère, que je guette… Surtout celle de Wendy, ma petite Wendy, sa silhouette virevoltante et son p’tit grain de folie. Je l’attends. Je prête attention au moindre bruit, je reconnais les claquements de chaque porte sur mon palier, les tours de clés de mes voisins, les crachements des interphones, les frottements de l’ascenseur. Le silence m’effraie.

Décidément, ce Maigret m’endort, je sens que je m’affale sur le livre… Ah ! enfin la petite voix flûtée de Wendy me sautille dans l’oreille :

« C’est moi, Madame Berthe ! »

J’avais dû m’assoupir ! Ce que c’est d’être vieux ! Mais voilà mon rayon de soleil, ma petite compagnie, si jeune et guillerette, comme elle me fait du bien ! Elle se débarrasse, m’inonde de questions, est-ce que je vais bien, est-ce qu’elle doit préparer du café, changer des piles, bouger un meuble, ouvrir la fenêtre, fermer les rideaux, ranger le placard, mettre une lessive en route…

« Dites-moi, dites-moi, Madame Berthe ! Et tenez, je vous ai apporté Les Dernières Nouvelles des Brotteaux, je vais vous installer là où il fait plus clair ! »

Elle m’étourdit, mais j’aime son babillage, j’adore la voir s’affairer. Je me régale aussi de ses histoires de cœur ; c’est qu’elle en a rendu fous quelques-uns ! Et le dernier est toujours le bon ! J’ai même droit au récit de ses prouesses coquines, elle m’amuse, je me revois à vingt ans…

Ah mais quelle barbe ce journal ! Une météo complètement folle, des hôtels qui flambent, des enfants qui souffrent, des sous qui se perdent… Je me replie sur la rubrique nécrologie, bof, personne que je connaisse aujourd’hui… les offres d’emploi c’est plus de mon âge, les occasions auto non plus, moi il me faut des deux roues hors compétition monoplace série limitée. Tiens, je préfère les annonces de rencontres, avec des petits cœurs partout ! Au moins c’est mignon, comme ma petite Wendy qui papote qui papote en me faisant du vent avec son plumeau bariolé.

« …Et alors comme je vous disais, il a voulu me prouver qu’il était capable de tout pour moi ! … »

Je lui montre le journal : « Regardez donc, y’a pas que des jeunots là ! 85 celui-là, et ici une dynamique, la soixantaine solitaire, et encore une vieille mais douce. C’est qu’ils sont comme moi vous savez, ils veulent juste un peu de sel pour finir …

– Eh ! Madame Berthe ! Si on essayait d’en faire une, une annonce je veux dire, ce serait rigolo de se trouver un gentil monsieur ! »

Wendy rit de si bon cœur, pourquoi pas…

« Allons-y, écrivez alors ! Mettez vieille dame mais pas d’âge surtout… je suis coquette !
– … et sa gouvernante ! J’adore, ça fait chic, ça me vieillit mais tant pis…

– … voudraient faire une belle rencontre… Restons correct !

– Mais il faut dire quelque chose pour accrocher !

– Il y a bien la formule « et plus si affinités » ? C’est trop peut-être …

– Non non, c’est génial ! Pour… pour passer un bon moment  !

– Mettez votre numéro de téléphone Wendy, et donnez rendez-vous ici.

– Je l’envoie dès ce soir ! Je me demande qui va répondre… »

Jeudi 23 avril, Les Dernières Nouvelles des Brotteaux


Arrestation du tueur psychopathe qui sévissait en ville depuis quelques semaines et sélectionnait ses proies en répondant aux petites annonces de charme. L’assassin sortait d’un immeuble cossu du boulevard Vivier Rossignol, un plumeau ensanglanté sous le bras, ce qui a bien évidemment attiré l’attention des passants. Hélas il venait de réussir un coup double aujourd’hui puisque au 3e étage de l’immeuble en question ont été découverts les cadavres de deux femmes : Madame Berthe de Sans-Souci et sa demoiselle de compagnie, bénévole de l’association Mix-âge, toutes deux sauvagement égorgées…

(25 avril 2009)


***

FUITE

1
Greg a pris le premier train ce matin… Partir, il lui fallait partir, quitter la ville, le bruit, le ballet des grues, les clinquants si étrangers à ce qui le ravage maintenant.
Il s’affale sur son siège, se laisse aller, résigné ; sa tête dérive sur la vitre, un peu de fraîcheur enfin… Le paysage défile, le noie.
Que d’images en lui, elles l’encombrent, l’abrutissent, ces dernières heures au contact de l’horreur, du pire. Fuir !
Le wagon s’emplit d’une nuée de gens inconscients de lui, tant mieux ! Certains téléphonent, d’autres s’excitent, un enfant pleure, le contrôleur contrôle, sourire figé de convenance, blasé, la porte coulisse, se bloque, quelqu’un peste… Greg est comme étourdi ; il n’a pas dormi depuis… Il ne sait plus. Une annonce, invite inutile, non il n’ira pas au bar, pas de café, il ne veut rien, ni parler à personne. Simplement attendre. Il descendra au Mans, il appellera Ivan.

2
Ivan est resté à Paris. Chacun réagit à sa manière ! Lui doit fêter son peu de remords avec quelque bon pur malt, au fond d’un bar, ambiance métal, au milieu de fêtards unissant leurs respectives défaites ou victoires solitaires.
Greg voit encore Ivan, si déterminé, si prêt à boucler avec lui une mission acceptée on ne sait pourquoi, par défi, pour l’argent, avec toujours cet espoir de conquérir le monde. Ivan sans faille, sans cœur ; les yeux d’Ivan derrière ses éternelles lunettes noires prétentieuses. L’image à tuer est dans la tête de Greg, un peu floue, dédoublée par l’ivresse du souvenir : la pose d‘Ivan qui mesure, qui vise, qui ne veut rien laisser derrière lui… La femme n’avait aucune chance ! Ivan avait-il jamais exprimé d’émotion ? Pour atteindre son but et se protéger, n’importe quel moyen était bon, jusqu’au crime… Non Ivan, non !

3
Au Mans, Greg attend un taxi. Il a le temps d’appeler Ivan à qui il répète qu’il veut oublier, oublier le tonnerre de l’arme, le sang, oublier cette folie, l’irréparable, cette scène insensée. Et qu’on l’oublie aussi, il va disparaître ; rien à faire de ces bijoux souillés, de cette fortune à venir… Ivan laisse dire, peu lui importe, il n’est pas homme à regretter ce déjà passé.
Greg persuade le taxi de le déposer à quelques kilomètres de là, lisière de campagne. Il se déleste de ses derniers billets, il n’a plus rien, pas de bagages, ni papiers. Il prend le premier chemin qui se coule entre les champs. Marcher, marcher, reconquérir un peu de paix, tout au bout là-bas jusqu’à l’extrême solitude, son choix.


(12 mars 2009)


***



Quelques minutes seulement après leur arrivée à la gare Saint-Charles, tôt ce samedi matin, Gary et ses copains débouchent sur le Vieux Port ; Deux voitures de flics sont déjà en place au bord du quai, prêtes à faire crisser leurs pneus dès que sera signalé un pépin sur la Canebière... Présence incongrue dans le paysage cliquetant de bateaux. Une bande d'ados désœuvrés ne peut échapper aux regards des tristes sires en planque derrière leurs vitres teintées. Profil bas !

Néanmoins, Gary décide d’aller saluer son oncle Léon, figure du coin, pêcheur ancré à sa ville depuis des lustres.
« Allez les gars, cinq minutes ! »

Ils parviennent à se faufiler jusqu’à l’étal débordant du fameux tonton ! Rougets et dorades étalés, soles affalées aux corps humides encore en sursaut, baudroies aux gueules ouvertes exhibant de petites dents monstrueuses, poulpes en seaux, homards en bacs… Léon trône à l’arrière. Contrairement aux vendeurs voisins, il paraît bien falot ! Les autres vantent leur marchandise d’une voix tonitruante, plaisantent hardiment avec les clients fidèles ; les femmes y mêlent leurs appels vers quelques touristes curieux en maraude.

Léon ne dit rien, semble imperturbable. Son poisson est pourtant réputé de la meilleure fraîcheur, l’homme est connu, un pilier du marché ! Sûr qu’à midi il pourra déjà replier ses tréteaux, malgré son incapacité à haranguer les passants, malgré son insignifiance et son apparence quelconque.
« Ben dis donc, ton Léon, il a pas avalé le quart d’un clown ! », murmure un copain à l’oreille de Gary.
« Fais pas chier Fred, j’arrive ! »

Gary s’attarde un peu, il l’aime bien son oncle. Aujourd’hui il finit par trouver des ressemblances entre l’homme et ses poissons, un peu comme on dit que certains maîtres ont la même tête que leurs chiens. Léon et ses prises ont pareillement les yeux tristes et l’air résigné. Personne dans la famille n’a jamais vu de larmes couler sur le visage de Léon. Une fois, quand il était plus jeune, Gary lui avait innocemment demandé s’il lui arrivait de sangloter. Le briscard lui avait répondu : « Dis-moi, est-ce que les poissons pleurent ? »…
« Salut Tonton ! ça baigne ?
– Ben oui gamin, aujourd’hui comme hier ! T’es en ville alors ?
– Je passe, j’ai des potes !
– Bonjour à ta mère et à ton père quand t’y retournes !
– Ok ! A plus, patron ! »

Gary serait bien resté mais ce n’est plus comme lorsque autrefois il avait tout son temps ! Là Fred fait des grands signes et les autres aussi ont l’air de s’impatienter. Alors en route ! La journée ne fait que commencer : plage, soleil, drague… à l’aventure !

(26 février 2009)


***



La petite maison perdue de mon enfance se trouve à quelques pas de la place du village. le petit et le grand portail sont séparés par une haie de buis, haute et protectrice. Passé les portails, des graviers crissent sous les pas. Une entrée principale sous une tonnelle de verre opaque, une petite entrée sur le côté. Devant la maison, des arbustes, des arbres qui à la belle saison offrent une ombre bienveillante et sous lesquels on amène des fauteuils et des meubles en osier. Au bout de l'allée du grand portail, le garage sert de remise atelier fourre-tout. A l'intérieur de la maison, je revois la petite cuisine exiguë, la grande salle et sur la table l'inévitable jeu de dominos de ma grand-mère, une petite chambre où je joue avec mes cousines, la salle de bains. De la salle, un escalier raide, plafond bas, mène à deux mansardes transformées en chambres. A l'arrière de la maison, je me souviens aussi d'un passage étroit, propice aux cachettes, aux jeux de poursuites, aux cavalcades... Vue de la rue, ma maison est comme une coquette maison de poupée, verdure sur la façade, rideaux de dentelle aux fenêtres.

(8 janvier 2009)




***



Toute la famille veille, regroupée près de la cheminée, dans cette petite maison familiale au cœur d’un village normand. Quelques flammes dansantes… La mère sort de sa boîte à ouvrages une large pièce de broderie et reprend l’aiguille abandonnée quelques heures plus tôt. Le père ouvre l’écrin d’ébène où reposent les pièces de son échiquier ; il les installe sur le plateau, soigneusement, lentement, et se délecte déjà de la partie à venir. Son fils le regarde, calme son impatience face à ce père méticuleux, il a hâte de commencer le bras de fer. La fille se pelotonne dans un coin du canapé, sous un plaid douillet, et rejoint son héros préféré Harry Potter. La télévision est éteinte ; du dehors ne parviennent que les échos espacés du passage de rares automobiles. Le garçon surveille du coin de l’œil le cadran de la pendule, on dirait qu’il attend quelque chose, qu’il espère… mais quoi donc au juste ? Il s’agite un peu ; il est venu passer la nuit ici mais comme d’habitude il se sent oppressé, trop de silence. C’est chaque année la même veille de Noël, une réunion tranquille, mais trop de quiétude. Comment faillir à cette tradition ? Quelles excuses inventer ? Si seulement il pouvait s’affranchir de ce rituel, sortir de ce cocon confortable mais si pesant ! Il essaie de se concentrer sur le déplacement d’un cavalier, il pourrait bien lui permettre de mettre son père échec et mat. Mais il n’ose pas lui infliger si rapidement la défaite. La petite aiguille choque doucettement les secondes, on entend quelques crépitements dans l’âtre. La mère se lève, il y a toujours une porte à vérifier, un bibelot à déplacer… Fabrice se décide, il pose les doigts sur le cavalier, s’apprête à le soulever… La sonnerie du téléphone retentit, cette vieille alarme tonitruante. Le jeune homme sursaute, la fille relève la tête et bouscule une mèche de ses cheveux, c’est la maîtresse de maison qui s’approche de l’antique combiné noir. Elle décroche, elle écoute, les regards des trois autres sont sur elle… Elle se tourne vers Fabrice : « C’est pour toi ! » Et dans les yeux du fils : une étincelle, un soulagement…


(4 décembre 2008)

Aucun commentaire: